L’épreuve – Partie 2

“L’épreuve”, de Kevin Gallot, est la nouvelle qui a remporté le concours d’écriture organisé par le Sci-Fi Club en 2016 avec la participation de la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie à l’occasion des 30 ans de l’association de l’imaginaire de Nouvelle-Calédonie.

La nouvelle sera publiée sur le Cri en chapitre hebdomadaire. Aujourd’hui, la deuxième partie de la nouvelle.

Vous avez loupé le début, pas de soucis, le lien “L’épreuve – partie 1”, vous y mènera en un clic.

Bonne lecture


Kevin Gallot Sci-Fi Club Maison du livre de la nouvelle-Calédonie

Will était inquiet, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas touché à sa Capsule, de plus elle était d’un modèle loin d’être récent, et il commençait à s’inquiéter des conséquences que pourraient avoir sur son épreuve une maîtrise oubliée d’un appareil fatigué et obsolète.

Tandis qu’il commençait à se ronger les ongles jusqu’au sang, une main étrangère saisit délicatement ses doigts et les reposa sur son genou. Will tourna la tête sur sa gauche pour constater qu’une des jeunes femmes du groupe assise à côté de lui le fixait avec des yeux éteints et las. Elle ouvrit lentement la bouche et lui parla d’une voix grave et monotone :

« Tu t’inquiètes ? Tu as peur ? Est-ce que tu as déjà joué en Capsule ?

– Bien sûr, qui n’y a jamais joué ?

– Moi. Mes parents ont toujours refusé que nous ayons une capsule à la maison. Je suis sûrement la seule de Bourail qui n’y ait jamais touché.

– Pourquoi ça ? C’est très étrange, tout le monde à une Capsule chez soi

– Pas nous. Ils me disaient toujours que ce n’était pas bon pour ce que j’avais.

– Et tu avais quoi ? »

Ils furent interrompus par la brusque ouverture de la deuxième porte de la salle. Une voix informatisée retentit et prononça un nom et un prénom, puis invita la personne désignée à se rendre à la salle suivante. Le voisin de droite de Will s’agita sur son siège. Ils se regardèrent brièvement et Will lut de la terreur dans ses yeux. Le jeune homme désigné se leva tant bien que mal et se rendit dans la pièce suivante en traînant les pieds. Avant que la porte ne se ferme d’elle-même, les autres jeunes gens purent distinguer qu’il s’agissait d’une grande salle peu lumineuse au centre de laquelle trônait une Capsule rutilante et d’un modèle inconnu. Autour d’elle, des dizaines d’holo-écrans frétillaient de lumières et de clignotements, sous l’œil expert d’une poignée d’hommes et de femmes qui semblaient superviser le tout.

Will attendit quelques instants avant de s’adresser de nouveau à la jeune femme à sa gauche :

« Tu avais quoi pour que tes parents refusent d’avoir une Capsule ?

– Rien d’important… Comment tu t’appelles ?

– Will Tyler, et toi ?

– Sarah Djubia

– Je ne comprends pas, tu as réussi les épreuves sans jamais avoir touché à une Capsule ?

– Il faut croire que oui. Tu sais, j’ai travaillé dur pour y arriver. De toute façon, je n’ai aucune activité, aucun ami, j’avais tout le temps de travailler. Je n’ai jamais aimé les gens, j’aime rester chez moi, dans ma chambre, il n’y a que là que je me sens bien. Mes parents ont toujours été très protecteurs envers moi, ils sont enchantés que mes facultés étranges soient enfin reconnues au sein d’une si brillante multinationale.

– Des facultés étranges ? De quoi tu parles ?

– Des pouvoirs, Will. Des pouvoirs invraisemblables. Mais personne n’a jamais voulu me croire, à part mes parents.

– Quels pouvoirs ? Dis m’en plus, s’il te plaît.

– Je t’ai dit que je n’aimais pas les gens, tu en fais partie, et tu n’en sauras pas plus. J’ai assez souffert. Mes facultés sont là depuis mes quinze ans, et la première fois que j’en ai parlé à l’école, j’ai été rouée de coups, j’ai même été paralysée par une neurobague qu’un sale gosse de ma classe avait dissimulé sur lui.

– Je suis désolé. Dommage que tu ne veuilles rien me dire, j’aurais aimé te raconter mon histoire qui est tout aussi étrange, mais tu ne sauras rien. »

Sarah écarquilla les yeux et ouvrit la bouche comme pour protester, mais elle fût interrompue par une nouvelle ouverture de la porte. Personne n’en sortit, mais la voix informatisée égrena les syllabes d’une nouvelle identité avant de l’inviter à se rendre à la salle. Une jeune femme se leva brusquement et se mit à courir vers la porte. Quand cette dernière se referma, un silence pesant s’éternisa, chacun regardait son voisin ou sa voisine avec inquiétude.

Sarah reprit la parole sans quitter la porte du regard, comme pour parler à elle-même :

« Où est le garçon qui est entré en premier ?

– Il a dû finir l’épreuve et il attend dans le sas, répondit Will.

– Moi je crois qu’il est mort ! »

Cette dernière phrase fût prononcée à voix haute, presque en criant, par un jeune homme à la droite de Will, qui avait écouté la conversation. Il se leva en sursaut et se jeta sur la porte de la sortie, en poussant violemment la femme qui s’y tenait. La porte ne broncha pas quand il la tambourinait de toutes ses forces en hurlant qu’on le laisse rentrer chez lui. Elle finit par s’ouvrir, et trois membres de l’équipage du vaisseau réceptionnèrent le malheureux qui plongea sur eux. La porte se referma tranquillement pendant que la voix hurlait à s’en briser les cordes vocales « Il est mort ! Il est mort ! On va tous mourir ! ».

La femme de faction se replaça devant la porte et dit d’une voix douce et calme :

« Désolé pour cet incident mineur. Personne n’est mort, rassurez-vous. Tous les candidats attendent dans une autre salle avant les résultats de l’épreuve.

L’homme qui vient se sortir est probablement … (la femme chercha ses mots) … très à cran, et s’est laissé envahir par ses émotions. Il attendra dans le sas comme vous, mais pour lui l’aventure est terminée. Reprenez vos places et votre calme. »

Sarah attendit que l’agitation se dissipe puis s’adressa à Will :

« Alors Will, quelle est ton histoire ?

– J’espère que tu me parleras de tes pouvoirs après mon histoire.

– Promis

– Bien. Alors je suis né sur l’île Citron, à la polyclinique du 42ème étage de la tour Port Plaisance.

– C’est où l’île Citron ?

– Tu n’es vraiment jamais sortie de ta chambre, c’est fou ! C’est dans l’archipel de Nouméa, pas loin d’ici d’ailleurs. J’ai passé mon enfance sur l’île sans trop en bouger, puis j’ai fait ma scolarité de spécialisation à l’école nationale de Malaoui, au Nord de l’archipel, sur la Grande Terre. A partir de mes seize ans, j’ai suivi avec facilité les deux premières années du cursus d’ingénieur en électrogravité, mais j’ai commencé à mal supporter l’internat.

– Pourquoi l’internat ? Tu m’as dit que l’école était proche de l’archipel. Ce n’est pas si loin que ça !

– C’était le choix de mes parents. Ils travaillent dur depuis toujours et n’ont eu que peu de temps à me consacrer, même enfant. A l’internat, je suppose que je leur fichais la paix. En tout cas ça s’est mal passé. Toutes les nuits, le voisin de la chambre d’à côté m’empêchait de dormir en grattant le mur et en chuchotant à travers la cloison. Je ne dormais plus. Évidemment, il a toujours nié avoir agi de la sorte, il a même osé dire à tout le monde que je perdais la boule. Alors un jour je l’ai … frappé, et je me suis fait virer, le Directeur a envoyé une gentille lettre à mes parents, qui ont tôt fait de m’envoyer dans une école spécialisée, sur l’île de Fer. Une école qui ressemblait plus à une prison qu’autre chose.

– Une école spécialisée dans quoi ?

– Dans les … adolescents difficiles.

– C’est dingue, tu n’as pas du tout l’air d’avoir été un adolescent difficile. Tu as plutôt l’air d’être la personne la plus sensée de cette pièce. Regarde-moi ces tarés autour de nous. »

 

 

 

 

 

Fin de la deuxième partie, la suite la semaine prochaine

Ecrit par : BoSS U (2291 Posts)

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