Terence Tesh Chevrin répond à Trapard dans les échos d’Altaïr

“Les Echos d’Altaïr, là ou le rêve et la réalité se confondent” est un blog orienté science Fiction créé et rédigé par Mörbius. Nous en avons souvent parlé ici.

Pour les Echos, Trapard transfuge du Cri a interviewé Tesh, Terence Chevrin le réalisateur de Ni28. Personnellement j’avais beaucoup apprécié ce long métrage d’anticipation calédonien et je suis content que Trapard et les Echos d’Altaïr nous permettent de publier cette interview de Tesh, ce qui nous offre une nouvelle occasion de parler de ce réalisateur de talent aux projets ambitieux.

Merci Trapard, si tu reviens, j’arrête tout ! je t’aime encore, tu sais !

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Terence Tesh Chevrin en tournage

Bonjour Terence. Cette interview sur Les Échos d’Altaïr pour continuer de suivre ton parcours depuis la sortie du long-métrage Ni 28 pour lequel tu nous avais aimablement invité à son avant-première. La question qui brûle la peau de mes doigts sur le clavier sur lequel je te prépare cette interview écrite est la suivante : que devient Ni 28 ?

Comme tu le sais, Ni 28 est une trilogie, un projet de Films avec un grand F. Monter un projet de long-métrage est une tâche ardue, le cinéma étant une entreprise humaine et financière très lourde. Et ça l’est encore plus quand l’on transpose cette ambition à un petit pays comme la Nouvelle-Calédonie, où il n’existe aucune industrie cinématographique, où les techniciens manquent, où les comédiens ne peuvent exercer à plein temps, et où rentabiliser un tel investissement est difficile. Si tu rajoutes à ça les thèmes et genres que j’aborde (les soucis du pays, les conflits sociaux et politiques, teinté de SF et de dystopies en tout genre), la difficulté s’amplifie grandement. Cette situation est alarmante mais connue de ma part depuis que j’ai décidé de me lancer dans cette aventure. Je suis un enfant du pays qui va réaliser des films, un point c’est tout.

Concrètement, l’écriture du second et du troisième volet de la trilogie est sur la fin. J’éprouve encore les situations et personnages, je les alimente en m’imprégnant du quotidien des Calédoniens. Ces films se doivent d’être contemporains. Les recherches de financements ne devraient pas tarder à débuter, nous souhaitons tourner les deux films en même temps, l’an prochain.

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Je voudrais revenir sur Terence Chevrin, et non pas sur le réalisateur mais sur le jeune homme. J’ai encore chez moi ton court-métrage Hna Gopi Tàà qui date de 2004 et qui m’avait touché, non pas pour sa partie technique, mais pour le message écologiste (déjà!) sous-entendu et assez fataliste. Mais aussi pour cet échange culturel et humain que ma génération issue des Évènements a mis, dans une certaine généralité, plus de temps à aborder. Ce jeune Terence de 2004 et d’avant son départ pour des études métropolitaines, était-il avant tout un cinéphile, un rêveur ou un curieux-de-tout ?

Plus un rêveur je dirais ! C’est l’apanage des gens qui veulent raconter des histoires je pense, ensuite seulement l’expérience nous fait accomplir des choses. Mais on passe énormément de temps à imaginer, croire, positiver. À cette époque je passais mon Bac, la vie n’était pas vraiment difficile, celle que l’on nomme « active » n’existait pas encore, le temps était à revendre et on rêvait notre vie plus qu’autre chose. Aujourd’hui je rêve encore plus ! Mais je passe à l’action.

Les thèmes abordés dans Hna Gopi Tàà sont simples d’approches mais nombreux : l’importance du Dialogue (en général) entre les hommes, la fatalité du changement, ses bénéfices et ses malheurs… Pour moi, ce court-métrage était surtout l’opportunité de me mettre à la place de quelqu’un d’autre, d’une autre communauté, de réfléchir à certains aspects de l’expansion de la Calédonie et de prendre du recul. Je mène encore cette réflexion aujourd’hui dans mes projets, elle m’aide à voir plus loin et à analyser mon pays.

Florent Bouygues

Florent Bouygues

Depuis Ni 28 dont tu avais annoncé deux suites, tu as tourné des clips musicaux. Arrives-tu à allier passion et gagne-pain dans ce métier en Nouvelle-Calédonie ? Et existe-t-il d’autres manières d’aborder la réalisation qui te font rêver, que ce soit au niveau du format (documentaires, reportages, expérimentations diverses…) ou de ta manière de travailler ?

Oui, j’arrive à survivre grâce à l’audiovisuel. En réalisation, mais parfois en assistanat de réalisation (organisation logistique et artistique d’un tournage). Je réalise parfois des pubs mais plutôt quand la disette guète. Je pourrais gagner plus d’argent mais je ne pourrais plus mener à bien mes projets personnels, alors j’essaie de doser. Je tiens encore, malgré les coups durs qui mettent parfois à rude épreuve ma motivation. C’est ma passion, je l’assume sans me plaindre. Toutefois, le statut de l’artiste en Calédonie est particulièrement à chier, ce qui n’est pas pour rendre service aux gens qui se bougent pour créer.

Quant aux différents formats de médias, il s’agit là de différents types de réalisations. Tout me plait dans m’absolu, mais rien ne pourra être prioritaire sur le long-métrage. Je m’en fais mon objectif, passer du temps sur d’autres supports ne me ferait plus progresser en fiction, et j’ai encore tellement à apprendre.

Florent file

Florent file

Enfin, depuis ton retour, t’es-tu fait une idée générale des métiers de l’audiovisuel en Nouvelle-Calédonie ?

Il est évident qu’en Nouvelle-Calédonie, pour essayer de vivre de l’audiovisuel, il faut savoir être multi-casquettes. Cette polyvalence à énormément de défauts puisqu’elle nous empêche d’être excellent partout. Le four, le moulin, et on donne de mauvaises habitudes aux productions qui gardent en référence nos pratiques galériennes : un « Oui, oui, je fais tout ! » et on pourra peut-être payer son loyer. Malheureusement ce n’est pas comme cela que l’on fait avancer son secteur. On ne peut pas se prétendre professionnel en improvisant un métier, c’est paradoxal. C’est sûr, le secteur n’est pas tout à fait développé, il est très difficile de se spécialiser. Et comme les métiers manquent aussi, il n’y a parfois plus de compétition, les gens ne font plus d’efforts car leur place est acquise. C’est le pire. À contrario, certains techniciens s’avèrent être indispensables sur des projets. On a de tout ! Malheureusement, certains quittent le pays par manque de boulot ou d’ambition de la part des productions et porteurs de projets…

Le tournage de Ni 28 – Strate II & III aura donc la lourde tâche d’être une vraie première pour le secteur local, habitué aux périodes courtes et avec peu de moyens, mettant en place une logistique sans précédent et porté par une ambition légèrement démesurée ! Quand faut y aller…

Merci Terence.
Merci Jimmy !

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Ni 28 vient de remporter le Prix du Meilleur Film au Toronto International Film And Videos Awards (TIFVA), au Canada ! Catégorie “No Budget”, en dessous de $25,000 (2 millions CFP) Félicitation à Tesh, à l’équipe pour ce film qui décidément surprend tout le monde.

Retrouve Ni 28 sur Facebook

Le site de Niaouliwood

Ecrit par : BoSS U (2299 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


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fois. Thankiou bien !

3 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Ni 28 vient encore de remporter un prix. Il s’agit cette fois du premier prix du film fauché du festival international de cinéma et de vidéo de Toronto au Canada.
    Big Up l’équipe.

  2. Trapard dit :

    😀
    Sinon rétroactivement, on peut suivre Terence à la trace depuis son retour (Le Cri du Cagou avait déjà parlé de TRAUMA) :

    http://morbius.unblog.fr/2014/0612/trauma/

  3. BoSS U dit :

    Trauma est aussi sur le Cri du Cagou depuis octobre 2011 😉
    http://lecriducagou.org/?p=16496

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