URGENT – SAUVONS LA CULTURE

Urgent sauvons la culture Kanaky Nouvelle-Calédonie Centre Culturel Tjibaou, Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie , AFMI, Théâtre de l’Ile , Conservatoire de musique et de danse de Nouvelle-Calédonie , Académie des langues kanak , Bibliothèque Bernheim , Musée d’Histoire Maritime

Les directeurs des structures culturelles

à

Monsieur le Président
du gouvernement
de la Nouvelle-Calédonie

Monsieur le Président,

nous vous adressons ce courrier en toute humilité pour attirer votre attention sur les évolutions du secteur culturel public en Nouvelle-Calédonie.

D’une manière assez paradoxale, alors que la Nouvelle-Calédonie devient partenaire de l’UNESCO, nous considérons que le secteur culturel calédonien n’a jamais autant été en danger d’appauvrissement irréversible.

Nous sommes bien conscients que la réalité budgétaire et financière de la Nouvelle-Calédonie n’épargne personne et nous pensons avoir démontré que nous pouvons maintenir une activité malgré la baisse constante des dotations.

Mais de réductions en réduction nous constatons aujourd’hui que certains d’entre nous ne serons plus en mesure de remplir leurs missions.

Ce n’est pas la culture en elle-même qui est menacée de disparaitre mais c’est notre capacité à l’utiliser comme outil de cohésion sociale. Nous avons la faiblesse de croire que l’action culturelle et le développement culturel sont des enjeux primordiaux dans la construction d’une société calédonienne harmonieuse. Nous, acteurs culturels, travaillons à susciter la connaissance et la reconnaissance de l’altérité, à valoriser nos différences comme une richesse, à apporter une offre essentiels en terme d’éducation artistique et de soutien au projet éducatif calédonien.

A l’heure où la jeunesse calédonienne est unanimement considérée comme une priorité, il nous semble que l’apport du secteur culturel en cette matière n’a pas été mesuré à sa juste valeur.

Certes, comme la santé ou l’éducation, nous sommes fortement dépendant des financements publics.

Mais c’est aussi d’une certaine manière ce qui a fait la force du modèle culturel Français : une culture universaliste, démocratique, accessible au plus grand nombre, et conduite par la volonté d’émanciper le citoyen. Cette vision non mercantile a permis à la France de rayonner à travers le monde.

A toutes ces initiatives publiques s’ajoutent l’apport des industries culturelles privées (productions de concerts et festival, production et vente de disque, librairies …). Ces industries ont une offre attractive mais souvent coûteuse et qui ne peut profiter qu’à un public restreint.

C’est tout l’enjeu de la culture publique : permettre au plus grand nombre d’avoir un accès à l’activité artistique en praticien ou en spectateur.

Après s’être réunis pour confronter nos difficultés respectives, il est apparu assez clairement que l’exercice budgétaire 2018 constituera un démembrement significatif et irréversible de l’action culturelle en Nouvelle-Calédonie.

Les exemples sont nombreux, nous citerons les missions essentielles comme l’enseignement musical, la lecture publique qui sont en passe de disparaître partiellement ou intégralement en province Nord. A Nouméa, la situation du Musée maritime de Nouvelle-Calédonie s’annonce insoutenable pour l’exercice à venir. L’Académie des langues kanak votera certainement un nouveau budget sans crédits d’action, le Conservatoire de musique et de danse de la Nouvelle-Calédonie abandonne sa politique de diffusion et ne pourra plus dispenser d’enseignement musical et chorégraphique dans l’intérieur et les iles, par extension l’Association de formation des musiciens intervenants est appelée à disparaître. La Bibliothèque Bernheim abandonne des pans entiers de ses missions. Le Théâtre de l’ile est appelé à supprimer les séances scolaires et ses formations. Et la liste est certainement loin d’être exhaustive.

Nous savons qu’il n’y aura pas de miracle et de sauvetage providentiel, nous savons aussi que la culture peut survivre à la disparition de certains de ses acteurs mais nous avons besoin de réponses à des questionnements qui nous semblent importants. Nous avons estimé qu’une centaine d’emplois sont en jeu pour 2018, nous leur devons des explications rapides. Ces contractuels devraient déjà faire l’objet de préavis de licenciement.

Partant de ces constats alarmants, nous avons l’honneur de solliciter de votre bienveillance une rencontre afin d’exposer les mesures qui permettraient à tous les acteurs culturels d’aborder cette année 2018 avec plus de clarté.

Quelques soient les décisions prises nous pensons :

  • qu’il est impératif de savoir très clairement et au plus vite quels sont les arbitrages définitifs pour la filière ;
  • que cela permettra dans un deuxième temps, et si les coupes étaient confirmées, d’établir un plan d’accompagnement des contractuels qui sont en voie d’être licenciés et de définir les enveloppes qui seront nécessaires puisqu’il est certain que des départs seront négociés et que certains aboutiront à un contentieux ;
  • que quand ces questions urgentes seront traitées, il sera inévitable d’aborder des problématiques de fond qui minent le secteur culturel depuis quelques années. Il en va ainsi d’une délimitation précise des financements des associations, des services et des établissements publics ;
  • qu’il est essentiel d’aborder les questions de fond de la répartition des missions entre acteurs d’intérêt territorial, provincial et communal et de la constitution pérenne des cofinancements ;
  • que nous ne pourrons échapper à une réflexion sur les missions et le ressort territorial des établissements publics culturels qui ont été fondés par des délibérations du congrès dans le but d’exercer des missions qu’ils ne sont plus en mesure d’assurer.

Les terribles augures pour 2018 ont fait grand bruit dans le monde culturel calédonien et nous vous informons par la présente qu’il parait assez inévitable que de nombreux acteurs de la filière se tourneront vers l’opinion publique et auront certainement recours à des rassemblements dans les jours qui viennent.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre profond respect.

Ecrit par : BoSS U (2296 Posts)

Membre fondateur du site.
Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l’Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c’est dit avec respect et un peu de trémolo.
Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l’enveloppe ci-dessous


Nombre de vues :

505

fois. Thankiou bien !

Laisser un commentaire