Entretien avec Gilles Dagneau, réalisateur.

le gendarme Citron

Trap : Bonjour Gilles,

Je me rappelle t’avoir rencontré en 1990 alors que j’étais lycéen et que tu venais d’arriver en Nouvelle-Calédonie. Je me souviens de ta curiosité de tout, puis de ton bref passage à RFO animant une petite rubrique au sein de l’émission « Carré Bleu ». En 1993,  je te retrouvais à Nouville dans les anciens bâtiments de l’ADCK alors que les Ateliers Varan formaient de jeunes réalisateurs. Bien des années plus tard, je me suis attardé sur tes premiers documentaires dont KAMEDAN (1995) qui m’avait assez impressionnés. Puis j’ai eu le temps de découvrir REMEMBER NEW CALEDONIA (1996), ta trilogie sur J.M. Tjibaou (TJIBAOU, LA PAROLE ASSASSINÉE, TJIBAOU, LE PARDON et RENZO PIANO, LE CHEMIN KANAK) et enfin LE GENDARME CITRON (2008) qui m’avait ému, et PRISONNIER DU SOLEIL (2010) avec Jean Boissery.

En fait, ma première question n’en est pas une. C’est une affirmation : punaise, je suis fan de ton parcours !  :mrgreen:  :mrgreen:

G.D. : Cool ! (comme dirait mon fils). Une question aurait été la bienvenue.

Je n’ai pas fait un bref passage à RFO, j’y suis resté pendant tout mon séjour (10 ans), à part une année entière au début lorsqu’un syndicat que je nommerais pas s’opposait à ma présence. Je m’occupais des bandes annonces (travail alimentaire) et je faisais le lien entre RFO et l’ADCK (les premières co-productions : LEVÉE DE DEUIL À TIAOUÉ, KAMEDAN…). Après quatre ou cinq années, je me suis senti armé pour proposer un travail plus important : ce fut le portrait de Jean-Marie Tjibaou, avec Walles Kotra à qui j’avais demandé d’écrire le commentaire : c’était légitime. Là aussi, c’était la première grosse coproduction de l’ex-RFO, avec l’ADCK bien sûr, et aaa production, le CNC (Centre national du Cinéma) et l’INA (Institut national de l’audiovisuel). C’est dans leurs locaux qu’on a monté et mixé le film : un vrai bonheur. Au départ, on avait ARTE comme diffuseur, mais Thierry Garrel, le grand ponte des documentaires à l’époque, était très réticent à l’idée que je réalise le film. Et il ne connaissait pas le talent de Walles Kotra. Il voulait m’adjoindre un co-réalisateur. Nous n’avions pas le même regard sur le sujet. Finalement, il a tout envoyé balader…

Quelques mois plus tard, le film a été sélectionné au FIPA (Festival International des programmes audiovisuels). Thierry Garrel, qui se vantait d’y être présent avec les meilleurs documentaires de l’année, était très vexé. Il ne voulait même pas m’adresser la parole. J’ai noté un grand mépris à notre égard, Walles et moi. Pour une chaîne qui se veut à l’écoute des minorités, c’est assez étrange ! Deux ou trois ans plus tard, ils ont produit « leur Tjibaou » pour lequel Alain Rolat (qui avait écrit dans Le Monde un article dithyrambique sur « TJIBAOU, LA PAROLE ASSASSINÉE ? ») faisait ce commentaire : « …ce film qui n’arrive pas à la cheville de celui réalisé par Walles Kotra et Gilles Dagneau …».

Tjibaou

Trap : Il y a quelques années, la boutique « La Malle du Gouverneur » au Faubourg-Blanchot vendait deux affiches géantes d’un obscur film français de 1960, L’ESPIONNE SERA À NOUMÉA dont une a été achetée par l’association du Festival du cinéma de La Foa. Cette année, ce même festival annonçait que tu « préparais un documentaire sur les longs-métrages qui ont été tournés en Nouvelle-Calédonie ». Vas-tu tourner un film assez général qui englobera des tournages locaux comme L’ÎLE LA PLUS PROCHE DU PARADIS, LE BAL DU GOUVERNEUR, ATLANTIS etc…Ou vas-tu te centrer sur la partie locale du tournage de L’ESPIONNE SERA À NOUMÉA de Georges Péclet ?

G.D. : J’ai découvert l’existence de L’ESPIONNE SERA À NOUMÉA grâce à l’affiche dans le hall du cinéma de La Foa. Je n’ai pas eu trop de difficultés à retrouver la trace du film et les ayant-droits. J’ai visionné une copie (d’ailleurs incomplète) aux Archives du film à Bois d’Arcy. J’ai proposé à Delphine Ollier de le programmer cette année au festival du cinéma de La Foa. L’accueil a été enthousiaste et les commentaires particulièrement intéressants : j’ai recueilli des points de vues à la fois historiques, anecdotiques et émotionnels. J’accumule depuis longtemps pas mal de documentation sur la Nouvelle-Calédonie et j’avais conservé un article sur un autre film qui m’intriguait : RAPT DANS LA JUNGLE, réalisé à Lifou en 1930. J’ai donc commencé à réfléchir à un documentaire qui porterait sur le point de vues des réalisateurs métropolitains sur le Pacifique et la Nouvelle-Calédonie en particulier. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait eu que 4 projets sortis en salles entre 1930 et aujourd’hui. Hormis ceux cités plus haut, il y a eu LE BAL DU GOUVERNEUR et plus récemment L’ORDRE ET LA MORALE qui pose le problème de la difficulté de traiter de l’histoire contemporaine.Je vais donc raconter l’histoire des ces quatre films et les resituer dans le contexte de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie et dans le contexte de l’histoire du cinéma.

Le doc a pour titre (MÉ)AVENTURES DANS LES ÎLES. Il pose la question : En quoi ces films sont-ils ou non le reflet d’une réalité calédonienne ? (J’ai mis de côté les télé-films (TERRE VIOLENTE et LOUISE MICHEL), ATLANTIS et le film japonais également qui ne rentrent pas dans mes critères).

l'espionne sera à Nouméa

 

 

Trap : Peux-tu déjà nous donner quelques informations sur la tournure du documentaire au jour d’aujourd’hui ?

G.D. : Le film est en cours de production et de financement. Il sera projeté au prochain festival de La Foa et diffusé dans l’émission « Itinéraires ». L’écriture du scénario se poursuit au fur et à mesure que les interviews viennent enrichir ma réflexion.

Trap : Merci Gilles.

 

19023046

 

 

Vous pouvez vous procurer le coffret LA NOUVELLE-CALÉDONIE EN 6 FILMS

Un siècle d’histoires en Nouvelle-Calédonie par Gilles Dagneau, 10 heures de programme: 6 documentaires, des entretiens, des débats et reportages…
Directement sur le site de aaa productions.
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Ecrit par : Trapard Creteux (963 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

1 Commentaire

  1. BoSS U dit :

    Le retour de Trapard sur le Cri.
    Ton article entretien portrait est excellent et bien écrit.
    Tu peux dire à Gilles que nous sommes prêt à faire des diffusions du film “L’ESPIONNE SERA À NOUMÉA” car je crois que ce film pourrait mérité une rediffusion comme quelques autres.
    Ceci dit, Trapard, bienvenue, fais comme chez toi ! Enfin dégueulasse pas tout 🙂 Je suis super content de te retrouver.
    A bientôt

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