La carotte imaginaire et la matraque – Partie 4

Après une interruption de la diffusion de la nouvelle d’Elric Géraudie pendant deux longues semaines, il est temps de reprendre le cours de l’histoire. Voici donc la quatrième partie de “La carotte imaginaire et la matraque”, le récit qui remporté le deuxième prix du concours de nouvelles du Sci-Fi Club et de la maison du livre de la Nouvelle-Calédonie qui célébrait les vingt de l’association de l’imaginaire de Nouvelle-Calédonie.

Pour ceux qui auraient loupé le début, ou ceux qui n’en souviennent plus retrouver le premier épisode de l’histoire, la deuxième partie du récit et le troisième tronçon de “La carotte imaginaire et la matraque”.

Bonne lecture

Elric Géraudie Nouvelle Sci-Fi club Maison du livre de la Nouvelle-Calédonie

J’y trouve la plupart des documents sources, des interviews ainsi que des indications pour la production. Fred devait aller le déposer hier, quand il est allé chez Manua, car c’est ainsi que fonctionne un duo d’information: le journaliste et le technicien s’échange ce genre de notes, car seul le technicien est capable de monter une vidéo. Il faut donc que l’enquêteur lui fournisse tous les documents avec les indications. Une copie est en même temps envoyée au commanditaire qui peut avoir un aperçu du reportage en production. Et cette fois le commanditaire était…wow ! Je regarde plusieurs fois, pour en être sur. Mais aucun doute possible, il s’agit bien du logo du service central, l’organe principal du gouvernement provisoire de crise. Même s’il est provisoire depuis 7 ans. J’ignorais qu’ils encourageaient les reportages de freelance…m’enfin, c’est vrai que ça fait longtemps que je me suis pas intéressé à tout ça…je referme le dossier, mais je remarque parmi tous les documents très officiels une simple enveloppe ouverte. Poussé par la curiosité, je l’ouvre, et découvre à l’intérieur une analyse d’eau, des colonnes entières de produits recopiés à la main sur une feuille à carreaux et suivis de pourcentages. Certains ont étés surlignés, mais l’un est entouré d’une grosse marque au stylo rouge. La “Métholinamine”…ouais, ça n’a pas l’air passionnant ce truc…je jette un coup d’oeil à l’heure. Merde! J’vais m’mettre à la bourre moi ! Je sors en courant de mon apart’ et dévale les escaliers vers la station de monorail. Je suis le dernier à entrer dans l’engin, et tous les regards morts se tournent vers moi. Je devine que si les gens n’étaient pas tous des zombies en bleu de travail, ces regards auraient été accusateurs. Mais ils ne le sont pas. Comme tous les jours, je ne lis que la fatigue dans les yeux de mes camarades.

Il s’agit cependant du dernier événement marquant de la journée. Elle s’écoule lentement, inconsciente des affaires qui me préoccupent. Le travail reste le même, la guerre ne s’arrêtant pas et réclamant comme chaque jour son tribut en matériel pour alimenter le charnier. En partant, je rencontre un vieux, qui, des années auparavant, bien avant que cet état ne s’installe, m’avait dit avoir été un scientifique. Je m’approche de lui. Il embarque dans le même wagon que moi, je me place donc à côté de lui. En me voyant, ses yeux las s’éclairent un peu et il me lance un petit sourire fatigué.

“Salut, Louis, c’est ça ?commençai-je

– Tiens, salut Bishop…Comment tu vas ?répond-il de sa voix de vieux fumeur

– On fait aller….dis-moi, t’étais bien biologiste, avant ?

– Heu…chimiste, oui…pourquoi ?”

Il est surpris de ma question. Il n’est, comme moi, plus vraiment habitué aux conversations amicales. D’ailleurs, tous les regards du wagon se tournent vers nous, comme si parler dans cet endroit était un blasphème.

“J’ai besoin d’aide…tu te souviens de quelques trucs de chimie ?

– Sans doute, oui…

– Parfait…est ce que tu peux me dire à quoi correspondent tous ces produits ? lui demande ai-je en lui tendant le papier trouvé ce matin. Je n’en ai aucune idée, moi…”

Il sort de sa poche une vieille paire de lunettes toutes usées et commence à lire, ponctuant sa lecture de “mmmh” et de “beurk”. Arrivé à un certain point, il lève les yeux vers moi :

“Et est ce que je peux savoir où t’as eu ça ? Parce que ça ressemble à une analyse d’eau, mais certains produits…

– Certains produits ?l’encourage ai-je

– Ben il n’ont rien à faire dans de l’eau ! Surtout que vu tous les additifs, le chlore et tout ça, on dirait de l’eau du robinet !

– Lesquels ?

– Ben…regarde, ceux déjà soulignés, ce sont des drogues douces, qui endorment et rendent flegmatiques…avec pour certaines une certaine accoutumance…mais à des doses pareilles, c’est pas si important…il y a aussi quelques traces de nickel et autres métaux cancérigènes, mais je pense qu’il y en a plus dans l’air…époque pourrie…mais ce produit là, en rouge, la Métholinamine…

– Oui ?

– C’est ça qui me semble bizarre…sérieusement, où est ce que tu as eu ce truc ? Ce relevé ?

– Ben ça va, c’est juste une liste de produits…rien de grave…dis-moi plutôt ce que c’est ta métholimagnine, là

– Métholinamine. C’est un produit chimique utilisé dans certains pays depuis 2030 pour castrer les pédophiles et autres détraqués sexuels…

– Hein ?

– Oui…en gros, ça coupe tout désir net, en plus de ralentir la production d’hormones…ça me parait bizarre de mettre ça dans de l’eau, quoi…oh! Je descend ici…A demain, Bishop…”

Il me quitte sans rien ajouter devant mon salut grommelé pour descendre à la station intermédiaire, celle qui sert d’embranchement . Mais je reste là, planté en plein milieu du wagon, tandis qu’un bon tiers des passagers tentent de s’en extraire. Un inhibiteur. Un tueur de désir. Dans l’eau. L’eau du robinet. Impossible. D’un coup, mon environnement semble s’assombrir. Un complot. Un complot pour stopper la croissance. Je ne réalise même pas la portée de l’opération. Peut-être le gouvernement serait capable de ce genre de chose. Peut être. Mais…Pourquoi ? Pourquoi vouloir ralentir la croissance d’une espèce déjà en déclin ? Pourquoi vouloir le malheur de pauvres gens ? Des gens comme moi ? Pourquoi camoufler ça ? Et…

La pensée me frappe comme un coup dans le ventre. Ils -qui que ça soit- ont caché cette vérité. Cela veut dire…qu’ils sont peut-être prêt à tout pour la garder secrète…

Je sens de la sueur couler le long de mon dos. Tous les regards, jusque là morts et fatigués me semblent se remplir de haine et de violence. Je suis en zone hostile ! Ce sont peut être des gens qui peuvent m’attaquer…Lequel n’est pas un habitué de ce wagon ? Qui a un visage inconnu ? Là ! Cet homme, le grand costaud…je ne l’ai jamais vu…c’est quoi qu’il a dans sa poche ? Peut-être une arme ? Un flingue. Ou un surin…ou….rien. Peut être qu’il n’y a personne dans ce wagon me voulant du mal…je recommence à respirer normalement. Probablement, je n’étais victime que d’une crise de paranoïa. Maintenant que le vieux Louis est parti, plus personne ne fait attention à moi, tous les regards des autres se sont concentrés à nouveau sur leurs chaussures ou fixent le vide…mis à part une personne. A côté du grand costaud. Le petit gars avec un manteau fatigué par dessus son bleu…il m’observe, j’en suis sûr. Et je ne l’ai jamais vu. Qu’est ce qu’il me veut ? Est-ce que c’est un véritable….quoi…un véritable quoi ? Un véritable agent ? Chasseur de prime ? C’est impossible que qui que ce soit sache que Fred est chez moi, puisqu’il a menti hier aux patrouilleurs…alors qui c’est ce type ? Peut être un simple curieux ?

 

 

 

 

 

Fin de la quatrième partie, la suite la semaine prochaine

AvatarEcrit par : BoSS U (2349 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


One Comment

  1. Bonjour!! La suite svp!!!!! Merci d’avance

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