L’épreuve – Partie 1

En juillet 2016, le Sci-Fi Club, pour son trentième anniversaire, organisait un concours de nouvelles en partenariat avec la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie.

Le 29 octobre 2016, le jury composé de membres du Sci-Fi et de membres de la Maison du Livre rendait son verdict et sélectionnait trois nouvelles pour les récompenser.

Aujourd’hui le Cri du Cagou est fier de vous présenter “L’épreuve” par Kévin Gallot. Cette nouvelle a remporté la première place du concours

Le petit mot de M. Frédéric Ohlen : “Nouvelle cohérente et intéressante
Personnellement, j’ai découvert avec plaisir que c’est une nouvelle qui devient de plus en plus intéressante au fur et à mesure que l’on avance.”

A vous maintenant de découvrir la première partie de cette histoire.

Will trépignait d’impatience. Il était bientôt temps. Son rêve allait peut-être enfin se réaliser. Depuis le plus jeune âge, Il tentait d’entrevoir ce rêve en passant des heures à jouer en Capsule. Will se souvenait bien, il n’avait pas touché à sa Capsule depuis presque 2 ans, depuis que sa formation l’avait plongé dans un isolement social considérable, mais ce travail acharné, chronophage, épuisant, avait enfin porté ses fruits.

Au sommet d’un des aéroparkings de la tour de l’Ile Ouen Toro, Will attendait l’aéronef qui allait l’emmener vers son nouveau destin. Il était en compagnie de onze autres personnes inconnues, toutes quasiment aussi jeunes que lui. S’il trépignait d’impatience, ce n’était pas le cas de tout le monde. Ses nouveaux compagnons semblaient anxieux, inquiets, et certains étaient même particulièrement bizarres. Deux d’entre eux semblaient même plongés dans une léthargie et un mutisme pathologique.

 

Will détourna son regard du désolant spectacle de ses voisins pour se concentrer sur le panorama atypique qu’offrait l’archipel de Nouméa, et pensa intérieurement que ce serait sûrement la dernière fois qu’il lui était donné de l’admirer. Ses îles allaient lui manquer. Il les compta : l’île Citron, l’îlot Tuband, l’île Artillerie, l’île des Colons, Nouvîle, surplombées par l’île de Fer au loin, la plus haute et la plus verte. Il voyait également, sur sa droite, l’île Sainte-Marie frappée par les vagues et noyée d’embruns. Plus loin, l’île Ducos et l’île Tina étaient à peine visibles à travers l’humidité et la pollution qui saturaient l’air. Au-delà, sans qu’il ne puisse la voir, se profilait la Grande Terre, et Will crut apercevoir le sommet du Mont-Dore à la faveur d’une percée de lumière.

Il avait 23 ans aujourd’hui, et il se rappelait encore de ses 8 ans, en 2071, où les vieux ponts qui reliaient les îles n’étaient pas encore engloutis et lui servaient, à lui et à sa bande de copains, de plongeoirs ou de pistes de courses de voitures. Évidemment, les ponts ayant été déserts, ils avaient eu tout le loisir d’en faire leurs terrains de jeu favoris. Mais ils n’étaient plus visibles. Ils étaient recouverts d’un ou deux mètres d’eau. On pouvait probablement encore aujourd’hui nager au-dessus et y avoir pied, si on n’avait pas peur des requins ni d’attraper la métalite. Le coucher de Soleil ornait les tours de verre et de béton de l’archipel de courbes dorées iridescentes, sur un fond de ciel brunâtre et changeant, tandis qu’encore quelques centaines d’aéronefs volaient vers leurs mystérieuses destinations, la plupart rentrants de Païtadumbéa, le centre économique de la Grande Terre.

 

Tandis que les onze jeunes gens qui attendaient avec lui montraient des signes ostensibles de stress, Will se prit à songer à ses cours d’histoire de l’école nationale de Malaoui, où son professeur montrait aux élèves la carte tridimensionnelle de l’archipel de Nouméa en 2020, qui n’était alors pas un archipel mais une péninsule d’un seul bloc tortueux, faisant partie même de la Grande Terre. Toute son enfance passée sur l’île Citron, il aurait bien aimé connaître cette plage touristique renommée du même nom, maintenant submergée par l’océan. Il aurait bien aimé connaître, aussi, cette barrière de Corail qui entourait la Grande Terre et qui pulsait d’une vie et d’une diversité aujourd’hui tombées dans l’oubli. La Nouvelle-Calédonie avait été, selon son professeur, un havre de verdure, de vie, un pouvoir économique certain, un site touristique mondial, mais aujourd’hui, elle était reléguée au second plan, elle était une partie de ce que le monde appelait la « Blind Zone ».

 

Les pensées de Will furent interrompues par l’agitation soudaine qui saisissait les onze autres jeunes gens. Ils regardaient dans la même direction. Un aéronef multicolore imposant, et surtout très perfectionné, amorçait sa descente vers eux. L’antigravité quantique se résorba progressivement, et les bras d’atterrissage se déployèrent. Malgré la taille de l’engin, l’opération ne fit pas plus de bruit qu’un ronronnement de congélateur. Il dût attendre quelques minutes avant de voir une quelconque activité se manifester à bord, puis un son lourd coupa le silence et une rampe métallique se déploya jusqu’au sol de l’aéroparking. Un homme aux longs cheveux bruns coiffés à la mode Australienne, et habillé d’une tenue multicolore moulante frappée du logo assorti tristement célèbre dans le monde, avança jusqu’au bas de la rampe, escorté de deux femmes dans la même tenue, mais arborant une longue natte unique à l’arrière d’un crâne rasé et luisant. Will et les autres individus se rassemblèrent pour permettre au trio d’avancer à leur rencontre, et probablement aussi pour se sentir plus en sécurité ensemble, car les regards étaient terrorisés, les jambes tremblaient, l’atmosphère pesait de l’odeur de la panique et de la sueur, tous transpiraient malgré la fraîcheur de cette fin d’après-midi.

L’homme et les deux femmes avancèrent d’un pas assuré jusqu’au groupe. Le trio s’immobilisa à cinq mètres d’eux et Will put apercevoir des lueurs caractéristiques parcourir les yeux de l’homme pendant qu’il regardait les jeunes gens de haut en bas, avant de prendre la parole :

« Bonsoir et merci à vous d’avoir répondu à l’appel, je vois que vous êtes tous présents et je vous en félicite. Vous avez peur et êtes probablement remplis d’incertitudes quant à la suite des événements, mais n’ayez aucune crainte à avoir, nous allons tout vous expliquer et vous guider » Sur ce, l’homme s’avança vers le groupe de jeunes gens et les dévisagea un par un, à travers une neutralité déconcertante et une absence totale d’expressions de visage, qui ne manquait pas de déstabiliser les membres du groupe. Une jeune femme chancela puis vacilla quand vint son tour, avant de s’effondrer sur le sol. L’homme attacha autant d’importance à la malheureuse inconsciente qu’aux cafards qui filaient sur la plate-forme, et continua son inspection. Enfin, il rejoignit son équipe et reprit la parole :

« Les onze qui sont encore debout, montez à bord, je vous prie »

Les jeunes gens avancèrent d’un pas hésitant vers la rampe d’accès à l’aéronef et se mirent spontanément en file indienne. Will fermait la marche, suivi de l’homme étrange et de ses deux comparses. Le sas était fortement éclairé et formait une espèce de large couloir, sur les parois duquel se trouvaient plusieurs portes en plexigraphène semi-opaque, et loin au fond, une double porte du même genre devait probablement mener au cockpit.

Une des femmes de l’aéronef se présenta à eux et les guida vers une des portes de gauche, qui s’ouvrit sur leur passage. Will et les autres furent invités à prendre place sur des sièges qui ornaient une espèce de salle d’attente. Les murs et les deux portes étaient saturés de propagande de la célèbre compagnie, et plusieurs écrans holographiques montraient des images incroyables que probablement aucun des jeunes gens n’avaient jamais vues, même à travers la plus perfectionnée des capsules. Leur guide attendit que chacun se soit installé dans un siège, puis s’adossa à la porte qui donnait sur le sas, avant que la lumière de la salle ne faiblisse jusqu’à laisser place à une obscurité totale. Puis immédiatement, un hologramme lumineux, représentant un homme âgé, apparut au centre de la pièce. Il était vêtu d’une ample robe assortie aux couleurs de la corporation. Il se tenait droit malgré l’âge apparent de ses traits, tenait ses bras dans le dos, levait fièrement le menton et était solidement campé sur ses jambes. Sa fine barbe blanche s’anima légèrement et sa voix retentit, comme émanant de toutes les directions à la fois.

« Mesdames et Messieurs, bonjour et bienvenue à bord du plus grand vaisseau Australien de notre célèbre multinationale. Je m’appelle Edward Page, je suis son Directeur Général. Ce que vous voyez de moi est un enregistrement holographique destiné à souhaiter la bienvenue à tous les candidats. Vous êtes ici car vous avez répondu à notre première grande campagne de recrutement dans la Blind Zone, pour obtenir la possibilité d’intégrer la « Sight Zone », réservée jusqu’à présent à la haute société des pays les plus riches de la planète. Vous êtes ici car vous avez réussi nos tests de présélection et avez donné satisfaction à nos évaluations bio-psycho-sociales. Vous êtes moins d’une vingtaine aujourd’hui, mais sachez qu’à travers la Nouvelle-Calédonie, vous étiez 860 postulants à l’origine. Vous allez aujourd’hui subir un dernier test qui ne retiendra probablement qu’un candidat parmi vous, voire aucun. Ce test vous semblera certainement familier dans un premier temps, puisque vous aller le passer en Capsule. Mais ce à quoi vous allez devoir faire face sera drastiquement différent de vos précédentes expériences. Je vous laisse aux bons soins de l’équipage pour la suite des épreuves. »

L’hologramme disparut et la lumière envahit de nouveau la salle.

 

 

 

 

 

 

Fin de la première partie, la suite, la semaine prochaine

Ecrit par : BoSS U (2281 Posts)

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fois. Thankiou bien !

7 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Kev, elle est en ligne la nouvelle !!!

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