Demain, les Chiens…

Parcs pour chiens et litières pour gosses ?

À Nouméa, j’ai noté que deux mondes bien distincts se croisaient sans ne jamais se rencontrer. Pour les observer, il suffit d’être assez souvent dans certains parcs comme celui du Receiving. Ou même, ce parc en arc-de-cercle sur le Complexe de La Promenade à l’Anse-Vata. Mais si vous traînez du côté des parcs qui longent la baie de Sainte-Marie, ou même sur la plage de Magenta, vous remarquerez les mêmes leitmotivs.

En journées, et même en semaine, des familles s’y prélassent, des enfants y jouent en courant dans l’herbe. Des mamans y sortent leurs bébés de leurs landaus pour les allonger par terre, et leur faire faire quelques pas pour les voir tomber amoureusement. Plus loin, des couples d’amoureux ou des adolescents en groupe sont assis ou allongés à l’ombre de quelques cocotiers plantés par la Mairie ou sous quelques arbres touffus, pour pique-niquer souvent sur un manou ou sur une natte.

Et à la tombée du jour, tout ce petit monde remballe ses affaires et s’éloigne tranquillement. La tombée du jour, c’est la fin d’une journée de travail et certains rentrent chez eux après le boulot. Ils récupèrent leurs chiens et passent souvent plus d’une heure dans ces mêmes parcs avec leurs toutous adorés qui lèvent la patte et s’accroupissent toutes les deux minutes.

Puis le lendemain, rebelote ! Des enfants viennent jouer en courant dans l’herbe pleine des microbes de pisse canine et de merdes pas encore tout à fait sèches. Des mamans sortent leurs bébés de leurs landaus pour les allonger par terre dans la pisse, et pour leur faire faire quelques pas et les voir tomber amoureusement dans la merde. Plus loin, des couples d’amoureux ou des adolescents en groupe sont assis ou allongés à l’ombre de quelques cocotiers plantés par la Mairie ou sous quelques arbres touffus, pour parfois pique-niquer sur un manou ou sur une natte posée à même les excréments de la veille.

Et chaque jour, ce manège enchanté se renouvelle sans qu’aucun de ces « deux mondes » ne semble avoir conscience l’un de l’autre. Et il n’y a rien d’ethnique, ni de communautariste dans ce constat, puisque être maître d’un chien a dépassé toutes connotations ethniques ou sociales ces dernières années, et ce au moment où les coins verts disparaissent presque totalement au profit d’une urbanisation massive.

Tel maître, tel chien. Tel chien, tel maître.

Une fois seulement, j’ai fait la remarque à une femme qui promenait son chien dans le parc du Receiving, je lui ai dit que des gens venaient se prélasser dans l’herbe en journées. Certaines colonies de vacances, ou sorties de classes se déroulent aussi dans ce parc. Cette femme m’a simplement répondu très sèchement que « ces gens-là n’avaient qu’à se prélasser chez eux ». Le pire, c’est que deux enclos sont réservés aux chiens dans ce parc, avec des sacs laissés à disposition par la Mairie pour que les maîtres récupèrent les excréments de leurs chiens. Mais ils n’y vont pas sous prétextes de rixes entre les chiens. Au contraire, ils préfèrent salir un parc pour enfants.

Personnellement, j’ai eu deux chiens à Nouméa, de 1982 à 1993, et de 1993 à 2009. Puis à la mort du dernier, je n’en ai pas adopté d’autre, puisque Nouméa ne me semble plus être une ville pour élever un chien. Désormais, il faudrait migrer vers Dumbéa ou le Mont-Dore pour rendre un chien heureux. Mais aujourd’hui, en plus d’être devenu une mode à Nouméa, adopter un chien permet de se sentir protégé d’une potentielle agression délinquante. Ça me rappelle un peu ce film d’Alain Jessua qui avait été diffusé sur RFO-NC dans les années 80 : LES CHIENS. Ce film montrait la dérive des propriétaires de chiens face à la montée de la délinquance et de l’immigration. Un peu comme si pouvoir dresser un potentiel tueur d’homme, ça pouvait donner le droit “de ne plus se sentir pisser” pour utiliser une expression populaire.

Mais en plus, désormais on peut croiser de plus en plus de chiens mal éduqués, dont les maîtres ne s’occupent pas, ou trop, ce qui au final revient au même. Un chien, même s’il n’est pas dressé, il faut savoir l’éduquer en chien et en compagnon, et lui désigner une place au sein du foyer, mais ça, tout le monde le sait, non ?

Par contre, moi je marche beaucoup et je croise de plus en plus de chiens qui font mine de me mordre et qui n’écoutent pas leurs maîtres quand ils les appellent. En traversant certaines rues, je suis souvent obligé d’utiliser mon trousseau de clé, enroulé autours de mes doigts, en guise de poing américain pour viser la truffe d’un chien en cas d’agression. La truffe c’est son tendon d’Achille. Ou alors j’élève le ton, en poussant un cri et un ordre très sec, ce qui arrête souvent un chien dans son élan. Je me retrouve donc à faire ce que certains maîtres sont incapables de faire. Le pire c’est que frapper un chien c’est une des choses qui me fait le plus mal au cœur sur cette terre, ayant tellement aimé les deux miens comme s’ils avaient été des frères. J’ai même pleuré au moment de leurs décès parcequ’un chien qui meurt et qui ne tient plus sur ses pattes, il cherchera encore à se relever pour te prouver qu’il te sera éternellement fidèle. Mon doberman est mort à l’âge de 16 ans, alors que cette race ne tient pas plus de 11 ans si elle n’est pas éduquée dans les règles.

Un chien ça ne se dresse pas forcément, mais ça s’éduque. Mais un chien ça éduque aussi son maître. Mais ce n’est pas non plus au chien de faire tout le boulot. Ce serait trop facile…

 

Ecrit par : Trapard Creteux (924 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

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