Mon coup de SILO

Joel Paul SILO 2013Joël Paul se défini comme écrivain calédonien, océanien d’origine européenne. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont son dernier livre “Mes nuits avec Roymata”, un recueil de huit nouvelles, est auto-édité. Joël Paul tient aussi un blog mis à jour quotidiennement où il présente ces ouvrages mais aussi bien sûr ceux des autres. Retrouvez, ici, le blog de Joël Paul.

Joël Paul nous avait fait l’honneur de partager avec nous une de ses nouvelles,“Cthulhu et le tabou kanak”, écrite à l’occasion du Festival Lovecraft organisé par le Sci-Fi club et la maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie.

Pour nous, il partage aujourd’hui “son coup de SILO”, mi coup de gueule mi coup de cœur, avec deux pincées d’humour, sur le Salon International du Livre Océanien 2013 à Poindimié.

BoSS U

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joel-paul_SILO_2013-01Vendredi matin après avoir déposé mon fils au collège j’ai pris la route en direction de la Province Nord pour me rendre au SILO. Je suis parti «à fond la caisse». J’avais le cœur léger. Avec tous les articles que je mets en ligne au service de la littérature sur mon blog, je pensais n’avoir que des amis dans le milieu littéraire calédonien. J’ai roulé avec l’oreille gauche collée sur le haut-parleur le plus proche de ma position de conducteur pour ne pas rater les retransmissions de radio NC première qui couvrait déjà l’événement depuis deux jours.

Fatigué et sous une pluie intense qui me tomba dessus après Bourail, je me rapprochai de la Koné-Tiwaka lorsque la retransmission d’une conférence commença. J’ai monté le volume pour ne rien rater car sans mes prothèses auditives j’ai un peu de mal à tout capter. L’intervenant déblatérait sur les auteurs amateurs. Un vrai réquisitoire, une diatribe contre les éditions l’Harmattan et la collection « Lettres du Pacifique » où j’ai édité mes premiers livres. Au passage ce conférencier égratignera aussi les blogueurs. Je ne me sentis pas concerné pour les raisons évoquées plus haut mais je trouvai les propos haineux et indignes du SILO. Je me suis arrêté sur le bas-côté pour me cacher en pataugeant dans l’herbe mouillée. J’hésitai entre vomir ou pisser. J’optai pour le deuxième choix pour des raisons de fuites qui me gâchent la vie. Ensuite, j’ai repris la route mais pianissimo avec l’envie de faire demi-tour.

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Une heure plus tard, j’arrivai à Poindimié. J’ai tourné en rond deux heures dans le village. Je suis passé plusieurs fois devant la salle omnisports ou les étendards SILO flottaient au vent en semblant me dire de ne pas avoir peur, le message de Jean-Paul II me traversa l’esprit. Je me suis garé mais dans ce grand moment de solitude j’ai dégainé mon stylo Bic. J’ai placé sur ma tempe l’embout coté pointe et j’ai appuyé sur le bouton. La bille n’est pas partie. Je me suis donc décidé à marcher vers l’entrée de la grande salle en gardant mon stylo enrayé en main. Au coin du bâtiment j’apercevais une connaissance, ADJE. Cet artiste, une meuleuse en main, rassura de suite l’écrivain-ouvrier que je suis. Je sais que les tueurs ont plus souvent un micro en main qu’une ponceuse.

Je rengainai mon stylo Bic aussitôt.

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En pénétrant dans la salle dédiée habituellement à la culture physique je fus surpris de l’effervescence de la foule bigarrée autour des stands de livres. J’avais devant les yeux la plus grande librairie du territoire. Les sourires de Cathie Manné responsable des ventes et celui de Tonton Marcel quoique figé sur son poster géant au fond à droite me rassura complètement. Si on flingue ici avec la pétoire à viandard de l’oncle Marcel j’étais certain d’être couvert. Quelques poignées de main plus loin, réconforté par les regards amicaux de mes amis, j’ai vite compris que la prestation du procureur avait déplu. Je ne retiendrai donc que la deuxième partie de cette conférence, le beau projet d’Amid Mokadden sur le père Appolinaire Anova.

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Ce SILO a attiré beaucoup de monde. J’ai même aperçu les plus importantes personnalités du territoire, en particulier, notre haut-commissaire qui m’a semblé d’une simplicité déconcertante.

joel-paul_SILO_2013-05J’ai vu et entendu de belles choses au cours de ce SILO amputé de deux journées pour moi. J’ai assisté à des conférences très intéressantes avec les invités de France : D. Fauquemberg, T. Savin, P.Furlan et François Garde ainsi qu’avec le trio d’auteurs Japonais qui ont découvert et donné leurs sentiments sur nos Japonais Calédoniens. Un apport de l’Empire du soleil levant que l’on doit au consulat du Japon de Nouvelle-Calédonie. Mon coup de cœur Pacifique a été pour Chantal Spitz. J’aime bien son franc-parler. Les prix « écrire en Océanie » ont récompensé trois candidats. J’en connais personnellement deux sur les trois, je suis heureux pour eux. J’ai pu converser avec les auteurs venus d’ailleurs, faire des connaissances et découvrir un nouveau talent local avec le lauréat du prix Michel Lagneau, une révélation dit-on. J’ai acheté son livre.

Mon SILO, débuté dans la douleur, est globalement positif pour moi. Des temps forts de cet événement je retiendrai le duo Francia Tissot et Dewe Gorodé sur le thème l’aventure d’un livre choc. Deux témoignages qui ont inondé la salle d’une émotion presqu’insupportable. Vivement le SILO 2014 qui se déroulera à Nouméa.

Je terminerai par cette citation de Martin Luther King. « A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis. »

JP

PS : Puisque le SILO sert de tribune aux donneurs de leçon voici une petite précision, j’ai eu l’honneur d’être accepté pour publier aux éditions Amalthée et chez l’éditeur du doux rêveur avant de choisir l’autoédition. J’ai refusé les offres à cause des modalités qui ne convenaient pas à ma bourse.
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Retrouvez Joël Paul sur son site Internet

AvatarEcrit par : BoSS U (2349 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


4 Comments

  1. Merci beaucoup Joël pour le partage

    • L’auteur aurait pu avoir la courtoisie de vérifier le bon fonctionnement de ses prothèses auditives avant d’écrire ces mesquineries.
      De plus, si Les 2 Encres ont proposé une “édition participative” (sur les modalités citées infra) trop onéreuse, c’est que cette maison ne tenait pas particulièrement à publier les écrits de ce Monsieur.

      Extrait de la conférence en question:

      “L’autoédition protéiforme représente près de 90% de la production néo-calédonienne. Certaines personnes impriment leurs textes via lulu.com, le leader mondial de l’autoédition sur Internet. D’autres plus malins fondent des éditions à grand renfort de subventions afin de publier leurs textes qui constituent la priorité et la substantifique moelle du catalogue. D’autres encore s’adressent à l’Harmattan, dans la collection Lettres du Pacifique dirigée par Hélène Colombani, qui propose une « édition participative » doublée de l’exigence de remise d’un manuscrit avec mise en page calibrée, prêt à être imprimé : si sélection du manuscrit il y a, elle est nettement moins rigoureuse que chez un éditeur digne de ce nom. De plus, il n’y a pas de véritable travail d’édition. Par « véritable travail d’édition », j’entends, outre la proposition de corrections et de remaniements qui sont d’usage, la production d’un texte qui sera, en phase ultime, préparé typographiquement et composé. Ce n’est pas le cas. L’auteur doit fournir une copie de son texte prêt à flasher et a l’obligation d’acheter un stock de livres ou de verser de l’argent. C’est un leurre : l’édition participative propose l’achat d’un lot pour diminuer sa part de prise de risques commerciaux, mais généralement assure tous les autres aspects de l’édition : mise en page, correction, promotion, etc.
      L’autoédition basique, comme Amalthée se targue d’offrir aux écrivains aspirants un travail de promotion et de diffusion, mais la technique est un leurre. Car une fois votre manuscrit envoyé, ils vous feront très rapidement part (dans un délai de moins d’un mois) d’une proposition indécente, à savoir une relation tarifée dans laquelle tous leurs services d’édition sont monnayés. Et pour quel résultat ! Ces entreprises d’autoédition sont gagnantes à 100% car elles ne prennent aucun risque et surfacturent leurs services. Les personnes qui ont recours à elles savent a posteriori, une fois que le mal est fait, à quoi s’en tenir : le livre n’en n’est pas un (pas de relecture, pas de mise en page, pas de confort de lecture, pas de regard éditorial, etc.) et la diffusion est quasi inexistante puisque l’ouvrage est amorti à parution : donc il est nul besoin de chercher à le vendre !”
      Voilà pour celui qui souhaite être plus constructif.
      Bonne continuation !

  2. Joli article, bravo Paul !

  3. Belle réussite sur un plan logistique, le SILO 2013 a permis à de nombreux invités et lecteurs de (re)découvrir la Province Nord et les charmes de sa nature. Les auteurs japonais (Ryoko Sekiguchi, Hirano Keiichiro et Jean-Paul Nishi) ont tenu une place prépondérante avec talent et il a été agréable de rencontrer des écrivains métropolitains rompus tant aux pratiques de la vie littéraire et des salons du livre qu’à celles des festivals. Parmi eux, on citera Tristan Savin qui lança avec succès sa revue Long Cours et David Fauquemberg qui verra son troisième roman, Manuel El Negro, paraître fin août 2013.

    En partance pour Poindimié, un trajet de quatre heures qui stimula l’imagination, j’ai pu lire avec plaisir le premier roman de Fauquemberg, Nullarbor (2007) qui obtint le Prix Nicolas-Bouvier. Une lecture captivante que je recommande à ceux qui souhaitent appréhender l’île-continent que l’on surnomme Down Under sous des traits littéraires, car la trame narrative ne se lit pas comme un carnet de voyage (à l’inverse de L’échappée australienne, 2001, d’Annick Cojean), même si l’auteur a puisé le sujet dans son expérience de l’Australie.

    Les activités intellectuelles et artistiques étaient riches, ponctuées de temps à autre par l’excellent duo clownesque « Les Bataclowns » dont le spectacle cathartique permettait d’alléger les débats et de désamorcer les tensions liées à des sujets à controverse, parmi lesquels ma communication sur les facteurs responsables de la situation de crise que traversent l’édition et la littérature néo-calédoniennes.

    En certaines circonstances, il est salutaire, me semble-t-il, d’avoir le courage intellectuel de souligner les incohérences et les dérives d’un système dans le but de parfaire ses rouages pour le bénéfice du plus grand nombre. Je reconnais bien l’honnêteté intellectuelle de Christophe Augias qui accueille à bras ouverts ce type de débats littéraires afin de faire avancer les choses à l’aide d’une dynamique porteuse de changements positifs.

    Après avoir vécu l’aventure éditoriale de Un doux petit rêveur (2012) (dont les principales recensions sont disponibles en lien infra) d’un bout à l’autre de la chaîne du livre, j’ai développé une analyse de la condition de l’écrivain insulaire et du livre en Nouvelle-Calédonie qui a pour but de mettre en garde les auteurs aspirants contre les traquenards de l’édition à compte d’auteur, encore appelée autoédition. Il est évident que je n’encouragerai pas l’autoédition dans un monde où le papier se fait de plus en plus rare et où la production littéraire menace l’ordre écologique. Ainsi que pour d’autres raisons comme la saturation du marché des livres évoquée par Gilles Colleu, spécialiste de l’édition.

    Les blogs et autres supports électroniques sont des moyens plus efficaces (car potentiellement plus facilement consultables) pour faire connaître ses écrits. Mes conseils ne s’appliquent pas à des professionnels de l’autoédition comme Bernard Suprin, car ses ouvrages sur la flore calédonienne sont remarquables et ne dénaturent pas l’objet livre tel qu’il est produit par les véritables éditeurs. Cela dit, on se demande pourquoi ce passionné de l’édition ne fonde pas une maison d’édition pour élargir son catalogue aux autres auteurs scientifiques. Une autre interrogation légitime : A quoi sert de professionnaliser l’autoédition ? En d’autres termes, pourquoi encourager les gens à écrire, se corriger, s’éditer, se relire, gérer l’impression et la diffusion de leur livre, quand un éditeur est là pour couvrir tous ces aspects techniques de l’édition. Ne vaut-il pas mieux encourager les gens à produire des manuscrits de meilleure qualité afin de les soumettre à un éditeur dans l’espoir d’être publié ?

    Il est évident que l’on pourrait tout dire avec la puissance comique des Bataclowns et que les plus inaudibles des vérités deviennent tout à coup très acceptables sous le coup de la dérision. Faire savoir aux invités, lors d’une représentation théâtrale très plaisante, que le SILO est une interminable rengaine de débats reproduits à l’identique depuis une décennie ne va pas dans le sens d’une vile flagornerie. Mais faire une communication critique nécessite un ton plus neutre, une présentation factuelle de constats ou d’observations qui donnent à réfléchir.

    J’espère que les pistes fournies fonderont le socle d’une réflexion et à terme d’une réforme qui va bénéficier à l’ensemble de la filière livre en Nouvelle-Calédonie, pour le plus grand plaisir des lecteurs qui n’auront plus à formuler des doléances à mots couverts, à huit clos ou en coulisses.

    « Il n’y a point de bonheur sans courage ni de vertu sans combat »

    Jean-Jacques Rousseau. Emile ou De l’éducation (1762)

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