Un phare dans la nuit – Partie 1

En juillet 2016, le Sci-Fi Club, pour son trentième anniversaire, organisait un concours de nouvelles en partenariat avec la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie.

Le 29 octobre 2016, le jury composé de membres du Sci-Fi et de membres de la Maison du Livre rendait son verdict et sélectionnait trois nouvelles pour les récompenser.

Le 14 mars 2017, le Cri du Cagou commence la publication des nouvelles. L’intégralité des nouvelles gagnantes seront publiées sur votre site préféré dans les semaines à venir

Nous commencerons par la publication d’Un phare dans la nuit, retenue pour la troisième place du concours.

La nouvelle est signée AbKar.

Le petit mot de M. Frédéric Ohlen : “Post-apocalypse, classique mais assez bien écrit. Je n’ai rien à rajouter vraiment à cela, car cette nouvelle peut-être définie comme ceci. Cependant, les idées de l’auteur étaient agréables à découvrir.”

A vous maintenant de découvrir la première partie de cette histoire.

Un phare dans la nuit AkBar Sci-Fi Club Maison du livre de la Nouvelle-Calédonie

Un phare dans la nuit

J’ai 112 ans. Il paraît que je suis le doyen de l’humanité. Du moins de ce qu’il en reste. J’ai vu mes filles et mes fils mourir. Mes petits enfants et mes arrières-petits enfants, aussi. Le mal orange me les a tous pris. Exceptée Lola.

Je me tiens là, à peine debout, avec mon corps décharné, mes articulations douloureuses. Nous sommes peut-être trois-cents, entassés face au phare de l’îlot Amédée, nouvelle Ellis Island de ce XXIe siècle moribond. Mais y-a-t-il encore un paradis sur terre ?

Nous sommes arrivés de nuit par bateau. J’ai reconnu les feux du phare : deux éclats blancs toutes les quinze secondes. Je n’étais pas venu sur le Caillou depuis des décennies. La dernière fois c’était en 2026 sur un voilier et j’avais franchi la passe de Boulari avec soulagement car la Belle étoile avait une avarie. J’ai raconté ce passage de ma vie à Lola pour la distraire durant notre long voyage d’exil. Nous avons été transportés sur un vieux cargo. Le voyage a duré trois mois, dans des conditions épouvantables pour la plupart des passagers. Je ne sais pas comment Lola s’est débrouillée mais elle a réussi à nous obtenir une petite cabine où j’ai pu me reposer et reprendre des forces. J’admire son courage et son optimisme. Elle a beaucoup pleuré et crié dans ce petit cocon protecteur. Mais à l’extérieur, elle faisait toujours preuve d’optimisme et encourageaient les gens meurtris par un large sourire ou des paroles réconfortantes.

– Pousse-toi papi !

Un homme bien bâti, à la barbe et aux cheveux roux complètement ébouriffés vient de me  bousculer. Je me retiens difficilement au bras d’un jeune homme maigre qui m’adresse un mince sourire. L’homme hirsute essaie d’avancer vers la cantine. Cela fait plus de 24 heures que l’on ne nous a pas donné à manger. Je me redresse et me tourne vers Lola. Une lueur de colère passe dans ses yeux. Son buste en avant et ses cheveux noirs lui donne un air félin. Je n’ai pas le temps de la rassurer, qu’elle se glisse devant l’homme et lui fait un croche-pied. Il n’a rien vu venir et s’étale lourdement à terre. Immédiatement les gens s’écartent et forment un cercle. Je me retrouve au milieu avec ma petite fille. Je la tire pour que nous nous éloignons. Mais elle déclare d’un ton sarcastique :

– Tu veux de l’aide pour te relever gros lourdaud ?
– Qui m’a fait ça, que je le …

L’homme s’est finalement relevé assez prestement. Il essuie son visage couvert de poussière. En me voyant à côté de Lola, il comprend. Il plante son regard dans celui de Lola. Elle ne se démonte pas. Ses yeux sont plus que jamais étincelants. Il prend un air confus :

– Désolé, M’sieur, de vous avoir bousculé…

Je laisse les secondes s’égrener. Son malaise s’accroît. Tout le monde nous observe. Je mets fin à son supplice.

– C’est bon mon garçon, n’en parlons plus. Pas de Monsieur avec moi. Appelle-moi, Baz, comme tout le monde.
– Ok, M’sieur, enfin Baz. Moi, c’est Sam…

Des cris nous interrompent. La foule recule vers nous. Je manque à nouveau de tomber. Sam me retient.

– La peste, il a la peste orange.

Devant moi, un homme se signe comme si un Dieu pouvait y faire quelque chose. Une femme tombe dans l’hystérie :

– On va tous mourir !

Je me redresse et vois un homme isolé pris de convulsions. Cela ressemble bien au mal orange. Il a des gestes incontrôlés. Il essaie de s’accrocher à un poteau mais ses mains ne peuvent rien agripper. Il déchire son tricot et s’écroule. A travers les lambeaux de son tee-shirt, sa peau a pris une teinte légèrement cuivré. Les cris aux alentours redoublent : un liquide orange foncé et épais comme du pus sort de tous les orifices. Une femme écœurée vomit. Des enfants pleurent. Le reste de l’assemblée reste là impuissante.

Soudain, un homme en combinaison, casqué et lourdement équipé fait son apparition. Il ressemble aux astronautes de mon enfance. La visière de son casque renvoie une image de la foule apeurée qui est maintenant silencieuse. Il s’approche et tire immédiatement une fléchette qui immobilise le malheureux. Sur les épaulettes, je distingue le drapeau de l’Union océanienne. L’homme sort un tuyau de son package dorsal et le pointe sur le corps orange. Il le recouvre d’une mousse blanche. Il appuie ensuite sur un bouton d’une commande intégrée à la manche de sa combinaison et la mousse devient effervescente. Sam qui est resté près de moi murmure :

– Ce sont des bactéries de labo. Elles vont manger le corps et nettoyer toute la zone de contact au sol. Il va ensuite envoyer un signal qui va les rendre inertes.

Lola le regarde avec intérêt.

Je ne sais pas comment il a pu accéder à ce genre d’informations mais il a raison. Le corps a disparu, il ne reste que la mousse blanche qui est rapidement aspiré par l’homme casqué. Il repart en sens inverse et se dirige vers un grand bâtiment blanc. Les commentaires reprennent. A les écouter, l’apocalypse est à venir alors qu’il a déjà eu lieu. Plus de 80 % de l’humanité a péri ! Et des continents entiers sont devenus inhabitables à cause de cette pandémie inter-espèce propre aux mammifères. Je m’éloigne avec Lola et Sam à mes côtés. Ils ont adapté leur démarche à la mienne. Je les surprends à se sourire.

 

 

 

 

 

 

Fin de la première partie, la suite la semaine prochaine

Ecrit par : BoSS U (2206 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


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fois. Thankiou bien !

8 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Le début de l’histoire est franchement intéressant. Ça donne envie de connaître la suite

  2. La Tortue dit :

    C vrai j attends la suite maintenant !

  3. La Tortue dit :

    Merci ! C noté ☺

  4. Trapard dit :

    Cool que tu te sois remis sur les rails BoSS U. Là c’est moi qui ai choppé le cocotier dans la main, mais dès que je l’aurai déraciné on sera deux rédacteurs !

  5. La Tortue dit :

    2ème partie? :mrgreen:

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