L’histoire de Yööra mê Firiagö

Une histoire transmise par Kamilo IPERE,

racontée et mise en scène

par les enfants de Cöö (Thio)

Comme je vous l’disais dans l’article sur l’ouverture du festival Tembeu 2014, les enfants de l’école primaire de Cöö village ont pu présenter, lors de cette ouverture, le fruits de leur travail de cette année 2014. Accompagnés par leurs instits et l’association ARTCÖÖ, il s’agit d’une mise en scène d’un conte de Thio, l’histoire de Yööra mê Firiagö (Yora et Filagore).

Laissez-moi vous partager cette histoire, en écrits (extrait de l’ouvrage Langues kanak 20 – Contes et légendes en Xârâcùù) et en images (extrait du spectacle proposé par les enfants)…

IMG_20141105_112011

“Au fond de l’une des vallées se dresse la chaîne centrale. Sur l’un de ses plus hauts sommets se dresse tel un guetteur Yööra, énorme bloc de rocher qui, pour les vieux, d’après la tradition, incarnait un guerrier.

IMG_20141105_112046

La montagne sur laquelle se tient Yööra et les forêts alentours sont considérées dans la région comme le domaine des esprits. C’est ainsi qu’un notou blanc et une roussette blanche, les totems de ces lieux, apparaissent de temps à autre aux chasseurs qui enfreignent les tabous locaux.

DSCF3195

Cette légende dit que Yööra, étant chef de guerre de la chaîne centrale, parcourait à sa guise la région  en n’empruntant que les sommets. Il ne descendait jamais dans les vallées de peur de perdre ses pouvoir magiques et son autorité. Il était pourtant vénéré et craint, et personne n’osait s’approcher de son territoire. Pourtant un jour, un autre bloc de rocher dénomme Firiagö prit ombrage de l’autorité et de la puissance pesante de Yööra.

IMG_20141105_112024

Il tenta d’abord d’entraîner ses amis de la région à se liguer contre Yööra dans le but de partager son territoire et de régner sur la chaîne centrale. Il eut beau comploter, les amis de Firiagö conscients de la puissance de Yööra se montrèrent réticents et refusèrent les uns après les autres de s’associer à lui. Abandonné par ses amis, Firiagô persista pourtant dans son idée de détrôner Yööra.

DSCF3200

Désormais seul, il persista dans sa ruse. Il y pensa jour et nuit. Il examina un à un tous les moyens possibles d’attirer Yööra dans un guet-apens. Un moyen d’anéantir Yööra était de l’attirer dans la vallée. Il serait ainsi dépouillé de ses pouvoirs magiques et deviendrait vulnérable. Mais comment y parvenir? Firiagö se rappela soudain que Yööra était friand de coquillages. Il descendit à Thio pendant que la marée se retirait. Il tressa un panier avec les feuilles de cocotier. Puis quand le récif fut découvert, il ramassa tous les gros coquillages succulents qu’aimait déguster le puissant Yööra.

Le panier était plein à ras bord et l’odeur des fruits de mer se propageait déjà dans la vallée… Adoptant l’attitude des serviteurs humbles et craintifs, Firiagö interpella d’une voix forte YöÖra qui guettait en haut de la montagne en ces mots: “Vénérable Yööra, tout le pays connaît ta bravoure et te craint. Pour te rendre hommage, ton serviteur Firiagö a osé t’apporter un petit présent qui te plaira peut-être. Si tu acceptes mon offrande, daigne venir le chercher ici”.

tembeu

Ayant entendu le discours de présentation, Yööra appela son dixième fils Poindi. Celui-ci était préféré, il lui confiait toujours les tâches agréables. Le jeune Yööra courut vers Firiagö, impatient lui aussi, de voir ce que contenait le panier.

DSCF3202

Dans sa précipitation, il tomba dans le trou d’eau auprès duquel se tenait Firiagö. Il ne put en sortir car le trou était trop profond et ses parois trop glissantes. Lorsque Yööra s’aperçut que son fils préféré ne revenait pas, il comprit qu’il était tombé dans un piège tendu contre lui par Firiagö. Il entra dans une grande colère. La terre tremblait, des sources jaillissaient, des creeks surgissaient et la forêt frémissait.

IMG_20141105_112628

Prenant ses jambes à son cou, il prit le raccourci par le col de Ouindo. En voyant cela, Fioriagö prit peur, il comprit que son salut était dans la fuite. Yööra lança la première flèche sur Firiagö qui s’enfuyait. Il le manqua et la flèche transperça la queue du lézard de Ouindo avant d’aller se planter un peu plus loin où elle donna naissance à la touffe de sapins de l’on voit encore aujourd’hui. Yööra lança une deuxième flèche sur Firiagö qui se dirigeait vers l’embouchure d’Ouroué. La flèche se planta dans la latérite de la Dothio. C’est l’ancêtre des sapins qui sont là.

DSCF3185

Firiagö longea la plage à l’embouchure de Thio. Yööra lança la troisième flèche mais le manqua encore. Cette troisième flèche a donné naissance aux sapins clairsemés qui poussent à Bota Méré. Se rendant compte que les flèches de Yööra portaient loin, Firiagö se dirigea vers le sud, toujours en courant. Yööra lança une quatrième flèche mais elle le manqua encore. Cette flèche, la quatrième et la dernière se ficha dans l’îlot Saint Thomas. Et c’est l’origine de l’épaisse touffe de sapins qu’il y a à cet endroit.

IMG_20141105_111609

Essouflé et mort de fatigue, Firiagö dépassa Borendi puis il s’arrêta définitivement sur un morceau de récif où il est encore aujourd’hui.

Conclusion:

Yööra le sage se dresse imperturbable sur sa montagne et veille sur la tranquiilité de la chaîne centrale. Firiagö le présomptueux et le jaloux est de par sa fourberie banni à jamais dans la mer loin de chez lui. Les sapins de Ouindo, d’Ouroué, de Thio et de Port Bouquet sont là pour rappeler éternellement aux gens de ces tribus que la morale de la légende perdure. Vaut mieux conserver son rang et sa dignité que de tout perdre pour peu de chose: un panier de coquillages par exemple. A vouloir trop tromper un ami pour lui voler son bien, on finit par s’exiler loin de sa terre et vivre dans le malheur.

Quand on cherche à vous entraîner dans une aventure,

réfléchissez bien avant d’accepter et d’agir à la légère.

IMG_20141105_111633

Ecrit par : smiletoo (61 Posts)


Nombre de vues :

504

fois. Thankiou bien !

Laisser un commentaire