La carotte imaginaire et la matraque – Fin

Je sais que vous êtes impatients de dévorer le dernier chapitre de “La carotte imaginaire et la matraque”, la nouvelle d’Elric Géraudie qui a remporté en octobre 2016 le deuxième pris du concours de nouvelles initié par le Sci-Fi Club et la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie.

Si vous avez loupé une des 5 premières parties, pas de soucis, ces liens vous permettront de reprendre la lecture là où vous vous êtes arrêtés.

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5

Bonne lecture

Nous choisissons de nous embarquer dans un des tout-terrains Leving, et de nous cacher dans la cabine arrière, normalement utilisée par les artilleurs.

A intervalles réguliers, un SécuBot viens et amène un nouveau véhicule dans le cargo. Puis vient le nôtre.

Le robot prend place et démarre sans nous remarquer, nous conduisant vers l’immense navire Le Leving s’engouffre dans la gueule obscure du cargo et avance jusqu’à un ascenseur qui nous amène sur le pont, où sont alignés des centaines d’engins de toutes sortes, organisés par colonnes.

Nous sommes garés entre des véhicules amphibies et des tanks classiques, puis le SécuBot sort de la cabine et s’éloigne d’une démarche mécanique.

Je me tourne vers Fred:

“Et maintenant ?

-Et maintenant on attend.”

Le navire est immense, et met presque toute la nuit pour être chargé. Nous patientons difficilement, surveillant les véhicules alentours en craignant à tout moment de voir débarquer une unité d’intervention qui ne vint finalement jamais. Nous grignotons une barre énergétique de l’énorme réserve que j’avais chez moi et que Fred a eu le réflexe d’emporter avant d’essayer sans succès de nous endormir.

Les moteurs grondent toute la nuit, avant d’accélérer à l’aube. Nous nous regardons et sortons la tête du véhicule à temps pour voir le quai s’éloigner lentement tandis que des rayons du soleil naissant commencent à nous caresser la nuque. Ici, la fumée est moins dense grâce au vent venu du large, mais le ciel reste invisible, camouflé par le second étage de la ville.

Le bateau s’éloigne dans la baie, vers le large qui s’illumine lentement de la lumière d’un soleil masqué par aucune construction. Lentement d’abord, nous voyons cette lumière s’approcher, puis de plus en plus rapidement .Soudain, le titan fait tonner ses immenses moteurs à la sortie de la rade. La vitesse fait faire au bâtiment un bond en avant qui nous plonge dans la lumière solaire, vers notre salut.

Nous voyons la terre s’éloigner alors rapidement, et avec elle nos problèmes.

Bientôt le monde saura ce qu’il se passe en Nouvelle-Calédonie. Quelque soit la destination qu’avait ce navire, ça ne peut qu’être bon pour nous. La journée, malgré ce bon début, s’écoule encore plus lentement que celles à l’usine.

Nous devons rester caché dans notre véhicule alors Fred en profite pour me raconter tout ce qu’il a fait ces dernières années. Tous les reportages qu’il a fait, tous les mensonges qu’il a découvert. Il avait prévu qu’il devrait un jour quitter l’île, même si il ne pensait pas que ce jour viendrait si rapidement. Le reportage sur l’eau devait être une simple propagande, mais il avait demandé a un employé du service des eaux de lui faire une analyse de la composition de ce qui sortait du robinet. C’était ce type qui avait dû parler.

Quant à Manua, il avait réussit à s’enfuir aussi, Fred en était sûr. Ils avaient prévus différents moyens d’éviter de se faire prendre, et surtout de le signaler. Un de leurs paquets de “survie” avait disparu, ce devait être lui qui l’avait pris.

En début d’après midi, nous migrons vers un des véhicules amphibies, plus confortables, et surtout pourvus d’une réserve suffisante pour survivre longtemps en mer. Et alors nous attendons, continuant à parler. Mais au bout du troisième jour, nous ne parlons plus. L’attente devient difficile, nous ne faisons plus que dormir.

Grâce aux instruments de navigation portables, nous voyons que nous nous dirigeons vers l’Europe.

Enfin, normalement. Parce que ni lui ni moi ne savons parfaitement utiliser une boussole et une carte. Il y a bien la lunette de vision satellitaire qui nous permettrait d’avoir une vue précise et en direct de notre position et de n’importe quel endroit du globe, mais nous hésitons à l’utiliser. Autant la garder en cas de véritable problème, parce que ce genre de truc n’a qu’une seul utilisation de quelques secondes.

Le 5éme jour, même si nous ne manquons pas de provisions, l’attente devient difficile. Les additifs dans l’eau nouméenne font leur effet, et je suis obligé de me forcer à boire l’eau des rations de survie.

Nous nous cachons toujours et dissertons sur les causes des cette présence du Motholénanime dans l’eau. Nous finissons par supposer que le gouvernement veut réguler de 460 470 480 490 manière extrême la natalité. Il est vrai que l’île est déjà surpeuplé…

Soudain, un bruit fracassant d’éclaboussure nous tire de notre torpeur. Nous sortons la tête du véhicule pour voir que les SécuBot sont de nouveau en action. Il font avancer un à un les Blindés de la colonne voisine afin de les précipiter à l’eau. « C’est quoi ce bordel ? » Nous restons caché dans notre coquille de noix tandis que les véhicules autour de nous disparaissent chacun leur tour à un rythme effrayant .

Quand vient le tour du notre, nous en fermons toutes les écoutilles pour rendre l’arrière étanche et nous nous harnachons dans les places prévues originellement pour les forces d’intervention.

Nous sommes donc près quand le robot nous jette dans l’océan.

Le choc est absorbé par les harnais, mais nous étourdis tout de même. Fred s’évanouit sur le coup, quand sa tête frappe le dossier.

Les autres véhicules amphibies coulent, leurs écoutilles ouvertes. Je vois la scène comme au travers d’un filtre rouge.

Des dizaines de véhicules tombent autour de nous dans une mer sale et recouverte de déchets divers, créant des remous qui éloignent notre embarcation du navire.

Mais une seule chose m’occupe l’esprit, une seule question me pousse à lutter pour rester éveillé : pourquoi ? Pourquoi balancer à la mer toutes ces armes neuves ? Pourquoi gaspiller ces machines de mort ?

C’est ce qui maintient la Calédonie en paix !

Quel intérêt à les construire si c’est pour les détruire après ? Le doute, vicieux, s’insinue en moi, libérant de l’adrénaline. Ma vision d’éclaircie temporairement. Je vois le sang couler du nez de Fred, mais je n’y prête pas attention. Je commence à trembler de tout mes membres.

Il n’y a qu’une seule raison pour laquelle ce qui maintient le peuple enchaîné soit ainsi détruit. Ma main tremblante se tend vers la lunette satellitaire. La Calédonie n’est contrôlée que par la volonté de produire des armes.

J’attrape la lunette. Je comprend que la production, la fatigue, les drogues dans l’eau, la censure ont établit une dictature sur l’île. Ce n’est pas un secret. Je sens du sang couler sur mes lèvres tandis que ma vision s’obscurcit progressivement.

La Calédonie marche à la carotte, à la fatigue et au bâton. Le bâton est une matraque brandie par un policier patibulaire.

La fatigue, les drogues, nous empêchent d’y penser.

La carotte est la production d’arme nous empêchant de rentrer en guerre. Nous protégeant de la destruction. La destruction…

Mécaniquement, je déclenche la lunette. La seule raison pour que le gouvernement n’est plus…plus peur de se faire attaquer…Je regarde à travers la lunette. Je ne concentre pas sur ma position. La seule…

la seule raison serait que…

Je regarde Tokyo, Paris New-York, Sydney. Osaka, Marseille, Memphis, Cairns. Puis la campagne. Destruction. La seule raison serait…

qu’il ne reste personne pour nous attaquer. Je vois les capitales, les villes, les campagnes, forêts et montagnes.

Plus que du désert. J’utilise la lunette jusqu’à ses dernières forces. Je pleure.Je ne vois plus rien.

Les derniers hommes sur Terre n’en sont plus, et ils vivent en Calédonie.

La carotte est imaginaire.

Il n’y a qu’une matraque s’abattant inlassablement sur des humains fatigués.

Ecrit par : BoSS U (2291 Posts)

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Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l’Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c’est dit avec respect et un peu de trémolo.
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fois. Thankiou bien !

5 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Une excellente histoire. j’ai pris beaucoup de plaisir à la lire.

  2. Gérard Bouchard dit :

    Une nouvelle qui commence bien, un univers un brin mystérieux puis c’est la dégringolade au niveau du style, du rythme… Trop didactique, ne laisse pas assez de place à l’intrigue à mon sens. Dommage que le soin donné aux premières lignes n’ait pas perduré. Merci pour la publication.

  3. kev dit :

    belle nouvelle, j’aime beaucoup la chute !
    A quand la prochaine nouvelle ?

    • BoSS U dit :

      Patience Kev, un jour ton tour viendra.
      Ta nouvelle débutera la semaine prochaine car je n’aurais pas une minute pour m’en occuper aujourd’hui.
      Mais mardi prochain promis, c’est ton tour.

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