Fin Mal Barrés! : Esprit Critique

Esprit critique était une rubrique de feu l’émission de radio Endemix Week-End. Virginie Soulas et ses chroniqueurs passaient au crible de la critique des spectacles, des expos, des disques ou des films locaux.

Dans l’esprit de l’émission de l’époque, voilà mon regard sur Fin Mal Barrés! Bien sûr, mon avis est personnel et n’implique que moi. Faîtes vous-même votre avis en allant voir la pièce. J’ai lu quelques part que la pièce serait donné à Poindimié le 5 juillet.

Fin Mal Barrés! Maïté Marithé Siwene Jenny Briffa Sarkis Tcheumlekdjian

Fin Mal Barrés !

Fin Mal Barrés! Est un seul en scène, un one woman show, pour faire genre on parle anglais, écrit par Jenny Briffa, mis en scène par Sarkis Tcheumlekdjian et interprété par Marithé ou Maïté, selon les jours et les humeurs, Siwene.

Je ne vous ferai pas le pitch du spectacle car tu peux le retrouver, ici sur le Cri du Cagou.

Le spectacle, disons-le clairement est très drôle.

Tout d’abord, je pense que Maïté est une des meilleurs comédienne de sa génération en Nouvelle-Calédonie, elle sait tout faire, jouer, danser, chanter. Elle nous avait déjà ravis auparavant avec deux autres one woman show, on connaissait donc son talent dans la discipline d’être seule sur scène, interprétant de nombreux personnages. Je trouve qu’elle s’est encore bonifiée avec le temps.

Les différents personnages qu’elle interprète sont joués avec plus de retenu, nous ne sommes plus dans la caricature mais bien dans le portrait de personne que nous pourrions connaître. Ce qui ajoute plus de force encore au propos.

Le spectacle est très drôle jusqu’au moment où tu ne ris plus. Et si tu ne ris plus, c’est parce qu’elle parle de toi et que tu viens de te reconnaître. Car le spectacle est piquant, en fustigeant tous les travers de la société calédonienne, tu finis par te sentir viser et le spectacle t’exhorte à te remettre en question.

Le spectacle parle de nos hommes politiques, de nos médias, des travers de notre société mais pas que… Le spectacle parle surtout de nous.

La force du spectacle est de s’adresser à nous tous, sans barrière communautaire ou sociale. Nous, les habitants de la Nouvelle-Calédonie. Ici, on parle souvent des autres, rarement de nous, dans notre globalité, dans nos différences. Et quand on parle des autres, c’est forcément termes peu élogieux débutant régulièrement par “Oncûlé de…”.

La force de l’écriture de Jenny Briffa est de ne jamais stigmatiser une communauté du pays mais bien de toutes les englober comme habitants du Pays, dans ce nous, que j’évoquais plus tôt. Ce “nous” qui en prend bien la gueule quand même car le spectacle n’est pas tendre avec nos travers.

La force de spectacle, de s’adresser à nous tous, sur un même pied d’égalité est paradoxalement sa faiblesse.

Le texte élude la question de la domination qui pourtant me semble le problème majeur du Pays.

Dans nos réflexes, dans nos habitudes, nous ne sommes toujours pas égaux, nous avons toujours affaire à une classe dominante, née de la colonisation et des classes dominées. Nous ne sommes pas égaux en Nouvelle-Calédonie et si tu ne me crois pas, demande toi si il est aisé en de trouver un appartement sur Nouméa, si tu es kanak, où si tu peux entrer en boîte de nuit comme n’importe quel blanco farine si tu es un peu mâte de peaux.

Ceci mis à part, Fin Mal Barrés! est un spectacle salutaire à voir pour la tranche de bonne rigolade et la remise en question qui en découle.

Excellent spectacle

Maïté Marithé Siwene Jenny Briffa Sarkis Tcheumlekdjian Fin Mal Barrés !

Ecrit par : BoSS U (2261 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


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15 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    La critique n’est pas un exercice facile mais nous devrions faire ça plus souvent car c’est bon pour la création locale, j’en suis persuadé.

    • Slasistan dit :

      Comme tu dis héhéhé ! Est-ce que la critique la plus sincère, constructive, qui parfois “remet à sa place” avec des arguments quand c’est mauvais, mais s’évite autant que possible la mauvaise foi, ça peut exister sur un petit Caillou comme le nôtre ? En gros, est-ce qu’on peut critiquer un travail sans que ce soit perçu comme une attaque sur la personne ? ahahah that is dze question… Ça mériterait un large débat !

      • BoSS U dit :

        Moi, je crois que c’est possible. Evidemment, comme la critique d’œuvres locales est un exercice un peu nouveau pour le Pays, au début le genre fait grincer des dents. Si elle est sincère et constructive, les artistes finiront par se rendre compte que ce ne sont pas des jugement de personnes mais bien d’œuvres et au bout de quelques temps, ça finira par être pris pour ce que c’est, de la critique d’art.

      • Trapard Creteux dit :

        Bon, du coup je pense l’inverse. Pour moi, la critique d’art est épisodique en Calédonie et elle apparaît en fonction de l’atmosphère politique. Elle était un peu absente dans les années 80. Elle est apparue ou réapparue au tout début des années 90 après les “Évènements” (je me souviens d’une émission de Thierry Rigoureau qui était plutôt critique, et même cynique parfois). Puis je trouve que dans les années 2000, elle fait des apparitions par petites touches légères (Les Infos, NC première…), de 2004 à 2009, de 2014 à aujourd’hui. Je pense que la critique d’art revient doucement dans les Médias, par soucis d’imiter la démocratisation de la critique dans les réseaux sociaux. Simple suite logique à la création des télé-réalités au début des années 2000, lorsque les ordinateurs ont investi le marché. Donc dans ce cas, la critique est-elle une évolution sociale ou fait-elle simplement partie de la régression culturelle que les chaînes de télévision sont obligées de suivre pour faire face à la concurrence et au développement de l’amateurisme sur internet ? Autre vaste question. :mrgreen:

        Par contre, les médias servant de relais publicitaire gratuit pour l’Art a toujours existé. Ce qui n’est pas plus mal puisqu’une publicité dans un journal, une radio ou à la télévision, ça coûte une petite fortune. Du coup, on a inventé la critique d’art en échange, se faire critiquer pour un artiste, c’est peut-être une autre manière de débourser pour avoir sa publicité dans les Médias. Quand tu es entrepreneur, tu payes. Quand tu es artistes, tu justifies ton travail…

        Ce qui est aussi lent que l’accès à la critique et à l’auto-critique en Calédonie, c’est la difficulté qu’ont les Locaux à se médiatiser, ou même à faire la démarche d’aller vers les Médias. D’où cette critique récurrente où l’on entend qu’il n’y a pas assez de Calédoniens dans les Médias. En Calédonie, on a le Pôle-Export de l’Art, mais pas encore le Pôle Expression de soi-même. Il faut pas mal de maîtrise de soi et de l’autre pour sortir de ce tourbillon d’appréhensions.
        Après, nous sommes dans une île et j’en sais quelque chose d’apprendre à me médiatiser, mais surtout d’apprendre à oublier les gens qui me connaissent ou m’ont connu, apprendre à être précis, nuancé… Mentir ou se tromper à la radio ou à la télé quand tu as grandi ici, c’est complètement exclu.
        Je trouve d’ailleurs que c’est moins flippant de parler en direct sur une radio métropolitaine où je sais que je ne connais aucune des personnes qui m’écoutent et dont je connais mal l’Histoire du Pays.

        Et le problème avec la critique quand on vit en huis-clos, c’est qu’avant, pendant et après la création, il y a une sorte de tension contenue chez l’artiste qui fuit les parasitages (d’où les sensations d’attaques personnelles).
        Et enfin, la difficulté avec la critique d’art n’a rien d’endémique, elle est mal perçue dans le reste du monde, États-Unis et France y compris. Et les critiques ne sont pas toujours très bons je trouve, et ce sont des personnes qui essayent souvent d’influencer une industrie culturelle ou une autre, au lieu de la laisser s’affirmer seule. Ce sont des artistes refoulés à qui il manque l’expérience de créer, mais qui cherchent à suivre l’artiste ou à le dépasser, par le biais de la réflexion.
        Sans oublier qu’un critique d’art qui n’a pas d’accès à une oeuvre, donc qui ne l’a pas comprise risque d’influencer de son jugement un grand nombre de lecteurs, de téléspectateurs ou d’auditeurs. Puis en Calédonie, le critique d’art et l’artiste subventionné doivent tous les deux rester dans un cadre de politique consensuelle, ce qui fausse forcément la donne dès le départ. Le consensus et la liberté de création et d’expression sont des choses qui n’ont aucuns liens entre elles. Apparemment, en Métropole, c’est pire encore.

        Personnellement, j’ai fait beaucoup de critiques d’oeuvres locales sur Le Cri du Cagou ou Les Échos d’Altaïr et franchement, je n’aime pas du tout ça, surtout lorsque ça concerne le travail d’un ou une amie. Du coup, je préfère ne plus le faire et me limiter à la critique de films internationaux méconnus.

        En tout cas, je préfère la critique d’art populaire (et de préférence a-politisée) faîte par les artistes (comme dans Les Cahiers du Cinéma par exemple) ou par les fans (Les Fanzines ou Livres sur l’Histoire de l’Art, ou sur un artiste précis après enquêtes). Puis rien ne vaut l’artiste lui-même lorsqu’il s’exprime sur sa démarche.
        En écoutant une interview, tout le monde s’est forcément exclamé au moins une fois “mais ferme ta gueule !” quand un intervieweur se donne trop d’importance par rapport à l’artiste interviewé, et en lui coupant la parole. :mrgreen: :mrgreen: Et d’autres fois, tu sens que l’artiste n’a pas envie de répondre à une question conne, et le critique insiste parcequ’il est persuadé d’avoir entrevu quelque chose de sous-entendu ou de caché. Bref, deux mondes différents et parallèles qui ne se rencontrent jamais mais qui sont souvent obligés de cohabiter et de faire semblant de se comprendre en public. :mrgreen: :mrgreen:

  2. La Tortue dit :

    Top!

  3. Trapard dit :

    Vu ce soir ! Bon, disons que j’ai été partagé entre éclats de rire…et déception. Mais ça reste mon point de vue, comme dit BoSS U. Je ne vais pas interférer avec le sien, puisqu’on ne confronte pas les mondes intérieurs de chacun, les débats et polémiques ça reste des inventions débiles à mon goûts.
    Du coup, oui j’ai ri, beaucoup même, parceque Marithé est drôle, fine et bonne comédienne. Mais ça, ce n’est pas une nouveauté. Mais j’ai aussi été déçu, d’avoir ri à partir de thèmes un peu vides, un peu consensuels je dirai. Pas consensuels envers les politiciens évidemment. Mais qui est consensuel envers la politique locale aujourd’hui ? D’ailleurs il y en avait dans la salle ce soir, qui étaient venus pour rire eux aussi. En fait comme BoSS U, je m’attendais à ce que le spectacle explore plus à fond certains sujets socio-politiques ou socio-économiques. Mais ce n’était pas le cas, la critique est toujours très mince, archi-connue et destinée à faire rire le plus grand nombre, d’où ce côté politiquement-correct en continu. Moqueuse de la politique mais politiquement-correct. Mais le sujet politique est maîtrisé, c’est déjà cool. Et on en rit beaucoup !
    Il y a d’ailleurs un thème sous-jacent que j’ai ressenti tout le long du spectacle et qui m’a laissé penser que celle qui a écrit le spectacle a encore en elle l’ancienne chape de plomb imposé par l’ancien système. D’ailleurs le sujet est abordé quelques fois sur le mode de la dérision, d’ailleurs je n’ai pas vraiment perçu s’il s’agissait de dérision ou d’auto-dérision à ce niveau-là. L’auto-dérision passerait mieux, je pense.
    Mais finalement c’est dans la conclusion et la définition des thématiques du spectacle qu’on comprend qu’on est rien d’autre que le titre de ce spectacle. Et que c’est difficile d’être autre chose, alors la seule solution c’est de rire de nous-mêmes.
    Du coup, ce soir j’ai bien ri, mais j’ai tout de même eu l’impression d’observer un squelette de spectacle sans trop de revêtement. J’irai le voir s’il repasse à Nouméa pour voir s’il a évolué, et s’il y a une seconde partie, j’irai aussi.

    • BoSS U dit :

      Réussir à faire un spectacle consensuel sur le référendum me semble une gageure incroyable

    • Trapard Creteux dit :

      Disons que le référendum fascinait lorsqu’il faisait peur, mais ce n’est plus vraiment le cas en 2017.

      • BoSS U dit :

        Et c’est toi qui dit que le référendum ne fait plus peur alors qu’il fait partie de tous tes cauchemars…

        T’as changé !!!

        A ce rythme là, tu vas finir indépendantiste :mrgreen:

      • Trapard Creteux dit :

        Comment tu sais que je fais des cauchemars ?
        Tu as encore couché avec moi un soir où tu as bu trop de kava ?
        Du coup, m’étonne pas que je fasse des rêves bizarres avec ta tronche près de la mienne.

      • Trapard Creteux dit :

        Jamais Indépendantiste !!

        Loyaliste…Jusqu’à l’Indépendance !!

  4. Alain dit :

    Bon moi aussi j’ai vu le spectacle hier soir.
    L’actrice est vraiment formidable ! Elle n’a rien à envier aux acteurs internationaux…
    Par contre je suis reparti avec comme un malaise en moi que je ne suis pas encore arrivé à déterminer.
    Évidemment que l’on rigole mais il y a autre chose de plus profond, sous-jacent, me semble-t-il, sans pouvoir en préciser plus.

  5. emma dit :

    Je viens de voir le spectacle ce soir à Touho. Elle dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas tout en nous faisant rire. Super courageuse de jouer dans les lycées !!! Je lui tire mon chapeau. Tout le monde devrait le voir. A quand des représentations au centre culturel du mont-dore ?

    • BoSS U dit :

      Le spectacle de Maïthé tourne, c’est très bien !!!
      Il passera sûrement un jour au Mont-Dore !!!

    • Trapard Creteux dit :

      Si elle dit ce que tout le monde pense tout bas, il était donc vraiment temps de penser Touho !! hahahaha

      Pardon…

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