Mon expérience de YouTubeur artistique

 

Le YouTubeur selon Wikipedia : « Un vidéaste, sur la Toile, est un internaute qui réalise et publie du contenu vidéo sur un site d ‘hébergement de vidéos tels que YouTube, Dailymotion, ou encore Viméo, ou bien sur un blog ; tous se servant du média d’Internet. Ils sont ainsi souvent surnommés Youtubeurs (de l’anglais youtuber qui désigne quant à lui tout utilisateur du site), et parfois podcasteurs (en référence au podcast, dont la méthode de partage est cependant différente). Un vidéaste qui se sert d’un site d’hébergement de vidéos publie son contenu sur sa chaîne, division du site rattachée à son compte (dans le cas de YouTube, un compte Google). D’autres vidéastes privilégieront la publication de leurs vidéos sur leur blog ou leurs réseaux sociaux. »

 

 

IL Y A UN AVANT YOUTUBE ET UN APRÈS YOUTUBE

Personnellement, j’ai découvert Internet vers 1996-1997, chez un ami, lors de mes études de cinéma à Paris. Youtube n’existant pas encore en 1997 j’utilisais la boîte mail de l’ami en question pour partager à une « mailing-list » de Calédoniens, une vingtaine de petites parodies de clips musicaux d’une à deux minutes. Je les avais tourné à Paris en Hi-8 avec Jeff, un Aixois (Aix-en-Provence) et Christian, un pote de Gossannah étudiant à Compiègne. Pour cette série de courtes vidéos, on n’utilisait qu’un seul axe de vue (à la manière de la série « Caméra Café » ou de « Chez Nadette » ou même des actuels YouTubeurs). Puis je les faisais compresser par un technicien de mon école pour pouvoir les partager par mails. À cette époque, le nombre de “vues” ou de « Likes » n’existait évidemment pas, je visais un public amical et familial. Avec Christian, on doublait aussi, à la manière de KingTäz certaines VHS achetées dans le commerce, en connectant un micro au magnétoscope et en scotchant la languette de sécurité sur la VHS de manière à pouvoir en pirater le contenu et à rajouter nos voix et de la musique à l’aide d’une mini-chaîne hi-fi. Doubler la piste sonore des VHS était d’ailleurs très courant au milieu des années 90, de nombreux vidéastes amateurs et musiciens le faisaient pour se divertir en bande.

Puis à partir de 2002, grâce au format mini-DV, j’ai appris à numériser moi-même mes vidéos et j’utilisais le logiciel de partage eMule pour toucher un public plus large, mais plus anonyme et affublé de pseudos cette fois-ci. À ce moment-là, les métiers de l’audio-visuel étaient pas aussi développés qu’aujourd’hui en Calédonie et j’étais caissier-pompiste de nuit dans une station service et je prenais sur mon temps libre pour tourner mes vidéos et les mettre sur la Mule. Le nombre de “vues” sur eMule se comptait alors en nombre de téléchargements en cours ou terminés, et chaque utilisateur possédait un compte personnel qui lui permettait de laisser des commentaires ou de lancer des discussions. Mais c’était avant tout, le choix des “tags” qui influençait un internaute à télécharger tel ou tel court-métrage. Les tags “Nouméa” ou “Nouvelle-Calédonie” étaient par exemple destinés aux étudiants calédoniens à l’étranger, et l’indication des thématiques des vidéos influençaient aussi beaucoup les utilisateurs de la Mule. Enfin, comme la Mule portait bien son nom, de nombreux utilisateurs privilégiaient les courts-métrages ou les films très compressés, et rapides à télécharger.

 

PUIS VINT LE TEMPS DE YOUTUBE

Créé en 2005, l’hébergeur YouTube a ouvert une fenêtre sur le reste du monde, et chacun d’entre nous pouvait ajouter sa propre pierre à l’édifice : c’était de la Télé-Réalité à 100%. Les web-TV calédoniennes fleuriront doucement à partir de 2008 avec Tatele.nc, Koodji TV, la Rex TV, Tazar TV, NCI et bien d’autres. Dès 2005, je fondais avec Matthieu Perrochaud le collectif Les Artistes Asociaux pour réaliser des courts-métrages utilisant des codes et des contraintes artistiques pour les diffuser dans un premier temps dans des bars et des évènementiels de l’association Kassiopée avec des films de Manuella Ginestre, de Vincent Lépine, de David Minguez et de l’association Poadane. Puis dans un second temps, nous les faisions tourner sur YouTube en les relayant avec le blog Le Cri du Cagou.

D’autres vidéastes comme Michel Besse, David Minguez et Banana Studio entretenaient des pages YouTube en 2006-2007. Mais c’est à partir de 2008, lors de l’adoption des réseaux sociaux par le plus grand nombre d’internautes, et en particulier Facebook, que de nouveaux YouTubeurs ont fait leur apparition comme le collectif ZM Prod. (Clément Bouchet et Ben de los Santos), qui créait une sorte de buzz avec ZOMBIE MADNESS, un faux teaser de film de zombies, avec plusieurs variantes humoristiques et publicitaires.

 

 

 

 

PUIS VINT ENSUITE LE TEMPS DES SERIALS PODCASTERS

Au niveau de l’humour, KingTäz et Dany Banreu sont les premiers à avoir créé un engouement pour les podcasts humoristiques ou parodiques. KingTäz reprenait le principe du « Grand Détournement » des Nuls sur Canal+ pour ajouter une touche calédonienne à de nombreux extraits de blockbusters, tandis que Dany filmait plutôt ses propres gags.

 

Sans oublier les vidéos de “La Chose” (par Thierry Mangin) et la chaîne BDM “Blagues de Merde” sur Facebook.

Par la suite, Wanamatraaa (petit-fils de l’humoriste Lalié) poussera l’humour jusqu’à la parodie sociale et politique, tout comme le jeune Esteban de Katiramona. Entre 2012 et 2013, des mini web-séries humoristiques verront le jour comme « Les Deux » ou XD Prod (dans laquelle KingTäz faisait plusieurs apparitions). Enfin, la culture geek calédonienne a aussi ses podcasts avec « Koi ça Geek ? » et « French Walkers ».

 

 

 

LES YOUTUBEURS ARTISTIQUES

Mais quel rapport entre ces podcasteurs et l’Art me direz-vous ? Eh bien, la plupart de ces jeunes podcasteurs qui sont déjà des créatifs à la base, et particulièrement Wanamatraaa au niveau du langage audiovisuel. Et la plupart se tournent petit à petit vers des réalisations plus ambitieuses. Esteban s’est récemment associé à la chaine « French Walkers » pour tourner une web-série calédonienne de zombies, ainsi que sa propre web-série policière, tandis que Wanamatraaa a été chroniqueur sur RNC et KingTäz et encore Esteban ont partagé leur humour sur NC Première.

Pour ce qui est des YouTubeurs purement artistiques, il faut surtout compter sur le mouvement hip hop dont Simane partage régulièrement des vidéos sur la danse et sur Lifou sur sa chaîne. Astroboy a aussi partagé un certain nombre de gags et de vidéos facebook sur la danse. Et la création de pages YouTube et Facebook de danseurs hip hop calédoniens est loin de s’arrêter, surtout depuis la venue régulière de l’Urban Film Festival avec son concours de films. Et c’est sans compter les pages YouTube des Yamak Pacifique ou des Yamak Junior qui filment parfois leurs déplacements à l’aide de caméras Go-Pro.

Pour ce qui est des podcasts de graffeurs, Zyon et le GB Crew partagent depuis déjà plusieurs années des vidéos de graff sauvage. Pareil pour l’ATM Crew. Le vidéaste Luc Mauduit a aussi créé la série « Meeting the Wall » sur Viméo, dont le graffeur Michaël Husser était le point de départ. Et plus récemment, Kuby partage aussi ses fresques sur YouTube. Le Cri du Cagou suit, quand à lui, le GB Crew et l’ATM Crew dans certaines de ses démarches artistiques.

Pour ce qui est des clips youtube, autrement dit, les fan-clips qui n’engendrent aucun gain, plusieurs groupes et plusieurs fan-clippeurs dont je fais partie avec Mike Wright sont consultables sur YouTube : Little Budapest, Battle of Wood, le DJ Jan Bess, ainsi que certains rappeurs comme Nasty et ReZa.

D’autres rappeurs ont aussi leur chaîne Youtube, tout comme de nombreux musiciens.

MA DÉMARCHE PERSONNELLE DE YOUTUBEUR ARTISTIQUE

Personnellement je tourne des fan-clips pour des artistes locaux adeptes du copyleft depuis 2006 : DJ Tarmak, DJ Paranoïak, DJ Jan Bess, et les groupes Dusty DjTale, les Youpi, Ork&stra et Little Budapest.

En Nouvelle-Calédonie, YouTube ne générant pas encore de rémunération, ou très peu, j’ai opté dès le départ pour une démarche personnelle et artistique. Et tout comme les YouTubeurs qui ne sont subventionnés ni par un parti politique, ni par une institution publique ou privée, être YouTubeur ne me rapporte rien, si ce n’est un plaisir personnel.

À l’inverse des YouTubeurs classiques qui se filment eux-mêmes, ce que je faisais déjà en 1996-1997 dans mes parodies de clips vidéos, je préfère suivre tel ou tel artiste en n’apparaissant pas…ou presque pas. Je reprends plutôt le principe d’Alfred Hitchcock mais soit en filmant mon reflet dans un miroir, soit en créant une interactivité avec le sujet filmé en communiquant avec lui. En général je n’indique pas mon nom de vidéaste car je considère que partager une vidéo sur le web, c’est en perdre la majorité des droits d’exploitation.

 

TRAPARD.

 

 

COPYLEFT :

Le symbole du copyleft, avec un C réfléchi (ouvert à gauche), est l’« opposé » du copyright (C ouvert à droite). En 2009, il n’est pas reconnu comme symbole légal.

Le copyleft, parfois traduit comme gauche d’auteur, est l’autorisation donnée par l’auteur d’un travail soumis au droit d’auteur (œuvre d’art, texte, programme informatique ou autre) d’utiliser, d’étudier, de modifier et de diffuser son œuvre, dans la mesure où cette même autorisation reste préservée.

L’auteur refuse donc que l’évolution possible de son travail soit accompagnée d’une restriction du droit à la copie, à l’étude, ou à de nouvelles évolutions. De ce fait, le contributeur apportant une modification (correction, ajout, réutilisation, etc.) est contraint de redistribuer ses propres contributions avec les mêmes libertés que l’original. Autrement dit, les nouvelles créations réalisées à partir d’œuvres sous copyleft héritent de fait de ce statut de copyleft : ainsi, ce type de licence permet un partage de la création ou de la connaissance, comme bien commun, qui permet aux œuvres culturelles d’être développées librement.

 

Contrairement à une idée reçue, le copyleft n’est pas un refus de professionnalisation. C’est une démarche artistique et militante. Beaucoup de groupes qui pratiquent le copyleft sont souvent meilleurs que certains groupes qui sortent des disques et qui sont enregistrés à la SACENC.

Cet article est un point de vue personnel sur les YouTubeurs calédoniens. J’ai sûrement oublié du monde. Si vous vous sentez lésés ou oubliés, n’hésitez pas à nous en informer en commentaire.

N’hésitez pas à nous partager aussi votre expérience personnelle.

Ecrit par : Trapard Creteux (964 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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3 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Excellent article, très bien documenté en plus !

    • Trapard Creteux dit :

      Merci. Je l’ai surtout écrit de mémoire.
      En 2006-2007 c’était devenu très commun de poster des vidéos sur YouTube, mais pour ce qui est de 2005, je ne me souviens plus du tout comment j’ai connu cet hébergeur. Au début de l’année 2005, j’envoyais encore mes courts-métrages sur support DVD par la poste à des copains pour éviter de les compresser.
      YouTube c’est une sacrée évolution du net !

    • Trapard Creteux dit :

      Google a racheté YouTube en octobre 2006.
      Mais avant ça, je me souviens d’une version alternative de YouTube où le groupe local The Caktus postait ses vidéos : gaming.youtube.

      https://gaming.youtube.com/watch?v=v6LgmiMfjlY&list=LLGue2ofiao6WGlZqQPs0bjA

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaming-History

      Les Metalleux calédoniens étaient à la pointe !! :mrgreen:
      (Le bassiste du groupe est le frère du clippeur Mike Wright)

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