Île et Aile

Lilite Dumont

Il est arrivé un bon matin en avion aux frêles ailes d’aciers.

Elle est née à quelques kilomètres de l’aéroport dans une tribu de la chaîne.

Il avait pour tout bagage un gros sac à dos et beaucoup d’ambitions.

Elle n’avait jamais quitté son île mais elle avait le rêve réaliste de parcourir le monde.

Il fuyait la métropole et le chômage. On lui avait dit qu’en Nouvelle Calédonie l’argent coulait à flot et qu’il n’y avait qu’à se baisser pour s’engraisser.

L’histoire du pays lui avait donné la double nationalité. Chez elle, kanak et française dès qu’elle quittait ses terres et ses cocotiers.

Il ne connaissait rien et tous ses amis étaient métropolitains. Si ce n’est la douceur étouffante du climat, il se serait cru pour un peu à la Roche sur Yon ou à Neauphle-le-Vieux.

Elle menait une vie d’une simple complexité faite d’étude et de travaux coutumiers. Elle croyait au progrès et aux anciens, à l’ancien progrès et aux progrès des anciens.

Il a trouvé du travail, un petit boulot de rien. Puis un autre et encore un qui lui faisait manger son pain.

Elle regardait son parcours avec l’envie de participer au développement du pays.

Il croisait de loin ces autochtones aux mœurs familièrement étranges et inconnus

Elle se méfiait des motivations des métros qui repartaient toujours aussi vite qu’ils étaient venus.

Il avait finit par trouver un studio mal insonorisé et hors de prix.

Elle rêvait d’un avenir pour ses neveux et ses cousins. Eduquer la jeunesse en devenir sans qu’elle soit obligée de sortir de la tribu.

Il rêvait de vendredis soirs et des sorties en boite de nuits.

Elle faisait des petits boulots pour avoir de l’argent de poche.

Il a dû quitter la capitale pour exécuter un contrat en brousse.

Elle a trouvé une formation à deux pas de chez elle.

Il a croisé son regard

Elle a vu qu’il la regardait

Ses yeux se sont brouillés

Sa tête s’est embrumée

Elle zozotait

Il ne pouvait plus parler

Elle tremblait

Il avait les jambes en coton

Ils ont mis du temps pour se parler mais quand ils ont commencé, rien n’a pu les arrêter.

Elle a parlé de son pays

Il a écouté son cœur

Il a parlé des ses passions

Elle n’écoutait plus sa raison

Il l’appelait Île

Elle l’appelait Aile

Quand elle a accouché de ce bébé, moitié moitié !

La peau ambrée, les cheveux bouclés, les yeux clairs

Ils ne faisaient plus qu’un

Ils l’ont appelé

Ilaile

Gwangélinhaël

Illustration : “Extrait de plante” par Lilite

Ecrit par : BoSS U (2299 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


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fois. Thankiou bien !

40 Commentaires

  1. je l’avais oublié celui-ci. Il est vraiment charmant. ça te va bien à la plume. est-ce que le cri ne serait pas en train de de venir un site romantique ? :mrgreen:

  2. Gwangelinhael dit :

    @Kal’hédoniste – Je crois que ton prochain texte nous le dira
    :mrgreen:
    Mais moi, je ne fais que m’adapter

  3. Gwangelinhael dit :

    J’oubliais… Merci beaucoup pour le commentaire sympathique et l’appréciation.

  4. Trapard Creteux dit :

    Moi aussi, je le trouve très beau, et touchant de la part de Gwangelinhael particulièrement lorsque l’on connait les Il et Elle (qui zozotte :mrgreen: ) en question.
    Après, je trouve qu’avec une autre lecture, détachée de l’intimité de Gwangelinhael, ce texte fait écho à une nouvelle dimension politico-sociale calédonienne très actuelle qui, s’il n’était pas question d’Amour dans chaque cas, me rendrait un peu sceptique quand à certaines démarches de socialisation professionnelle. Mais bon, bien que ce petit discours parvienne aussi souvent à mes oreilles, le propos de ce commentaire ne tient qu’à moi. Et c’est plus un questionnement ici, qu’une affirmation ou un rejet des uns et des autres. Comme beaucoup, je crains l’arrivée d’une crise professionnelle. Et au vu des facultés d’adaptation de ceux qui ont l’habitude des déplacements, face à l’autarcie handicapante et aux complexes d’infériorité légendaires des iliens, plus particulièrement chez les jeunes, je me laisse aller parfois aux suspicions et aux craintes.
    Mais encore une fois, c’est une autre grille de lecture personnelle que j’applique au texte de Gwangelinhael, car elle m’a sauté aux yeux en le lisant, mais le texte en lui-même, est mignon et romantique, et même pudique.

  5. Gwangelinhael dit :

    @Trapard Creteux – Je savais que ce texte trouverait un écho chez toi !
    Tous ces étrangers qui viennent manger le riz des calédoniens et voler nos femmes…

  6. Trapard Creteux dit :

    J’ajouterai aussi, bien que je sois déjà très loin du texte d’origine, que je me défends de xénophobie, puisque bien qu’ayant grandi à Nouméa, tout le socle de mon éducation est Métro transmis par générations.
    En ce mois-ci, en pointant à l’APE, je n’ai côtoyé dans la salle d’attente, uniquement des Calédoniens de toutes communautés, voire même des couches sensées être les plus apte à l’adaptation au monde du travail.
    Je réfléchis donc à haute voix encore, pour constater que priorités locales ou pas, les Calédoniens, et je m’inclus dans le lot, sont de grosses brêles lorsqu’il est question d’adaptation professionnelle, et je dois dire que rien n’est vraiment fait dans ce sens, exceptée une loi qui n’est qu’une cerise au-dessus d’un gâteau qui n’a jamais été cuisiné, donc peau de balle…
    Du coup, et j’ai envie de montrer les politiciens du doigt, car cette ambiance ramène les Métros, comme une victimisation, à une image de “bouffes merdes” qui leur revient comme un boomerang, tandis que les politiciens continuent de faire en sorte de faire fonctionner par ce biais, une petite économie locale qui remplace un principe touristique toujours laissé à l’abandon. Garder la NC au sein de la France signifie aussi faire des efforts intérieurs au sein du pays, en aidant les jeunes à une forme de compétitivité dans l’adaptation, dans la formation professionnelle, voire inter-culturelle pour les océaniens, au lieu d’engranger des lois qui n’améliorent en rien les facultés professionnelles et qui encrassent plutôt le tableau social calédonien.

  7. Trapard Creteux dit :

    @Gwangelinhael – Couillon :mrgreen:

  8. Trapard Creteux dit :

    @Gwangelinhael – Non, d’ailleurs pour déconner un peu, même s’il y a un fond de vérité là-dedans (rapport aux complexes iliens) : se faire “un petit cul blanc” ça a souvent été un peu, comme décrocher le pompon chez beaucoup de Calédoniens. :mrgreen:

  9. Trapard Creteux dit :

    @Kal’hédoniste:mrgreen: Toi, tu devrais proposer tes services à RFO, ton profile leur plaira sûrement 😉

  10. @Trapard Creteux – Hého ! Et tu fais quoi de l’emploi local ! 😈

  11. Tiens, y’a une pluie de phosphènes sur l’illustration ! Wilhelmina serait-elle hautement contagieuse ? 😉

  12. Trapard Creteux dit :

    @Kal’hédoniste – Les voilà, tes phosphènes :

  13. Trapard Creteux dit :

    @Kal’hédoniste – L’emploi local, j’en ai parlé au-dessus, c’est la cerise sur un gâteau qui n’a jamais vraiment existé.

  14. Trapard Creteux dit :

    @Gwangelinhael – Et désolé d’aborder ces sujets à partir d’un texte qui retrace un bout de parcours amoureux 😐

  15. @Trapard Creteux – c’est un peu ta spécialité, non ? 😉

  16. Trapard Creteux dit :

    @Kal’hédoniste – Pour les textes d’amour, peut-être 😳 Pour ce qui est des commentaires hors-sujets en général, je ne suis qu’un vermisseau et ton humble disciple 😉

  17. Wilhelmina dit :

    C’est trop meugnonnn ! j’adore ce passage :
    Il l’appelait Île
    Elle l’appelait Aile

    Roche sur Yon : t’es vendéen ??

    bref, c’est trop joli…(Trap chuuuut)

  18. Wilhelmina dit :

    trop tard, Trap a encore balancé un lien à la con ! 😯

  19. Trapard Creteux dit :

    @Wilhelmina – Mais euh ! 👿 Comment veux-tu qu’on arrive à placer des sujets de débats sur un blog dédié à la poésie et à l’amour 😥 Moi je ne suis pas amoureux et je pointe au chômedu, donc désolé de ne pas parler des beautés intérieures et de l’eau des ruisseaux dans laquelle ne vont plus s’épancher mes muses, qui poirotent dans les files d’attente avec des tickets numérotés…

  20. G. dit :

    Moi j’ai trouvé ça très beau quand je l’ai lu ce matin, mais je n’ai pas osé commenter, parce que à quoi bon? Ca aurait intéressé qui? Alors j’ai juste cliqué sur “j’aime”…
    Je l’ai trouvé très beau ce texte parce qu’il est vrai. Plein de candeur et de spontanéité, comme les kalédoniens… Et que c’est une histoire sans cesse renouvelée depuis que les premiers hommes sont arrivés sur notre archipel… Ça existe d’ailleurs un peu partout depuis beaucoup beaucoup plus longtemps… 😉
    Vous devriez relire Jean Hougron, et R. Kipling…
    Lorsque l’amour triomphe des préjugés, pour transcender les différences… 🙂
    Bref, j’ai beaucoup aimé.

    Allez, cadeau, de ce bon vieux Kipling:
    🙂

    OH, East is East, and West is West, and never the twain shall meet,
    Till Earth and Sky stand presently at God’s great Judgment Seat;
    But there is neither East nor West, Border, nor Breed, nor Birth,
    When two strong men stand face to face, tho’ they come from the ends of the earth!

  21. Gwangelinhael dit :

    @G. – Bonjour G.
    Par deux fois, j’ai lu que tu n’aimais pas commenter parce que à quoi bon !
    La première fois je voulais réagir mais je l’ai pas fait car pas touché mais ici, comme c’est sur mon texte, j’avais envie d’exposer le fond de ma pensée. Tu sais, G., un commentaire ça fait plaisir, ça encourage même.
    Même si ce n’est qu’un petit “j’aime bien”, ça montre à l’auteur que le texte trouve un écho chez un lecteur.
    Alors bien sûr, si c’est comme dans le cas présent, “J’ai trouvé ça très beau” ou “Bref, j’ai beaucoup aimé” et bien ça fait énormément plaisir à l’auteur qui dans le cas présent se dit, que tiens, il va continuer d’écrire et de proposer à la publication certains de ses textes.
    Bref, merci beaucoup G. pour ce commentaire plus que sympathique.
    Merci aussi Wilhelmina, ton commentaire est aussi très plaisant.
    Trapard, pourquoi n’écrirais-tu pas un article à débat sur ces questions qui te taraudent dans les files d’attente de l’APE ?

  22. C’est vrai ça, Trap. Je faisais remarquer au Boss, que ton écriture gagnait en assurance et en style. ce serait bien de nous gratifier d’un article engagé que nous pourrions commenter avec des mots d’amour et des noms de fleur 😉

  23. Trapard Creteux dit :

    @Kal’hédoniste – Je l’ai fait pendant des années, amigo. Sur ce même site. Si tu remontes le fil des archives du cri du cagou, tu liras des textes complets, sur des sujet dont certains n’utilisaient que les mots politiques-clé à la mode.

  24. G. dit :

    Chic! On va pouvoir s’engueuler comme sur Calédosphère… (lol)…

  25. @Trapard Creteux – je n’ai pas oublié, et c’est bien pour ça que ça me manque !

  26. @G. – D’ailleurs, tu voudrais pas aller y faire un tour pour voir si on y est ?

  27. G. dit :

    J’en arrive, Kal…

    Tu auras peut-être remarqué que j’ai écrit “lol” entre parenthèses, en général on écrit ça pour être bien sûr que tout le monde comprenne que l’on est en train de plaisanter.
    Habituellement ça fonctionne, mais pas toujours apparemment.

  28. @G. – J’entends bien, je me suis emballé. Mais sans déconner, tu veux pas rester sur Calédosphère quand même ? Euh…LOL ?!

  29. G. dit :

    Ma foi…
    J’avais des raisons qui me poussaient à fréquenter et publier sur le Cdk, mais je peux reconsidérer ces raisons, et aller voir ailleurs si j’y suis.
    Après tout, on est douze à fréquenter ce blog, vous ne serez plus que onze, et puis voilà…
    J’ai fini d’écrire ce que j’avais envie, je me suis bien amusé, je peux envisager de passer à autre chose.

  30. Navré, je n’ai pas la délicatesse du Boss. Je suis une carne. Mais là, j’ai sans doute exagéré. Néanmoins, cela aura permis de révéler ton opinion condescendante sur le Cri.

  31. BoSS U dit :

    Hé ! C’est quoi, ce bordel…
    Je tourne le dos 5 minutes et on se chamaille… 👿 👿
    Non, mais, ho !
    Vous pouvez pas allez polluer ailleurs avec vos aigreurs
    Kal’, je sais que c’est par jalousie que tu fais ça… En effet, ce n’est pas une de tes poésies qui est admirées alors tu cherches à faire fuir les gens qui laissent des commentaires… C’est petit, petit, petit… Tout petit.
    G. ? Faut pas être susceptible non plus. Tu sais personne ici ne prête attention aux dires de Kal’hédoniste qui est d’un naturel… heu… comment dire… trop lol, et surtout quand il a bu…
    On arrête de déconner, on se reprend !
    Non mais

  32. Is she weird dit :

    ça y est le Cagou aboit !

  33. Is she weird dit :

    Sinon ton texte est magnifique Boss U ! Il a réussi à me toucher et ça c’est plutôt rare ..

  34. Gwangelinhael dit :

    @Is she weird – Merci beaucoup Is she weird, même si le texte n’est pas signé BoSS U, j’avais compris que le compliment s’adressait à moi
    😉
    @Trapard Creteux – Ne préjuge pas, s’il te plait, de la portée autobiographique de ce texte qui ne l’est pas. S’il peut sembler y avoir des similitudes entre les parcours d’Ile et Aile et ma vie, c’est parce que je nourris ma fiction avec mes tripes mais je n’ai pas raconté mon histoire, ni celle de ma femme qui sont, comme la vie, nettement plus complexes qu’un brin de
    poésie.
    😉

  35. Lilite dit :

    Sinon, pour faire simple, merci Gwangelinhael, voilà tout à fait le genre de poèmes qui font du bien : à l’âme, aux yeux, à la culture, au langage, au coeur…. Bref, merci.

  36. Trapard Crêteux dit :

    @Gwangelinhael – T’inquiètes, je vous connais 😉
    Et je ne visais pas ton texte, tu l’as compris je me doute. Ton texte est universel. Tellement universel que tout le monde s’est déjà raconté cette histoire, au fond de lui, ou en vécu.
    J’ai juste parfois des “comportements de colonisé” dans la galère, dans le flou socio-politique ambiant, et particulièrement avant les élections. J’accumule puis j’explose sur un texte romantique complètement détaché de mon sujet d’explosion, quitte à passer pour un gros facho de base. 😉
    Voila, donc merci pour ton texte.

  37. Gwangelinhael dit :

    Merci beaucoup Lilite
    Merci aussi Trapard. On sait bien que tu n’es pas un facho. J’avais bien compris.
    😉

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