L’épreuve – Partie 4

Le mardi, sur le Cri, est le synonyme depuis quelques mois de littérature de science-fiction. Retrouvez la suite de “l’épreuve”, la nouvelle de Kevin Gallot qui a remporté le concours d’écriture de l’association de l’imaginaire de Nouvelle-Calédonie, le Sci-Fi Club à l’occasion de ses trente ans.

Vous avez loupé le début ? C’est mal ! Mais ce n’est pas définitif.

L’épreuve :

Une trappe s’ouvrit dans le plafond de la Capsule. Un petit ensemble mécanique composé d’une micro-caméra et de plusieurs petits bras robotiques repliés en sortit lentement. L’un des bras se déplia et se dirigea vers le biceps du jeune homme, puis attendit. Will remonta la manche de son pull et ferma les yeux. Il sentit une brève sensation de brûlure, un léger tiraillement, puis une sensation liquide et glacée. L’opération n’avait duré qu’à peine vingt secondes. Il rouvrit les yeux pour constater qu’un second bras équipé d’une seringue se dirigeait vers la veine du pli de son coude. L’injection fut courte et indolore. Le dispositif retourna dans la trappe qui se referma.

« Bien ! Maintenant Will, l’épreuve va pouvoir commencer. Tu as déjà utilisé une Capsule, je suppose ?

– Oui, mais ça fait longtemps.

– Le principe ici est le même. Tu dois placer l’inducteur neuro-magnétique autour de ton crâne, et au lieu de sélectionner toi-même tes propres programmes, c’est nous qui allons te les imposer. L’expérience que tu vivras sera plus réaliste que dans les vieilles Capsules obsolètes d’usage en Nouvelle-Calédonie. Les programmes que tu vas utiliser sont des mises en situations bien particulières auxquelles tu devras réagir selon ton instinct. Tu as bien compris ? »

Pendant que Will écoutait, des sensations et des impressions familières lui revenaient progressivement. L’homme qui lui parlait avait la voix qui basculait dans les graves, la scène s’assombrissait sans que la qualité de sa vue n’en pâtisse, des murmures presque imperceptibles envahissaient ses oreilles.

« Oui, j’ai compris, je suis prêt »

L’homme pianota sur son holo-écran.

La surface interne de la Capsule scintilla, s’illumina, et fit apparaître une scène tridimensionnelle panoramique d’une forêt tropicale animée. Le réalisme était saisissant. Will ne voyait là rien de comparable avec sa vieille Capsule. Bien que physiquement toujours assis, l’animation représentait ses jambes debout quand il baissait la tête, ses pieds nus enfoncés dans un épais feuillage de fougères humides. Il sentait la moiteur du sol sans sentir le sol lui-même, il sentait la chaleur de l’air, il entendait les cris d’animaux sauvages, et un parfum d’humus et de pluie lui monta aux narines. Il entendit un bruissement sur sa droite et tourna virtuellement la tête. Une panthère noire le fixait de ses yeux jaunes luisants. Toujours virtuellement, Will recula doucement vers l’opposé. La panthère releva les babines et dévoila des crocs impressionnants. Sa tête s’abaissa vers le sol, son arrière-train se releva, et elle bondit subitement vers la gorge du jeune homme. Ce dernier fit un bond virtuel de côté pour l’esquiver, mais bien trop tard. La panthère lui happa la jugulaire, serra sa mâchoire, tira, et une fontaine de sang chaud se déversa sur les vêtements de la victime, qui hurla de surprise et d’épouvante, mais aucune douleur physique n’était ressentie. Will savait que ce n’était qu’une illusion, et que la Capsule était incapable de transmettre les sensations de douleur comme de plaisir physique, mais la réalité de la scène était fantastique et le bouleversait. Il voyait la panthère arracher ses chairs sous ses yeux, tandis que les murmures parasites dans ses oreilles s’amplifiaient. L’angoisse atteignit son paroxysme, il sentit quelque chose céder dans son cerveau, et se retrouva subitement à la fois sous l’emprise de la panthère, et derrière elle. Cette sensation n’était pas nouvelle. Par le passé, il avait déjà eu des expériences similaires, comme se trouver à plusieurs endroits d’une même pièce, à pouvoir regarder à travers chaque paire d’yeux ses propres « copies » de lui-même. Si ces expériences avaient toujours été source d’une extrême anxiété par le passé, ce n’était plus le cas maintenant qu’il se sentait menacé par un animal même factice. Il voyait la scène à la fois sous deux angles différents. Le Will de derrière la panthère regarda l’animal, puis baissa les yeux vers ses bras. Ses mains s’étirèrent, ses doigts devenaient de longues piques. Il recula pour prendre de l’élan puis jeta ses bras difformes aux doigts pointus contre les flancs de la panthère. Transpercée de toutes parts, celle-ci gémit, relâcha la gorge sanguinolente puis bascula sur le sol dans une mare de sang.

La scène se dissipa, et toutes les sensations liées à ce qui venait de se passer disparurent.

Une scène urbaine apparut. Les deux exemplaires de Will étaient toujours là, dans les mêmes positions, à l’exacte même distance l’un de l’autre que lors de l’épisode de la forêt. Ils étaient sur le trottoir d’une rue passante de ce qui semblait être une grande mégalopole. Des centaines de gens déambulaient et les croisaient sans leur accorder le moindre regard. L’espace entre les tours était saturé d’aéronefs de toutes les couleurs et de toutes les formes. Soudain, un aérobus dévia de sa trajectoire et fonça en piqué sur eux. Les passants se regroupèrent subitement en hurlant autour des deux Will et formèrent un mur humain compact et circulaire, leurs coupantes toute retraites. L’angoisse de Will atteignit un nouveau seuil, sans précédent. Son cerveau parut exploser. Il perdit presque conscience.

Quand il parvint enfin à se ressaisir, il rouvrit les paupières. Ce qu’il voyait était absolument déroutant. Dans ses yeux, il voyait se superposer distinctement plus d’une centaine de points de vue différents d’une scène de catastrophe. L’épave de l’aérobus était à la fois proche et lointaine, de face et de profil, même vue de dessus. Les cadavres éparpillés et démembrés qu’il put identifier avaient tous son visage. Les gens autour de lui, loin devant, et même aux fenêtres des tours, avaient tous son visage. Will hurla d’angoisse en levant et en serrant les poings, et ce faisant, toutes ses copies firent de même. Ce concert de hurlements parfaitement synchronisés et accordés devint vite insupportable et dépassa les limites de la tolérance auditive. L’angoisse fut insupportable. Il perdit connaissance.

 

 

 

 

 

Fin de la quatrième partie, la suite la semaine prochaine

Ecrit par : BoSS U (2265 Posts)

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