Les messieurs lisent aussi “Les aventures de Momo le chibré”… (7)

Et oui, c’est déjà vendredi. Les semaines sont comme les jours, courtes en ce début de saison fraîche. Mais ce n’est pas une raison pour louper notre feuilleton hebdomadaire : Momo le chibré.

Vous avez loupé le début ?

Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3, Chapitre 4, Chapitre 5, Chapitre 6.

-Toi au moins tu sens pas le cheval…

Elle est affalée sur le canapé familial, la mère Marino, toute alanguie, quelques centaines de milliers de mes futurs descendants potentiels éparpillés sur sa belle poitrine. Bein oui, je prends soin de moi quand même, savonnette, déodorant, faut c’qui faut…

Je suis passé lui apporter des truffes au chocolat, que j’ai faites moi même, tenez vous bien. Ça marche bien, ça, le coup des truffes en chocolat, surtout quand on les a faites soi-même; vous prenez des notes, les mecs, j’espère?

Elle les aime bien, les surfeurs qui campent en bas, bien polis, gentils et respectueux, tout ça. Ils payent un loyer, y’a pas de papier c’est en liquide, et ils sont discrets comme tout.

Ce sont les américains qui ont construit la route qui mène vers la plage, ils avaient même monté des demi lunes, il reste juste les dalles en ciment, le reste a été découpé au chalumeau dans les années soixante, et vendu aux japonais, en scrap métal.

Son vieux, à Marie Noëlle, il a bien connu cette époque, il pourrait me renseigner si ça m’intéresse.

Ma foi, je ne sais pas si ça m’intéresse, mais je vais m’y intéresser, parce que si ça se trouve c’est intéressant. Ne jamais négliger aucune piste.

J’ai pris trois jours de congé de l’hôtel où je bosse en couverture, j’ai prétexté un baptême chez des wallis, et je suis le parrain. J’ai montré le faux papier qu’on m’avait envoyé par la poste, signé de l’évêque de Nouméa, en personne.

-Une grande famille wallisienne, vous comprenez, et moi le parrain… …l’évêque… Tout ça…

Je suis allé cacher le fourgon vers La Foa, j’y ai quelqu’un, il m’a ramené de nuit, la Husky dans la benne bâchée fermée, avec trois boites de ration-combat et soixante cinq kilos de matos dans mon putain de sac à dos…

J’ai caché la moto comme je sais bien faire, à la pelle US, plus des branchages choisis, trois ans à faire ça, trois ans ou presque à creuser des trous pour s’y cacher et observer, a vivre avec des mecs qui chient à côté de toi et te parlent de leur copine à longueur de temps.

Et je suis allé voir un peu ce qui se passait côté mer.

Dans la journée j’ai installé ma position, à moins de deux cent mètres de leur camp. Vue imprenable sur l’installation, plus l’accès.

Leur campement est dans une petite plaine au pied d’une falaise d’environ trente mètres de haut, à quinze mètres de la plage, côté sud.

Je sais que le voilier repassera demain matin au large, de retour de son charter hebdomadaire sur le Vanuatu, à Nouméa Maxou m’a renseigné.

La nuit j’ai observé à l’infrarouge, ils sont super équipés mes surfeurs, frigo, congèle, gros groupe électrogène 24/24, ils ont la télé, et j’ai vu une antenne Canal Sat.

Discrets comme tout, apparemment ils sont installés ici depuis un bout de temps, ils font leurs courses à Nouméa, organisés.

Y’en a trois qui surfent pas. Trois mecs, ils glandent pas non plus, et j’ai pas l’impression que ça baise tant que ça dans le groupe, deux couples, peut-être trois.

Le Subaru Forester est venu au matin, il a déchargé deux grosses glacières, et en a chargé deux identiques, probablement les mêmes.

Mais j’ai pas vu les bidons.

Quand le bateau des surfeurs est rentré, j’ai vu descendre des bouteilles de plongée, et de gros sacs en plus du matos habituel.

Et j’ai vu les trois bidons.

A l’heure du dîner je me suis infiltré dans leur position.

J’ai trouvé un compresseur et des bouteilles de plongée, les fameux bidons, vides, rincés mais avec une odeur de l’enfance dedans, ça ne me revient pas…

Et puis j’ai compris pour les bouteilles, quand j’ai vu le vivier à langoustes.

Ensuite j’ai trouvé une cabane fermée, vingt mètres carrés environ, en bonne vieille tôle ondulée rouillée, une cabane de pêcheur, quoi…

Sauf qu’elle m’a l’air bien costaud, cette cabane. Camouflé. On me la fait pas… Trop d’angles droits… Une porte en vielles planches mais avec des ferrures trop neuves, et puis de toutes façons, elle est trop droite, trop bien montée dans son chambranle.

C’est tout à fait le genre d’endroit qui paye pas de mine mais qui doit être blindé en alarmes en tout genre… Après examen j’en suis sûr maintenant, ils ont construit la bâtisse récemment, avec méthode et outillage, mais en utilisant des matériaux de récupération, à fin de camouflage.

Mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien branler, là dedans?

Un “plic plic” bizarre me fait le chercher un peu, je finis par le trouver sous un tas de vieilles tôles: Un compresseur de clim gros modèle, dernière technologie, ultra silencieux.

Ça m’a tout l’air d’être un laboratoire clandestin, ces mecs doivent transformer ce qu’ils reçoivent du Vanuatu…

Et ils se sont payé tout ça en trafiquant des langoustes vivantes pour des restos de Nouméa, je suppose.

Avant de rentrer à ma position, je fais un détour par la falaise, à un endroit où en s’effondrant elle a formé une sorte de butte qui s’y adosse, et j’y dépose une de ces petites balises si pratiques quand on fait le boulot que je fais.

Ça vibre dans ma poche, pas de sonnerie bien sûr. C’est Marino qui m’a envoyé un texto. “La prochaine fois je veux que tu me la mettes.”

C’est bien, au moins elle écrit en vrai français, et sans faute, en plus.

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Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
Chap.I – Chap.II – Chap.III – Chap.IV – Chap.V
Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


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fois. Thankiou bien !

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