Feu l’Art’P du 21 août

Hey ! toi ! Oui, toi, là, approche, n’aie pas peur, le feu ne te mordra pas, Jean-Marie l’a domestiqué. Assied toi sur la natte, détends-toi, ça va bientôt commencer.
Ce qui va commencer ? Attends, tu débarques, non ? Nous sommes au Centre d’Art, nous sommes mardi, il est bientôt dix huit heures, c’est l’heure de l’Art’péritif ! Et ce soir c’est Le Cri du Cagou qui organise. Oui, voilà, Autour du feu. Ni plus. Ni moins. D’ailleurs prends cette branchette, un cadeau d’accueil.
Hou, je sens que tu as encore un peu la bougeotte, citadin, il est trop tôt pour t’asseoir. Ne t’en fais pas, ça va passer. Tiens, si ça peut t’aider, va voir sur la scène, oui, oui, la scène, aujourd’hui elle accueille l’immobilité et le silence. Jean-Philippe Tjibaou, Jean-Marie Ganeval et Calédophoto s’en sont assurés. Un bois de fer à gauche et un visage à droite encadrent la case dominée par sa flèche faîtière. Sur les côtés, des macros et des couchers de soleil pour domestiquer le ciel et la terre. En retrait, les deux massifs chambranles de l’ancien Sénat Coutumier veillent sereinement sur la soirée.


Ca y est ? ça va mieux, les bruits de la ville se sont estompés dans tes oreilles ? Alors viens, viens t’asseoir sous les lanternes, les vieux viennent d’arriver.

Ha oui, mon ami, ce soir ce sont les vieux et les mamans qui font le spectacle, une fois n’est pas coutume, et crois-moi, ils ont de la ressource. Regarde les gamins. Vois comme ils sont suspendus à leurs lèvres, vois comme leurs yeux brillent sous le reflet des flammes. Quel meilleur public en même temps ? Les vieux parlent aux jeunes, les instruisent, leur disent le temps passé, parce qu’il fait le temps présent. Les adultes ne sont plus que les spectateurs de cet échange. Mais ce soir, étrangement, je n’en vois pas beaucoup des adultes.


Ca y est, l’histoire a trouvé un dénouement, Ooooolééé, et les mamans prennent place, guitare et carnets de chant à la main. Mince, ces voix ! à coller une honte bleue aux polyphonies corses. Trois gammes d’aigus tressées autour des mots pour les porter jusqu’à nos oreilles. Il y a du religieux, là-dedans, ou alors est-ce de vivre ça auprès du feu. Va savoir. L’essentiel est d’être transporté haut vers la lune par ces voix magiques.

Hé, citadin, tu es toujours avec nous ? Non, juste pour m’assurer que tes yeux fermés c’est bien pour t’emplir de tout ça. Heu, si, si, ça fait trois morceaux que tu as les yeux fermés, mon ami, hé oui, déjà, le temps a une drôle de consistance ce soir. Allez, désolé de t’avoir tiré de ta … méditation, les mamans finissent et les vieux s’animent.

Ha non, ils introduisent, seulement. Ils introduisent une voix venue du public. Ils introduisent une voix portant fort et clair des mots de flamme. Flamme de la révolte, flamme de l’amour, cette voix brûle et cautérise, cette voix réchauffe et sèche, cette voix éclaire et indique un chemin. Puis se tait, son message délivré. Recueillement. Imprégnation.


Le bambou-pilon des vieux nous ramène lentement à une réalité. Quelques branches pour ranimer le foyer, et une litanie part, en langue. Cette fois, il va falloir y mettre du tiens, citadin, les vieux t’invitent à joindre ta voix à la leur. Tu ne connais pas la langue ? Bha ! Contente-toi de suivre les indications, tu verras, c’est facile. Mais si, regarde, les enfants s’en tirent comme des chefs. Lève les mains, au moins, c’est à ta portée, ça. Tourner sur toi-même ? Allez, chef, tu ne vas pas me faire croire que tu ne peux pas suivre le mouvement des vieux et des enfants, quand même. Oooooooléty.


Tiens, voilà les mamans qui reprennent place avec leur guitare, tu vas pouvoir te remettre de tes émotions. Ou te laisser envoûter une nouvelle fois, après tout, il n’y a pas de mal à se faire de bien, et pour le coup. Tu peux même frapper des mains, si si, je t’assure, accompagner ces voix, c’est leur rendre hommage, tu comprends, il ne faut pas se retenir, elles le méritent sacrément. Puis ça va si vite, si lentement. Les morceaux paraissent s’étirer dans la durée de manière improbable, mais, oui, c’est vrai, une fois arrêtée, l’impression s’impose qu’ils n’ont pas eu le temps de commencer.


Tiens, voilà les vieux qui s’en vont ? Ha non, tiens, ils … mince, oui, il y en a un qui se met à danser. Et quand je dis danser, ce n’est pas osciller d’une jambe sur l’autre, mais bien plier, détendre, de vrais jeunets réanimés par le rythme, redressés en cadence, et que ça saute, et que ça trépigne, tu n’est pas le seul à être abasourdi, ils ont une sacrée forme en fait ces vieux. Et que j’y aille de la guitare, en chanson, pour rivaliser avec les mamans. Il faut croire que la fumée ça conserve.


Mais. Non, ne te retourne pas. Je crois que le feu s’est échappé du foyer, tu ne le sens pas dans ton dos. Si, tiens, regarde, là bas aussi, et là. En bout de chaînes, en bout de bâton, et il bondit, et il virevolte, cette liberté inattendue le comble d’aise, il en abuse. Ecoute comme il ronfle de plaisir, un vrai chat, espiègle et dédaigneux, juste occupé à son amusement. Avant de retourner à la source, la liberté ne lui est jamais longtemps accordée, il est trop sauvage.

 

Chut, écoute, citadin, le vieux offre ses mots. Des remerciements. Généraux et généreux. On dirait que la fin est proche. Non, attend, j’ai dit on dirait, pas que c’était fini. C’est l’heure de la distribution de … chamallows ? Non … Marshmallows ? Non plus … Oui ! Voilà ! De Cachalots ! À faire frire dans les dernières flammes. Tu préfères laisser ça aux enfants ? Tu as tort mon ami, mais je ne vais pas te forcer.


Un dernier mot de l’ordonnatrice, pour remercier nominativement tous les acteurs de cette belle soirée, parce qu’elle était sacrément belle, non ? et voilà. Cette fois c’est fini, mais tu es libre de prendre ton temps, personne ne sera mis dehors ce soir.

La marchande d’allumettes : Corine
Les vieux : Jeannot et Washo
Les mamans : Yunita et ses choristes
La voix : Erwan Botrel
Les jongleurs : Mana, Greg (?) et Vio
Les photographes officiels de fait : Fabvirge et Dôme
L’ordonnatrice de la soirée : Violaine
Les soldats du feu : deux pompiers volontaires dont le prénom fait défaut
& Les techniciens du Centre d’Arts dans leur propre rôle

Ecrit par : MrGouillat (118 Posts)


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fois. Thankiou bien !

7 Commentaires

  1. Trapard Creteux dit :

    Sympa ton petit article MrGouillat. Belle mise en ambiance en crescendo.

  2. Fabvirge dit :

    Excellent article pour un art’p bien sympa.

  3. La Tortue dit :

    Net, Merci pour l’art’P. et Merci pour l’art’ticle!Merci aux photographes!
    Jongl’ son nom est antoine mais greg lui irait bien aussi! 🙂
    Très très bon ton article ca donne envie d’y re-être!
    😉

  4. La Tortue dit :

    ps: j’arrive pas à partager l’article sur FB est-ce normal?

    • Trapard Creteux dit :

      Clique sur ton commentaire (dans la ligne des échos) puis copies et colles le lien sur facebook, pour voir…

  5. BoSS U dit :

    ça avait l’air vraiment très bien…
    Dire que j’ai raté ça !
    Big Up a vous

  6. ça avait l’air tellement au point à la réunion de prépa que je ne me suis pas senti obligé d’y assister. Il semblerait que je sois passé à côté d’un bon moment.

    Merci, Vio, t’es une cheftaine, voire l’administratrice suprême des art’pé du CdK 😉

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