Punks des Îles & Punks des Villes

La pochette de “Soleil cherche Futur” de Thiéfaine, sorti en 1982. Le même Thiéfaine qui sera le weekend prochain aux FRANCOFOLIES.

Je vais tenter d’écrire un bout d’Histoire de la Culture Punk de Nouméa, bien que je pense que les anciens punks qui vivent ici la connaissent. Mais elle est écrite nulle part, et elle sera peut-être incomplète donc à ceux qui le désirent d’ajouter des éléments en commentaires.

 

 

En premier lieu, ma famille s’est installée en Calédonie avant la période dite des « Évènements » et j’étais trop jeune pour connaître la premier vague punk de 1977 au moment où elle a explosée en Angleterre. Personnellement, j’ai adhéré à la culture punk au cours des années 80 avec exclusivement des groupes anglo-saxons de Punk, de Oï, de Ska et de Reggae.

La majorité des punks de Nouméa (ils n’étaient pas nombreux non plus à l’époque) écoutaient aussi des groupes anglo-saxons comme les CLASH, les STRANGLERS, les SEXPISTOLS, THE EXPLOITED. Et ceux d’entre nous qui écoutaient du Speed Metal américain et qui cultivaient les codes du cinéma bis et d’horreur sont forcément passés pas les RAMONES et le psycho-billy des CRAMPS.

 

Ensuite, pour bien décrire un certain clivage entre punks nouméens, je dois définir deux points : en premier lieu, la montée du Front National en Métropole qui a divisé la culture punk en deux clans bien distincts là-bas : Punks et Skins. Puis les deux vagues d’immigrations vers Nouméa dans les années 80 : en 1986, donc au début de la Crise économique en Métropole. Puis après 1989, donc après la période des Évènements.

On a d’abord eu une vague d’arrivées de jeunes keupons en 1986 qui avaient à peu près les mêmes goûts que nous, bien qu’ils nous ont fait découvrir les premiers albums des TRUST , des LUDWIG VON 88, ou des BÉRURIER NOIR avec des morceaux comme « Les Bucherons », Lobotomie ». Ou encore CAMERA SILENS et des groupes français plus ou moins basés sur la provocation pro-nazie pour suivre la logique provocatrice d’un Johnny Rotten qui cherchait à clasher avec la génération de ses parents. D’ailleurs pour moi, l’humoriste Dieudonné n’a fait que reprendre toute cette iconographie inversée pour flatter une nouvelle génération qui n’a pas connu le mouvement punk. Personnellement, j’ai commencé ma relation au punk en me dégageant de mes propres icônes familiales avec des svastika, des crucifix inversés et des pentagrammes. Puis par la suite, je me suis ouvert à un punk plus nouméen avec des trombones dans les oreilles et des tee-shirts aux slogans bombés en noir sur pochoirs comme « Les homos vous enculent » ou avec des feuilles de cannabis. Mais pas une fois, je me suis confronté frontalement à Nouméa à la question de la montée de l’immigration ou du FN entre 1986 et 1989-1990, excepté devant le JT du soir. Ni à la question des Skin Heads anti-Punks. Puis il faut dire qu’on était déjà bien occupés ici avec les Évènements…

Il a donc fallu compter sur la nouvelle vague d’immigration qui est venue après les Évènements, lorsque de nouveaux jeunes punks se sont retrouvés scolarisés à Nouméa. « La Jeunesse emmerde le Front National » c’était un nouveau slogan pour nous, mais ça ne nous touchait que trop indirectement. Et c’est là qu’il y a eu comme un clash entre ces punks ultra-politisés et plus ou moins « de Gauche métropolitaine», et les punks nouméens, souvent Loyalistes (donc anti-Socialistes et anti-Marxistes), qui écoutaient autant de musique oï que de punk. Du coup, à un moment donné c’était facile de tomber dans le piège insulaire du “Ah merde je suis Français et je ne comprends plus le Punk français. Je suis déphasé…”. Mais aucun de nous n’était en avance, ni en retard sur l’évolution du Punk, il y avait simplement deux Histoires différentes. Plusieurs fois, je me suis fait traiter de Skin parce que j’écoutais de la Oï qui était le rock des Skin Heads anglais, alors que même l’Angleterre n’avait pas du tout vécu ce clivage politique français entre Punks et Skins à cette époque. On a même été deux à animer deux émissions de Punk-Oï à Nouméa en 1992 : “Achtung !” et “L’écho des bananes”.

J’ai intégré cette politisation bien plus tard en partant faire mes études à Paris. Là-bas, je portais la crête des Punks et le bomber de pilote et les rangers à lacets blancs des Skins. Simplement par fierté de montrer mon appartenance à une autre Culture Punk, celle de Nouméa qui n’avait pas à intégrer d’autres codes que la sienne. Donc évidemment, je me suis fait emmerder par des Punks parisiens comme par les Skins. Le plus drôle c’est que je me faisais souvent draguer autant par les Keuponnes que par les « Birds » qui sont les Skins Girls qui sont rasées sur les côtés et portent la frange qui leur tombe sur le visage. Là-bas, je m’en suis pris plein la tronche parceque je n’étais ni Punk, ni Skin, alors que j’étais au milieu d’eux. Et je n’avais pas à intégrer que j’étais un Plouc du Pacifique ou que la Calédonie avait encore et encore du retard sur la Métropole politiquement parlant. Non, j’étais simplement moi, et ça me plaisait bien. D’ailleurs je n’ai jamais partagé la drogue des Punks, mais toujours celle des Travellers, des Zonards ou des Zoulous qui ne s’embarrassaient pas de politique. Du coup, j’étais vraiment un Numéro Zéro comme le chantaient les Metal Urbain.

 

Aujourd’hui j’ai 46 ans, je ne sais pas si je peux encore me considérer comme Punk. Mais en tant que Français de Nouvelle-Calédonie, je distingue bien mon histoire et celle de mes amis comme celles de Punks de Nouméa. Et non pas, Punks de Métropole. Je déteste toujours autant les Racistes et les Anti-Racistes et j’écoute toujours autant de Oï, de Punk, de Ska et de Reggae anglo-saxons.

J’ai remarqué que beaucoup de Punks pensent comme ça désormais en Métropole aujourd’hui. Beaucoup revendiquent même écouter de la Oï sans arrière pensée politique. Au moins ça met enfin les Punks des Villes et les Punks des Îles sur une même longueur d’ondes. Et l’idée fédératrice reste la même que celle des Punks de 1977 : une culture urbaine et une haine des hippies et autres baba-coolos (et il en reste encore beaucoup trop).

Alors, Oï !

Puis pour ce qui concerne Nouméa, le Punk prend enfin une dimension calédonienne musicalement parlant depuis peu, si on excepte les CALIFORNIA REPUBLIC et quelques groupes qui n’ont pas duré. Et on en aura encore un aperçu (et quelques bons pogos) à Moindou dans deux semaines au Festival Blackwoodstock avec les Youpi.

Ecrit par : Trapard Creteux (948 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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13 Commentaires

  1. Anacho dit :

    Ah, les painkes comme ils disaient quand ils nous voyaient.

    Il faut bien remettre ça dans le contexte et comme tu le dis cela dépend évidemment ou tu te trouvais à cette époque.

    Pour ma part, un bled de 10 000 habitans, rien à faire, on est en 1984, je me fait chier…. La musique qui passe à la radio me fait gerber, heureusement il y a les enfants du rock et écibels, mais ça occupe pas les journées.

    Heureusement je bosse (arf !!!) j’suis T.U.C ! (pas les gateaux,
    hein, le truc inventé par Fabius). Bref, on se fait chier l’unique chose à faire à part faire des conneries c’est écouter du bon punk-rock, les vieux punks du bled, qui sont en fait
    agés que de 2 ou 3 ans de plus que nous … nous font découvrir Sham69, Peter & the TTB, et bien sûr les compilations Chaos en France….

    La Valstar coule à flot et les tubes de dissoplast (la bleue off course) coulent également dans les poches prises au prisu.

    Et puis en mai/juin 84 c’est la première grosse claque à Poitiers : Caméra Silens & Bérurier Noir (Juste Loran et François, la période buch’rons).

    Et bien sûr après ça d’autres suivront : Washington dead cats, Poison Idea, Nofx, No means no, Wampas, Ramones, The Saints, Thugs …..

    j’en oubli et y’a aussi les concerts ou j’ai rien vu…..

    • Trapard Creteux dit :

      :mrgreen: Super ! Merci pour ton commentaire, Anacho !

    • Trapard Creteux dit :

      Puis il faut bien reconnaître que sans internet on était tous bien séparés les uns des autres à cette époque. Moi, tout ce dont je me souviens de la fameuse décentralisation de Mitterrand sur FR3-NC et RFO-NC c’est le Village des musclés avec Minet et Framboisiers, c’est dire…

      • Anacho dit :

        Wow ! Passer de Métal Urbain aux Musclés, j’avoue que c’est assez balaise !!! T’es pas couché à cette heure là toi ? 😆

    • Trapard Creteux dit :

      C’est déjà le weekend ici.
      Puis il faut bien que je trouve des moments en dehors de la journée pour alimenter le blog.
      Passe mon bonjour aux Musclés (ou à ce qu’il en reste) !

    • Nanard Zombilly dit :

      hahaha “DISSOPLAST [la-bleue]” était mon pseudo sur mumule. T’as raison Anacho, dissoplast voire dissolutine (la rouge) mais pas la vélox.
      Mais ça cétait avant….avant de finit SXE.

      PS: sympa les YOUPI dans le genre punk minimaliste

  2. O.Z dit :

    :mrgreen:
    Bien le sujet .
    Un Punk des îles . 😯

  3. RassKass Rouge dit :

    Punk is not tout à fait Dead, ils bougent encore ! :mrgreen:

  4. Trapard Creteux dit :

    J’ai trouvé sur Wikipedia une bonne définition du clivage entre skinheads :

    “Skinhead (des mots anglais skin « peau » et head « tête » : « cuir chevelu – à nu ») désigne à l’origine un jeune prolétaire britannique aux cheveux tondus ou non. Le phénomène skinhead est né au Royaume-Uni à la fin des années 1960. Il est apparenté à la mouvance modernist (les mods). Sa bande-son originale fut le early reggae, le ska et la soul américaine.

    À la fois mode vestimentaire et musicale, cette première vague skinhead n’est rattachée à aucun mouvement politique tout en étant fortement influencée par ses origines ouvrières. En s’étendant au reste du monde dix ans plus tard, le phénomène skinhead a connu des évolutions importantes.

    À l’origine les skinheads n’étaient en aucun cas des militants politiques ou syndicaux. Leurs points communs étaient leur origine sociale modeste, leur amour de la musique noire, en particulier jamaïcaine, et leur goût pour la bagarre. Cette mode rassemblait aussi bien des blancs que des noirs. C’est avec l’apparition du punk rock en 1977, et surtout du chômage qui frappe de plein fouet l’Europe à la fin des années 1970, que le mouvement skinhead se scinde, et qu’une partie des skinheads est séduite par les textes néonazis de la seconde formation du groupe britannique Skrewdriver, tandis que d’autres se tournent vers l’extrême gauche ou refusent la politique.

    Actuellement, les skinheads sont nombreux à travers le monde, mais profondément divisés, tant par leurs références musicales, que par leurs attaches idéologiques. Le clivage principal demeure l’opposition politique, entre une tendance marquée par l’extrême droite, les apolitiques d’autre part, et l’extrême gauche par ailleurs. Il n’existe pas de mouvement global skinhead mais une mouvance hétérogène. Cette mouvance peut être définie et comprise comme un ensemble de références musicales et vestimentaires revendiquées en partie ou en totalité par des groupes d’individus aux comportements et aux idées très différents.

    Les skinheads antiracistes considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent boneheads (littéralement « crânes d’os », en fait l’équivalent anglais de « crétin »). Les skinheads d’extrême droite appellent leurs opposants reds (« rouges » ou « gauchos » en français).”

    J’ajouterai que la musique des skinheads néonazis n’a plus rien à voir depuis longtemps avec de la Oï ! Eux-mêmes la qualifient de Rock NS depuis les années 80. Mais dans cette logique d’introniser et de pirater le mouvement skinhead (surtout auprès des médias et du public), ils écoutent de la Oï! et insultent les mouvements skinheads de la première heure, sur leurs chaînes YouTube.

    Je laisse le mot de la fin à Didier Super (“eux c’est les méchants, moi je suis le gentil”) :

    https://www.youtube.com/watch?v=kuoGLeN8rmI

  5. Fany dit :

    Choc l’idée d’article, merci ! J’avais jamais pensé à la difficulté de se positionner dans le débat lacets rouges / lacets blancs dans un contexte indépendantistes / loyalistes. Ça résume plein de choses, je trouve. Même si, quelle que soit sa couleur, paye ta galère pour mettre un lacet à une claquette 🙂

    • Trapard Creteux dit :

      :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

    • Trapard Creteux dit :

      J’aime bien dépoussiérer les petites spécificités locales au lieu de toujours bêtement calquer les modèles jusqu’à la névrose. :mrgreen:

      Et au passage, si tu ajoutes un lacet à une claquette ça donne une sandale grecque ! :mrgreen: Mais on en reparlera au Weekend Geek d’ici deux petites semaines, le temps que BoSS U confectionne son costume de Boba Fett ! Longue, très longue sera la digestion du Sarlacc cette année !!! :mrgreen:

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