Momo sera jamais à “La Pléiade”, en tout cas: “Les aventures de Momo le chibré”, sa vie, ses œuvres. 9

Vous trépignez d’impatience et c’est normal, nous sommes à la veille du week-end, il est 17h15 et votre feuilleton préféré n’est pas encore en ligne. Oui, au Cri du Cagou, nous aimons surprendre nos lecteurs. Aujourd’hui, nous avons décidé de le publier à 17h16. Nous sommes comme ça ! Nous sommes des fous ! Mais enfin donc, le voilà, votre feuilleton.

Vous avez loupé le début ?

Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3, Chapitre 4, Chapitre 5, Chapitre 6, Chapitre 7, Chapitre 8.

Dans ma petite boite j’ai quelques jolies têtes de sinsemillia d’Ouvéa, une pure indica, pour faire rêver, et dormir aussi.

Des fois j’ai du mal à oublier, malgré les six mois de “débriefing psychologique” dont j’ai bénéficié en quittant le Hubert.

Ils ne veulent plus lâcher des bombes à retardement dans la nature, au ministère, alors maintenant quand on quitte l’armée on voit des psys, ça aide. Des fois. Pas tout le temps.

“Il s’en passe des choses sous ton crane rasé,

C’est plein de tristesse et de kif,

Tu te vois encore en tenue léopard, bourrée d’explosifs,

Sauter de ton aéroplane.”

La nostalgie, j’t’en foutrais… Camarade…

Le kif, la beuh, l’afghan double zéro… Au Kosovo, j’ai commencé à fumer, quand le toubib de la compagnie est mort exsangue dans mes bras, les boyaux à l’air. Il avait absolument voulu aller chercher son casque lourd qu’il avait oublié, alors que le merdier avait déjà commencé. Je lui ai filé ce qu’il m’a dit, morphine, plus d’autres trucs, des comprimés; il m’a fait allumer un petit joint qu’il avait dans sa poche, il a un peu tiré dessus avant de mourir. J’ai fini le stick sans y penser alors que ses yeux devenaient vitreux.

Après des fois on fumait pour oublier, le soir avec les camarades. Jamais en opé.

Vous savez, j’ai fait des tas de saloperies dans ma vie, et j’en ai vu plus encore; j’ai fumé des mecs, j’ai fait péter des tas de trucs et j’en ai fait flamber plein d’autres.

J’ai vu l’Horreur. Je l’ai vue…

J’ai touché du doigt ce que ces enculés de politiciens appellent les “dommages collatéraux”.

J’ai vu le bétail, et les chevaux, pattes en l’air, en noires charognes puantes dans les champs, et les chiens morts de faim au bout de leur chaîne. J’ai vu des cadavres de vieux, de femmes, d’enfants morts de froid laissés sur les trottoirs.

Ce gosse, qui tenait sa mère morte dans ses bras, les yeux tout ronds de surprise. Lui aussi était mort, une balle dans le front. Abattu comme un chien, parce qu’il était musulman.

Bordel, j’en ai pleuré toute la nuit…

Pendant des années il l’a tripotée dans la caférie, l’autre gros enculé de Robert. Elle venait le voir le samedi matin, et le mercredi après-midi, pour les bonbons, et les gâteaux, au début. Y’en avait pas des bonbons et des gâteaux, à la tribu. Et puis par peur et par honte, aussi, à force. Il était gentil quand même, même s’il lui faisait peur. Il disait que c’était pas grave, que c’était un secret. Il l’a dépucelée à onze ans, quand elle en a eu quatorze il a cessé de lui acheter des trucs, elle ne l’intéressait plus.

Alors d’autres y sont passé depuis, elle suppose.

Elle a mis des années à comprendre qu’elle n’avait rien à se reprocher, des années pour se rendre compte qu’elle était d’abord une victime, et qu’elle n’était pas la seule fille au monde à qui “ça” était arrivé.

La sémillante Nana, qui babille et s’affaire telle une petite abeille, la souriante Maria Magdalena, qui papote tout le temps, tatati, tatata… Voilà comment tu te caches aux yeux de ce monde d’enculés qui volent leur innocence aux enfants…

Vous savez quoi? Je vous disais y’a pas longtemps, j’ai fait des tas de trucs pas clairs quand j’étais dans les Forces Spéciales, des tonnes de coups tordus, et j’ai quand même dessoudé un paquet de mecs, mais putain de bordel de merde, j’aime pas qu’on fasse souffrir les animaux, je déteste qu’on fasse du mal aux enfants, et j’ai horreur qu’on esquinte la nature, mes couilles!

Alors cet espèce de merdier dans lequel je nage, ousque des connards de surfers pillent le lagon tout en trafiquant je ne sais quoi dans leur labo clandestin, ousque d’autres enfoirés découpent des chevaux à coups de sabre et ousque le proprio des canassons se trouve être un gros vicieux qui s’enfile des petites filles, eh bein tout ça, ça commence à me brouter grave le mandrin. Mais grave de chez grave, alors je m’en vais te leur régler la feuillure à ma façon, à toute cette bande de fumiers, ça je vous le promets, ou alors je m’appelle plus Momo le chibré.

C’est les filles à Toulon qui m’avaient baptisé comme ça, dans le club échangiste où j’allais de temps en temps, lors de mes perms. J’avais le droit d’y entrer seul, et j’y picolais à l’oeil. La patronne et moi on faisait un petit show à la clientèle de temps en temps, c’était bon pour le commerce.

L’enflure qui vient chercher les langoustes en Forester le vendredi matin, je sais qui c’est, j’ai juste eu à passer un coup de fil à un copain flic; c’est un restaurateur de Nouméa, qui d’ailleurs approvisionne réellement le mess-off… Bien renseigné, le colonel…

Les surfeurs se sont rencontrés et connus lors de leurs études en France, fils et filles de bourges de Nouméa-sud, chimie pour l’un, commerce pour l’autre, histoire et arts plastiques pour ce qui est de deux des filles. De futures profs, je suppose…

Les trois autres, je n’ai pas encore leurs identités, ni leur pedigree.

En écoutant leurs conversations sur leurs téléphones portables (les soixante cinq kilos de matos dans mon sac à dos, vous aviez cru que c’était quoi? Je sais, je le dis tout le temps, mais c’est beau la technologie.) J’ai compris qu’il préparent un grosse quantité d’un “truc”, dont ils s’apprêtent à inonder le marché des petits bourges blancs des quartiers sud de la ville. Ils l’ont essayé sur “la vieille”, ils ont bien rigolé…

J’ai bien ma petite idée de qui c’est, la vieille, mais je vous dirai ça vendredi prochain.

Bon week-end.

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Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
Chap.I – Chap.II – Chap.III – Chap.IV – Chap.V
Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


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fois. Thankiou bien !

6 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Je regrette de ne pas avoir pris le temps de commenter ce chapitre.
    Il est mon préféré depuis le début de l’histoire, sans rire. J’aime beaucoup.
    Et puis comment ne pas aimer avec cette référence à Gainsbarre période Gainsbourg ?
    Ouai, ça me plait
    Et moi, j’attend chaque vendredi pour retrouver mon feuilleton préféré

  2. G. dit :

    “Mauvaises nouvelles des étoiles”… très noir, et injustement mal compris.
    Une pépite, “La Nostalgie”, j’étais tombé amoureux à la septième note de cette basse fabuleuse. Et les I threes… en deuil, les I threes, du grand Bob, bien sûr, décédé quelques mois plus tôt, mais aussi d’un autre musicien, parti quelques semaines avant.
    Un album très noir donc, mais peut-être un des meilleurs.
    Et cette chanson… il vient un peu de là, le personnage de Philippe Maurice, un peu d’ailleurs aussi, comme tout le monde…

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