« J’irai cracher sur vos tombes… »

Voilà, hier j’ai mis le doigt sur ce qui, depuis un certain temps, me disait quelque chose : ce Roman extraordinaire de Boris Vian, alors encore Vernon Sullivan.

Boris Vian Vernon Sullivan

Boris Vian

Depuis 5 ans, j’accorde à mon identité « Zoreille » une autre signification que celles des différents historiens ou linguistes : ce que je vis très souvent, c’est que ma couleur de peau et mon origine géographique me permettent d’entendre certains propos.

… ou plus exactement me mettent malgré moi en position de les écouter.

Je veux parler de ces propos puants d’orgueil ethnocentré, de racisme primaire mais aussi élitiste, de l’idéologie ségrégationniste sous l’égide d’une « civilisation » que beaucoup de mes pairs pensent supérieure.

Je ne généralise évidemment pas ! (Surtout pas ici au Cri du Cagou !!!) ; mais il y a à mon sens une certaine majorité pas du tout silencieuse de ces Zoreilles et Calédoniens qui propagent ces idéologies et ces propos.

Force est de constater que cette majorité se déduit aussi des résultats des élections : il apparaît qu’une grosse partie des zoreilles qui, en France votaient à gauche, votent ici … pour une droite coloniale et très décomplexée !

Pas seulement contre les indépendantistes, mais plus globalement contre l’idée que le peuple premier accède aux responsabilités et obtienne ses droits inaliénables et ONUsiens.

Je ne parle pas des pseudos-commentateurs du site des Nouvelles ou de la Fachocalédosphère, dont les propos sont à 80% illégaux et dignes de la victoire de la Gestapo sur la Résistance …

Je parle du monsieur tout le monde, qui va dans la surenchère permanente et se lâche de plus en plus, bougeant définitivement le curseur de la « normalité-xénophobe » vers l’idéologie raciste argumentée de l’extrême droite.

Revenons-en à ce roman improbable de Vian : le héros et narrateur est un métis qui s’identifie comme « nègre » ; mais il est BLANC.

J'irai cracher sur vos tombes Boris Vian le film Michel Gast 1959

Il va s’intégrer à cette Amérique raciste (genre celle de Trump mais moins botoxée), en se mêlant aux petits cercles sociaux, nous explicitant leurs propos racistes autant que leurs bénéfices et avantages de dominateurs au détriment des « Noirs ».

C’est là que je trouve une analogie avec ma petite place de zoreille ici.

Je ne suis pas métis ; je n’ai rien de Kanak en moi…

Comme tout français plus attaché à l’humanisme qu’à la marseillaise, je les reconnais et tente de les connaître et de m’enrichir de leurs différences et singularités.

Mon cerveau et mon émotion en sont évidemment transformés, et du coup peut-être suis-je aujourd’hui moins blanc qu’avant ?

Et pourtant c’est bien parce que je suis blanc que ces gens-là me disent ces horreurs : parce qu’ils pensent que je fais partie de leur bande, que je pense comme eux et adopte la même posture politico-identitaro-sociétale.

Après réflexion, je ne vais pas donner d’exemples précis ni citer les propos, qui vont de l’insulte digne de l’exposition coloniale à la construction pseudo-intellectuelle inspirée des courants Sarkozistes et Lepennistes sur les civilisations.

Vernon Sullivan J'irai cracher sur vos tombes Boris Vian le film Michel Gast 1959

… Et « ces gens là » ne sont pas que des commerçants de Nouméa ni des éleveurs de Brousse ou autre femmes au foyer qui peinent à  claquer les 600 000 F que gagnent sans efforts leurs maris du haut de leurs bac +2 qui en France valait un petit 2000 €uros.

Il y a aussi beaucoup de profs, des cadres moyens ou supérieurs, des personnels médicaux.

Flippant.

C’est comme pour les incestes : ça touche toutes les classes socio-économiques, mais à premier abord on se dit que c’est encore plus glauque chez les riches ou les soi-disant instruits !

Vous les avez entendus vous aussi, j’en suis sûr.

Et si vous ne les entendez pas avec vos oreilles parce que vous n’avez pas la même couleur de peau que moi, vous les entendez avec vos yeux ou votre cœur.

Ce n’est pas possible autrement : ils font non-seulement du bruit, mais ils transpirent, se pavanent, s’affirment (et là, plus ils gagnent ou plus ils sont diplômés et plus ils se croient légitimes ! Au secours !!!).

Contrairement à Lee, le personnage de Vian, je ne suis pas Kanak et je ne fréquente pas d’autres blancs pour me venger par le sang ou le viol.

(D’ailleurs, les gros cons dont je parle, je ne les fréquente pas du tout … mais malheureusement ils viennent spontanément vers moi !)

Surtout, je ne suis ni courageux, ni suicidaire… alors j’esquive, je fuis.

J’avoue que j’aimerai avoir le courage de les démonter sur place, de les mettre face à leurs sauvageries à eux !

Vernon Sullivan décolonisation racisme kanaky J'irai cracher sur vos tombes Boris Vian film Michel Gast 1959

Les mettre face à leurs contradictions, dont la première est de se ranger derrière une identité française sans en respecter les moindres valeurs humanistes, philosophiques, éducatives et même Républicaines.

Depuis plus de 30 ans ce pays est censé être en « décolonisation ».

Mais cette colonisation change de forme, de moyens et même de vecteurs ; et elle continue de faire que des « dominants » se permettent de juger, insulter, diminuer, mépriser.

Je ne peux pas les tuer parce que je ne suis pas dans un roman, et sans doute trop lâche : j’arrive même pas à les traiter de connards (et connasses) !
(Pour ma défense, faut dire qu’une partie d’entre eux est armée et violente tandis que l’autre partie est puissante et influente… c’est bien fait la démocratie coloniale !).

Alors j’attends avec impatience que le Pari de l’Intelligence l’emporte : ce sera un ENORME crachat à la gueule de tous ces fumiers.

J’espère qu’on sera bien nombreux et qu’on aura des glaviaux bien dégueux pour les tartiner épais.

Merci Vian de ce « roman-vengeance ultime » qui fait du bien.

tornéné

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Images d’illustration : 1ère photo, un portrait de Boris Vian
Toutes les autres images sont extraites du film “J’irai cracher sur vos tombes” de Miche Gast – 1959
Boris Vian, qui désapprouvait totalement l’adaptation de son roman, est mort dans la salle au début de la première projection du film de Michel Gast.

AvatarEcrit par : Tornene (2 Posts)


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fois. Thankiou bien !

8 Commentaires

  1. Avatar BoSS U dit :

    Excellent texte !!!
    C’est sain de lire des trucs comme ça même si je crains qu’il nous fasse perdre des followers sur FB.
    Mais si nous cherchions des followers, ça se saurait et nous publierions les chiffres inquiétant de la délinquance juvénile, comme font les organes de presse du pays. (Les organes ici sont plus souvent des couilles que des cœurs et des cerveaux)

  2. Avatar Trapard Creteux dit :

    Le film de Michel Gast : ma version préférée du roman de Boris Vian.
    Par contre, c’est dur dur de comparer un texte et un film qui fleurent bon (ou mauvais) la reconversion du Klu Klux Klan en groupuscule raciste et meurtrier…La vengeance d’un frère métis envers une société qui a assassiné de sang-froid son frère cadet…avec la Nouvelle-Calédonie actuelle. Je m’avance peut-être un peu mais ce roman ne pouvait être écrit que par un Blanc de Gauche pour décrire à la manière d’un documentaire social ce long cheminement d’un homme qui va à la rencontre d’une autre société, au lieu d’exploser en émotions dès le départ. En tout cas j’aurais été le frère métis du jeune Black, j’aurais pété un câble direct au lieu de partir tranquillement en vadrouille ! :mrgreen:

    Tu écris “Revenons-en à ce roman improbable de Vian : le héros et narrateur est un métis qui s’identifie comme « nègre » ; mais il est BLANC.”
    En fait ça me rappelle un peu tout le monde ici, même si ça ne se résume pas à Noir & Blanc.
    Pendant les Évènements par contre, c’était beaucoup plus le cas : “je me résume politiquement par le biais de l’identité de mon père ou de ma mère”. Ça existe encore un peu d’ailleurs…
    Ça me rappelle d’une certaine manière, bien que très différente, le personnage joué par Samuel L. Jackson dans le DJANGO de Tarantino ou le sergent névrosé de A SOLDIER’S STORY. https://fr.wikipedia.org/wiki/A_Soldier%27s_Story
    Mais je trouve qu’ici, l’inverse existe aussi mais ça se définit autrement. Mais ce sont tout de même des problèmes d’identité ou d’identification.
    D’ailleurs je ne connais rien de l’immigration métropolitaine et de l’adaptation dans les banlieues mais quand je vois un jeune Européen qui imite un Maghrébin (ou l’inverse d’ailleurs, quoique les Européens sont plus voyants dans cette identification)…ça me met un peu mal à l’aise.

    Petite question pour toi Tornéné : As-tu déjà entendu comment certains Kanak loyalistes parlent des Kanak indépendantistes ?
    Et réciproquement…

    Pour ce qui est de la haine, je pense que le mieux en Calédonie, est de tout absorber. Je discute aussi avec des personnes qui vont un peu loin dans la haine. Moi je leur répond “Oui Oui” puis j’élude puisque les gens ne se résument pas à leurs colères passagères. À la rigueur, j’aime relativiser, mais les contredire c’est couper court à toutes discussions. Une seule fois, j’ai entendu un ami partir dans des discours de suprématie et tout le tsointsoin. Puis j’ai compris qu’il était en train de perdre quelqu’un de cher et qu’il n’avait pas de coupable(s) sous la main pour exorciser sa tristesse.
    Pour ce qui est des Métros, j’en fréquente mais finalement très peu. Je ne suis pas né ici mais j’y ai grandi et avec le temps, à 45 ans, je n’ai quasiment plus accès à cette nouvelle couche d’immigration que je ne comprends pas trop à vrai dire, qui n’a pas la même histoire que moi et au final : que j’ai même fini par craindre. C’est dire… :mrgreen:

    Et puis toi, Tornéné, tu résumes encore une fois aux Noirs face aux Blancs, mais on est loin de ça même si le prochain referendum attise les rancœurs ethno-politiques. Mais encore une fois, on est loin de ça, de deux seules ethnies…
    Après peut-être que j’interprète mal tes propos.
    Et tu écris “Je veux parler de ces propos puants d’orgueil ethnocentré, de racisme primaire mais aussi élitiste, de l’idéologie ségrégationniste sous l’égide d’une « civilisation » que beaucoup de mes pairs pensent supérieure.”
    1. Les Nouméens ?
    2. Si c’était si simple de construire un pays sur la base de deux sociétés distinctes, ça se saurait !
    3. Moi je connais mon pays, je suis un Plouc un peu lent mais j’assume ! :mrgreen:

    Merci pour ce socle de réflexions, Tornéné.

  3. Avatar Tornéné dit :

    Tapard Creteux,

    je vais de suite essayer de recadrer et mon texte et mon esprit pour que sur un point précis au moins ta réaction et d’autre à venir se reposent.

    Je ne compare pas les US avec leur KKK et ce Pays.
    Je ne fais pas du tout non-plus non plus une simple cesure “noir / blancs” : si je ne peux en saisir ni en vivre les fines nuances et la complexité, je sais et constate et comprends parfaitement que ce Noir/Blanc n’est pas le débat.
    Si mon texte t’a donné cette impression, c’est que je l’ai mal écrit car dans ma tête ce n’est pas du tout ça.
    Donc pardon du malentendu.

    Ce que je veux dire avec ce texte en revanche, c’est que Ma couleur de peau et mon origine (France) font réagir CERTAINS Zoreilles et Caldoches de la pire manière qui soit.
    Et que quelque part le fait qu’ils me tiennent ces propos et sont persuadés que je partagent leur identité et orientations racistes montre que ce sont eux qui coupent ce Pays en 2 couleurs.
    Et ces pseudos réflexions puantes vont plus loin : elles essayent de créer 1 nouveau critère de légitimité : ceux qui ne sont pas “sauvages” et estiment apporter la “civilisation” face à un peuple premier qui caricaturalement serait primaire, fainéant, incapable etc. Suffit d’aller sur les commentaires web LNC pour lire leurs vomis quotidiens, souvent dignes de condamnations pénales pour injures racistes ou incitations à la haine.

    Je précise de nouveau que je ne met pas tout le monde dans ce bain de boue !
    J’ai eu la chance d’entrer dans la grande cas avec parmi le comité d’accueil des Caldoches et des Zoreilles au contraire fervents défenseurs de l’ADN, voire indépendantistes et fins connaisseurs du monde Kanak car il fait parti du leur.

    Et sache aussi que le plus dur à vivre pour moi, c’est quand des Zoreilles genre “cool”, voir jeunes ou “de gauche” (concept assez flou désormais) me tiennent ces propos et dérives intellectuelles.
    Les Caldoches ont non-seulement la légitimité citoyenne, mais aussi celle de l’éducation scolaire et familiale, celle de la complexité politico-ethno-identitaire dans laquelle ils sont obligés de se projeter etc.

    Peut-être effectivement que si j’avais l’air Kanak, j’entendrai de leurs parts aussi des inepties racistes.
    Cependant l’analyse du vote sur l’ADN en 1998 montre qu’une immense majorité d’entre eux s’est engagé pleinement sur le destin commun.
    Côté Caldoche en revanche, cette même analyse montre que grande majorité a voté contre l’ADN (et la philosophie “Destin Commun” du Préambule) malgré l’appel de leurs chefs politiques.
    Ces chefs qui depuis 30 ans font tout pour que cet ADN ne se soit pas en vie…

    Le film Django est nettement dans le sillon de Vian sur l’aspect vengeur ultime, mais ce qui dans ma vie ici me fais rappeler le roman de Vian, c’est “l’immersion involontaire” dans des cercles racistes bien-pensant alors que j’y suis tout à fait opposé.

    Donc en conclusion, merci TC de ton comment car il me permet d’avoir ton point de vue (partagé !) et de préciser que ce que tu as perçu sur ce noir/blanc n’est pas du tout ce que j’ai en tête ni voulais exprimer !

    @+ et merci Boss de la publi… en espérant que ça va pas se déchaîner contre moi, ni les zoreilles pas racistes ni le Cagou etc…

    tornéné, qui vit 50% Nouméa / 50% petits bleds éloignés

  4. Avatar Trapard Creteux dit :

    Oui je comprends, et j’aime éluder la question politique. :mrgreen:

    En fait, j’y suis aussi dans la fameuse grande case dont tu parles, et parfois je m’en éloigne parceque je m’y emmerde. Et aussi parceque je suis un être humain avant d’être un Calédonien. :mrgreen:
    Aujourd’hui beaucoup de personnes se sentent désormais le “courage” de critiquer le vieux régime Lafleur. Mais si tu regardes bien, ou plutôt si tu avais été là tu remarquerais que ce sont beaucoup de ceux-là que tu retrouves désormais dans la grande case du Destin Commun. Ils ont simplement changé de masque, de discours et de porte-feuille.
    D’ailleurs ceux que tu vois dans la grande case dont tu parles, ce sont des personnes qui en vivent financièrement, ou qui souhaitent en vivre. Et comme tout est bloqué politiquement d’en haut, je vois le jeu Destin Commun un peu comme “du pain et des jeux du cirque” à la manière romaine, mais de manière plus intelligente et participative. Il y a plein de Métros qui se sont greffés aussi à cette politique. Je ne les considère ni comme de Gauche, ni comme de Droite. C’est simplement devenu un gagne-pain.

    Tu écris “Côté Caldoche en revanche, cette même analyse montre que grande majorité a voté contre l’ADN (et la philosophie “Destin Commun” du Préambule) malgré l’appel de leurs chefs politiques.
    Ces chefs qui depuis 30 ans font tout pour que cet ADN ne se soit pas en vie…”
    Ben oui, c’est pas nouveau. Il y a même eu une guerre sur ce sujet. Et puis si on leur donne un droit de vote, pourquoi critiquer leurs choix ? Après beaucoup sont contre l’Indépendance et à un moindre degrés, contre l’ADN. C’est évidemment pas une nouveauté. J’ai déjà entendu ce discours que ceux qui votent NON sont anti-Kanak ou ce genre de choses. Ceux qui votent NON, votent pour rester des Français du Pacifique, ce qui n’a rien à voir avec de l’exclusion. D’autant que ça peut aussi se vouloir dans le respect d’autrui.
    Et que la France soit en période de crise politique est justement devenu le nouvel angle d’attaque des Indépendantistes.
    Puis franchement, je n’aime pas employer le terme de “Caldoche” qui pour moi est trop ambivalent. Tu as des personnes qui ont un grand pourcentage de sang Kanak et qui se disent Caldoches et d’autres qui ont beaucoup plus de sang Européen, Antillais, Javanais ou autres et qui se revendiquent Kanak. Idem pour l’appartenance coutumière. Donc, bref.

    Après, il ne vaut mieux pas toujours tout prendre au premier degrés. Les gens d’ici sont aussi très souvent des “joueurs”, des miseurs” (“ça passe ou ça casse”), dans le militantisme.

    Après les racistes faut les laisser causer, ils ne se parlent qu’à eux-mêmes au fond…Ou à leur miroir (un autre “Blanc”). Mais en même temps, le racisme n’a aucune couleur ici, comme tu le précisais plus haut. L’effet inverse du miroir, ça arrive souvent aussi, très souvent même (la différence).

    Bon bref, fatigué d’écrire et c’est le weekend. Tu es à Nouméa ? Tu veux prendre un café ? Si tu es sur FB laisse ton contact en MP sur la page du cri du cagou et on se fait ça si ça te dit. 😉

    Trapard. Le même qu’au-dessus.

  5. Avatar Trapard Creteux dit :

    Sinon Tornéné,
    Si j’ai éludé un peu le sujet, je vais être plus direct :
    Oui, les personnes que tu décries, j’en connais. Des Métros surtout qui sont ici depuis 30-40 ans. Ils font partie de mon entourage proche. Ce ne sont pas des racistes à la base, enfin je ne crois pas. Mais ils n’ont jamais cherché à voir ce qu’il se passait au-delà de leur cercle familial et professionnel et ils n’ont fait qu’accumuler de la haine attisée par les médias et les rumeurs.
    Moi je te laisse le rôle du héros du livre de Boris Vian, parceque je ne suis pas comme lui. Comme la Calédonie est petite, je continue de côtoyer ces personnes mais sur d’autres sujets. Et finalement, l’air de rien, ces proches-là nourrissent mon côté sombre parcequ’ils transpirent la haine de l’autre. Et je pense que je ne peux rien ni pour eux, ni pour moi dans cette affaire. À part changer d’air de temps en temps, et voyager.
    Certains kanak te diront la même chose de leur côté.
    C’est compliqué.

    • Avatar Tornéné dit :

      Salut Tapard Creteux, et désolé de la non-réactivité.
      Je suis un peu en chantiers en ce moment.

      Oui c’est compliqué et je n’ai aucune intention de simplifier ni de juger.

      Mon texte concerne en premier lieu ces zoreilles qui se permettent ici d’être racistes et d’exclure alors qu’ils ne sont pas chez eux et ont pourtant toutes les facilités et aises.
      Il concerne effectivement aussi ce que j’appelle les Caldoches et qu’on peut appeler “ceux qui veulent rester français du pacifique” : être français pour quoi faire ?
      Pour rester la classe dominante par peur que les dominés depuis 160 ans prennent une revanche s’ils sont sur le même pied d’égalité ?
      Pour bafouer les vraies valeurs du drapeau qui sont liberté, égalité et fraternité (et plus généralement l’humanisme à la Victor Hugo) ?
      Par négationnisme d’être, de fait, aujourd’hui un peuple du Pacifique et non des Européens occidentaux ?

      Les Néo-Zélandais ont là dessus quand même une sacrée longueur d’avance : après une colonisation toute aussi dégueulasse et violente, ils ont réussi à se détacher de la mère-patrie et aujourd’hui des NZ tout blancs chantent en Maori lorsqu’ils font une Coutume d’accueil ou de bonjour.
      Ici, une grande majorité de Caldoches ou vieux Zoreilles refusent en bloc de connaître et vivre les choses du monde Kanak. Ils ne savent même pas dans quel pays ils vivent.

      Bref, pour enfoncer le clou de nos points de vues différents, je redis que je constate personnellement énormément de freins au destin commun chez les Européens natifs ou importés ; ils sont exceptionnels chez les Kanak… qui eux acceptent encore aujourd’hui un drapeau et une nationalité qui n’est pas la leur.

      Je peux te dire, pour avoir vécu au fin fond de la brousse, que les seules réactions de rejet venaient de connards avec un drapeau bleu-blanc-rouge sur leur pick-up.

      Français du Pacifique… ça ne vaut que sur un passeport, un compte en banque ou une élection.
      … ou alors c’est continuer de construire un pays imaginaire, en unique opposition à la Kanaky.
      Par mépris, déconsidération … ou ce fameux racisme sous couvert de conviction qu’il y a des civilisations supérieures et inférieures.

      Je ne suis pas le héros de Vian, mais je suis, comme tu le dis, de l’Humanité avant d’être d’un pays ou d’une couleur, et du coup je prends ce racisme en pleine gueule, comme le prendrai n’importe quel être humain.

      Il n’y a pas de raciste à la base ou en haut.
      Il y a simplement ceux qui pensent qu’il y a des êtres supérieurs ou inférieurs selon leurs origines etchniques ou leur modes de vie. C’est ça le racisme : juger les autres et construire des groupes auxquels on adosse des qualités et surtout des défauts.

      Ceux qui “deviennent” racisme l’étaient déjà, c’est juste qu’ils sont passé de l’inconscient à l’expression.

      Bien à toi,
      tornéné

      • Avatar Trapard Creteux dit :

        Yes, salut !

        Ok j’entends très bien ton point de vue du haut de tes claquettes et de ton baluchon, mais tout ça, c’est un débat qui ne date pas d’hier.
        Et tant que la Calédonie ne possèdera pas un système économiquement viable, au final peu importe les choix identitaires : “être Français du Pacifique… ça ne vaut (pas uniquement) sur un passeport, un compte en banque ou une élection.” Et ça n’a rien à voir avec diminuer qui que ce soit, c’est de la politique. L’Indépendance-Association avait même été envisagée à un moment.

        A+Tard

  6. Avatar Trapard dit :

    Salut Tornéné,
    J’espère que je ne t’ai pas démotivé à écrire, le blog t’est toujours ouvert.
    Perso je suis un peu dur mais peut-être pas dans le sens que tu crois. Je vais te donner un autre exemple du bouquin de Boris Vian que j’ai moi-même vécu. Je suis petit-fils d’immigrés et lorsque je suis parti faire mes études en Métropole, j’ai intégré une asso anti-raciste créée par des membres de la LCR. Le but était de se rapprocher de certains groupuscules et de récupérer le plus de choses écrites possibles (tracts, fanzines, livres) et de s’en servir pour les traîner en justice. Et évidemment il n’y avait ni internet ni réseaux sociaux à cette époque, donc il fallait aller rencontrer ces gens-là sur place, dans leurs bars ou sur leurs lieux de travail pour certains. Et forcément, les Serge Ayoub, les Nouvelle Résistance, les pseudo-Autonomes, je suis tous allé les voir. Et pour collecter tout ça, il a bien fallu que je sois autre chose qu’un petit-fils d’immigrés pour les écouter et même pour alimenter leurs discours. C’était un vrai travail intérieur, de recul sur soi-même et beaucoup plus difficile que de parler haut et fort en affichant ses opinions. Ceux qui se réclamaient haut et fort d’un parti ou d’une opinion, je les évitais comme la peste. Et c’était généralement les moins intéressants puisque le militantisme c’est quelque chose de beaucoup plus sournois que de faire le perroquet de service. Le perroquet, ça relève plus du besoin de reconnaissance. Et fréquenter des gens qui veulent imposer l’établissement d’une race indo-européenne, c’est tout de même autre chose que d’écouter des Calédoniens faire de la provocation parcequ’ils ne supportent plus d’écouter des Métros parler de décolonisation. Bref, en tout cas j’ai gardé cette petite expérience métropolitaine d’environ un an, très ancrée au fond de moi parce que ça avait un petit côté “profiler”. 😀 En Calédonie je ne le fais pas, parceque c’est ici que j’ai grandi, et ça restera une expérience de jeunesse. D’ailleurs après avoir vécu cette expérience, j’ai eu beaucoup de mal à me réadapter en revenant à Nouméa, et finalement j’ai gardé ce petit côté-là de savoir me fondre dans toutes les tendances politiques. Mais si quelqu’un le fait, il faut aller jusqu’au bout pour que ça serve à quelque chose. Je sais qu’il y a un vieux Monsieur qui le fait à Nouméa depuis quelques années. Mais en solo, alors que moi j’étais membre d’une asso.
    Enfin voilà mon exemple au cas où ça te motiverait de réécrire sur le blog qui s’endort un peu. Merci.

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