Le communiqué de presse de STOP OGM Pacifique

Réaction de STOP OGM Pacifique au communiqué de presse de la chambre d’agriculture “cyclone PAM” du 24 mars 2015

à Nouméa, le 26 mars 2015

stop-OGM-PaficiqueLes catastrophes naturelles, cyclone, tsunami, tremblement de terre draine une importante mobilisation d’ONG internationales, d’agence gouvernementales ou intergouvernementale, qui à travers des actions humanitaires d’urgence peuvent, volontairement ou non, compromettre sur le long terme l’équilibre économique et socio-culturel, en particulier agricole et agroalimentaire, à travers des «cadeaux empoisonnés».

Le cyclone PAM a fortement endommagé les cultures vivrières du Vanuatu, mettant les familles d’agriculteurs traditionnels en difficulté. Sur place, la reconstruction est déjà en cours mais il faudra plusieurs mois avant que les premières cultures vivrières et maraîchères ne produisent. Rappelons que l’agriculture ni-vanuatu est bien éloignée du modèle agrochimique conventionnel, et différente du modèle agricole calédonien. En effet, 85% de la population vit d’une agriculture traditionnelle de subsistance, productive avec des semences adaptées locales et reproductibles, non utilisatrice d’intrants chimiques et d’hybrides. Elle est essentiellement vivrière.

Nous souhaitons ici exprimer notre inquiétude quant à l’aide agricole calédonienne proposée et coordonnée par la Chambre d’agriculture et ce à plusieurs titres. Dans un soucis de transparence sur cette opération, nous posons et souhaitons des réponses aux interrogations suivantes :

  • les kits envoyés sont-ils adaptés aux besoins des populations locales, et celles-ci ont-elles été consultées ?
  • Contiennent-ils des pesticides ? Et si oui, les populations locales ont-elles la connaissance et la formation pour les utiliser ?
  • Contiennent-ils des engrais chimiques ? les sols du Vanuatu sont d’une exceptionnelle fertilité et il y a sur place suffisamment de matière organique à composter.
  • Ces kits sont-ils destinés à une agriculture commerciale ou sont-ils destinés à l’ensemble de la population ?
  • Les semences envoyées sont-elles des hybrides ou des variétés reproductibles ? La productivité attendue de ces graines nécessite une utilisation d’herbicides et d’engrais bien supérieure à celle nécessaire pour les semences traditionnelles ou autochtones. De plus, seule la première génération de ces semences est fertile. Si l’habitude est prise de les utiliser (à la place des semences tirées des récoltes précédentes), il faudra alors acheter semences, engrais et herbicides.
  • Y a t il des OGM, ou des risques de contamination OGM ? Nous doutons de la pertinence d’envoi de semences de papayes. Proviennent-elles de l’université d’Hawaii (où 85% des papayes sont OGM). Cette Université fait partie de la liste des fournisseurs accréditée par les services de biosécurité.

Les semences hybrides doivent être achetées chaque année (leurs performances s’estompent et il n’est pas intéressant de ressemer les graines récoltées). Elles ne poussent qu’avec des intrants chimiques coûteux et dangereux. Elles risquent également de prendre la place des semences locales qui existent depuis des centaines ou des milliers d’années et de mettre ainsi en péril des milliers d’années de pratiques agricoles Ni Vanuatu. Les pratiques de production d’agriculture traditionnelles se fondent sur des principes écologiques tels que le développement de la vie des sols, le recyclage des nutriments, la gestion dynamique de la biodiversité. Cette agriculture n’utilise pas les produits agrotoxiques, les hormones artificielles, les OGM ou les nouvelles technologies dangereuses des intrants externes qui doivent être achetés auprès de l’industrie.

Nous rappelons que le Vanuatu ne dispose pas actuellement de réglementation sur l’importation des semences OGM, et que la situation de crise au Vanuatu a levé les contraintes habituelles en matière de déclaration des semences importées ce qui laisse la porte grande ouverte aux lobbies semenciers et agrochimique pour introduire hybrides, variétés améliorées nécessitant des intrants chimiques (engrais, pesticides) et variétés de type OGM. La liste des semenciers ou organismes accrédités par les services de biosécurité du Vanuatu ne nous rassure pas. On y trouve Seminis et De Ruiter (Monsanto), Pacific et Pionner (détenteur de brevets OGM notamment en Australie), Syngenta, l’Université de Hawaii (papayes OGM). Ces entreprises sont parmi les plus grands semenciers OGM au monde.

La décision d’introduire des semences hybrides, stériles, se justifie-t-elle entièrement par l’urgence alimentaire ? L’introduction massives d’hybrides (et/ou OGM), non adaptées aux pratiques d’agriculture traditionnelle, est une réponse à court terme qui risque malheureusement de rendre les agriculteurs dépendants (impossible de resemer les récoltes, nécessité d’emploi d’intrants chimiques), de mettre de côté l’agrobiodiversité locale adaptée aux sols et aux climats, voir de contaminer les milliers de variétés locales et traditionnelles, mettant ainsi en péril la souveraineté alimentaire du Vanuatu.

stop-OGM-Paficique-couv

STOP OGM Pacifique demande :

  1. que soit communiqué de façon publique, avant départ du territoire des kits/semences, la liste des espèces et variétés envoyées ainsi que leur fournisseur et quantité
  2. la liste des intrants chimiques envoyés (nom commercial, molécule, fabriquant, quantité)
  3. Nous souhaitons également avoir une visibilité sur les fonds engagés puisqu’ils proviennent d’organismes publics (Province, Gouvernement…)

Beaucoup d’exemples par le passé devraient nous inviter à la plus grande prudence :

Pour n’en citer qu’un : en 2010, le séisme à Haïti qui a fait plus de 250 000 morts et 1,3 million de sinistrés. Les organisations rurales et paysannes se sont battues pour que leur gouvernement refusent l’envoi de 475 tonnes de semences OGM (avec l’arsenal des pesticides associés) offerte par la société MONSANTO (voir article du monde du 1er juillet 2010, ).

AIDONS LES AGRICULTEURS NI VANUATU, PAS LES LOBBIES AGROCHIMIQUES

Communiqué de presse de la chambre d’agriculture du 24 mars 2015 :

Cyclone PAM La Chambre d’agriculture de Nouvelle-Calédonie est en charge de la coordination de l’aide d’urgence agricole au Vanuatu

Clique sur l'image pour télécharger le communiqué de presse de la chambre d'agriculture de la NC

Clique sur l’image pour télécharger le communiqué de presse de la chambre d’agriculture de la NC

STOP OGM Pacifique

AvatarEcrit par : BoSS U (2302 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


Nombre de vues :

580

fois. Thankiou bien !

3 Commentaires

  1. Avatar BoSS U dit :

    Réflexions très intéressantes.
    A vouloir faire le bien, on peut vraiment faire du mal.

  2. Avatar Virginie dit :

    Il y en a qui ne perdent vraiment aucune occasion pour répandre leurs merdes…

Laisser un commentaire