Maurice Lenormand – 7ème partie

Suite du feuilleton biographique de Maurice Lenormand par Olivier Houdan. Après avoir suivi, durant le dernier épisode, comment Maurice Lenormand avait investi la vie ne Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu, nous verrons ici ses premiers pas en politique.

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Maurice Lenormand, le parlementaire français.

(1951-1964)

Intégrant les doléances des associations confessionnelles mélanésiennes dans son programme électoral alors que ses challengers, excepté Florindo Paladini, ignorent superbement la question autochtone, le candidat Lenormand réunit sur son nom la majorité des suffrages mélanésiens et devient député avec “seulement” 38% des voix ce qui lui vaudra tout de même le surnom révélateur de “député des Canaques”. Quelques semaines après son élection, le débat sur le “statut calédonien” et la “question indigène” qui dure depuis 1947 s’empare à nouveau de la scène politique calédonienne. L’enjeu en est la représentation de l’électorat autochtone et par conséquent la composition du corps électoral calédonien en vue du renouvellement du Conseil général initalement prévu en janvier 1952. Après de longs atermoiements, débats législatifs, négociations officieuses et entrevues ministérielles, le collège électoral unique est établi sauf dans la circonsciption Côte Est et Ile des Pins où un double collège déguisé est institué et accepté par Lenormand et ses alliés d’autant plus sereinement, qu’ils préparent déjà en coulisses, la création des listes d’Union Calédonienne sur lesquelles figureront des notables mélanésiens aux côtés de personnalités du petit et moyen colonat européen. Le 8 février 1953, date de l’élection du Conseil général, les listes d’Union Calédonienne créées pour l’occasion totalisent 14 élus, dont 9 autochtones auxquels se joindra un allié objectif le docteur Marc Tivollier, sur 25 conseillers. Le règne de l’UC commence.

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En parallèle, de cette première salve politique et institutionnelle, le jeune député s’inscrit le 21 août 1951 au groupe parlementaire des Indépendants d’Outre-Mer que préside le député sénégalais, Léopold Sédar Senghor. Cette décision est motivée par son double souci de rester à l’écart des partis politiques traditionnels afin de pouvoir traîter de tous les problèmes sous l’angle des intérêts des seuls territoires d’outre-mer. Cette position est présentée par lui comme fondamentale et indissociable de son rôle de parlementaire. Nommé, au cours de ses différents mandats, dans plusieurs commissions internes, il défend à la tribune de l’Assemblée Nationale ou intervient auprès de l’Administration sur tous sujets intéressants les populations ultramarines en général et calédonienne en particulier. Ainsi, pour les questions d’outre-mer, il se joint à plusieurs députés africains qui proposent la création d’académies (1951); d’assurer la sauvegarde de la production de corps gras dérivés du coprah et des palmistes (1952); de créer des Jeux de l’Union Française (1952); d’établir une carte de la climatothérapie et de l’hydrologie climatique en vue de la création de sanatoria, préventoria, centres de cure et post-cure (1953); de créer une aide aux familles nombreuses des non-fonctionnaires (1953); de modifier l’élection des députés dans les territoires relevant de la France d’outre-mer (1955); d’augmenter le nombre de sièges relatif à la représentation des territoires d’outre-mer au Conseil Economique (1956). Pour la Nouvelle-Calédonie, Il défend les subventions publiques aux écoles privées (1951); le maintien de la parité entre le franc cfp et le franc français; la constitution du Comité de Défense du Franc Pacifique; la liberté d’exporter du nickel pour les petits mineurs; l’extension de la loi des 40 heures; la mise en création d’une société d’économie mixte de construction d’habitations à vocation sociale; l’extension de la réglementation sur les accidents du travail; le projet de création d’une nouvelle ville au lieu-dit: Port de Népoui (1955); l’extension de certaines dispositions du code de la santé publique et de nouvelle dispositions réglementaires concernant les accidents du travail et les risques professionnels (1955); la création d’une caisse de stabilisation du prix du coprah et du café (1956), etc.

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Enfin, avec d’autres collègues, il participe au toilettage et à l’harmonisation de la loi sur la fabrication et la vente des produits organiques destinés au traîtement des maladies animales (1951); il propose une loi tendant à étendre à l’Algérie des dispositions concernant les entreprises de presse et d’information (1952); d’autoriser les directeurs de laboratoires d’analyses médicales à effectuer des prélèvements (1952); à venir en aide aux victimes du cyclone ayant dévasté la ville de Karikal (1952); de rendre obligatoire à bord de certains véhicules à l’arrêt un signal d’avertissement réfléchissant en vue d’augmenter la sécurité routière (1954); de réorganiser les services du commerce extérieur (1954); de supprimer la peine de mort (1960) ou encore de réprimer la provocation à la haine raciste et les discriminations raciales (1963)

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A ces nombreuses propositions de loi ou de résolution, il travaille à la transformation ou à la rénovation des institutions territoriales dans le but de faire prendre en considération par le législateur les particularismes de la personnalité politique calédonienne. Maurice Lenormand est aussi le fondateur du groupe parlementaire d’amitié franco-indonésienne en 1951. Au mois d’août de cette même année, au moment de la mise en formation du gouvernement Pleven, il est consulté par ce dernier pour devenir secrétaire d’Etat mais ce projet avorte. Il est réélu triomphalement les 8 janvier 1956 et 24 mai 1959 mais les résultats de l’élection législative du 18 novembre 1962 traduisent une érosion des suffrages et un tassement de son électorat traditionnel. L’affaire du “dynamitage” du local du journal de l’Union Calédonienne à la Vallée du tir est le non-évènement qui le propulse bien malgré lui devant les tribunaux puis devant le Conseil Constitutionnel qui, saisi le 13 mars 1964 par une requête du Garde des Sceaux, Jean Foyer, prononce quatre jours plus tard, la déchéance de plein droit de Maurice Lenormand, de sa qualité de membre de l’Assemblée Nationale comme son collègue le député tahitien Pouvana a Oopa, le 12 mai 1960.. Lenormand abandonne immédiatement son siège de député et démissionne de son mandat de conseiller territorial. Sa traversée du désert débute. Elle dure 7 ans. Le 7 juin 1964, Roch Pidjot, président de l’Union Calédonienne, suppléant de Lenormand en 1962, devient le premier député mélanésien de l’histoire calédonienne.

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Retrouvons la semaine prochaine, la suite de l’histoire du destin de Maurice Lenormand racontée par Olivier Houdan.

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Retrouvez en un clic l’intégrale de la biographie de Maurice Lenormand par Olivier Houdan

 

AvatarEcrit par : BoSS U (2349 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


One Comment

  1. quel travail que celui de ML…mais le vôtre est également impressionnant !
    Cordialement

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