Bientôt au “Fleuve noir”, “Les aventures de Momo le chibré” – 8

Et oui, c’est déjà vendredi. Les semaines sont comme les jours, courtes en ce début de saison fraîche. Mais ce n’est pas une raison pour louper notre feuilleton hebdomadaire : Momo le chibré.

Vous avez loupé le début ?

Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3, Chapitre 4, Chapitre 5, Chapitre 6, Chapitre 7

J’ai appelé Mitch à Langley, il ne peut rien me refuser. C’est beau la technologie quand même; la résonance magnétique culmine à deux mètres vingt à l’Est/Sud-Est de là où j’ai posé ma petite balise. C’est leur satellite qui dit ça, ils sont équipés ces américains.

A part braconner les langoustes, je ne sais toujours pas ce que mijotent mes surfeurs. S’il y a production, il y a livraison. Et là, rien.

Je me souviens maintenant, l’odeur dans les bidons, c’est presque celle du sirop pour la toux que me donnait maman quand j’étais petit.

Codéine. Ils doivent synthétiser un truc, d’où leur consommation d’énergie, et le gros clim dans le labo.

-Massy Palaiseau?

-Ah c’est vous Maurice, comment ça se passe?

Au téléphone je lui fais un topo rapide au colon, il m’engueule à moitié; il en a rien à branler des langoustes, et d’ailleurs j’ai qu’à aller bouffer au mess-off, je les verrai probablement mes langoustes, que je le prends pour un con ou quoi? Qu’il me paye pas pour chasser les braconniers, qu’il y a des gardes champêtres pour ça…

-Ici ont dit “braconneurs” mon colonel…

Là il m’envoie chier pour de vrai, qu’il veut savoir pour les canassons, que y’a que ça qui l’intéresse, que tout ce qu’il veut c’est que cette bande de cons de caldoches et de kanaks aillent pas se refoutre sur la gueule comme en 84, qu’il s’est pas tapé trente cinq ans d’armée pour pas pouvoir profiter de sa retraite indexée au soleil, merde alors!

Bein oui, mais moi pour l’instant j’ai rien. Ou plutôt rien envie de lui dire; j’ai passé sous silence les soupçons que je nourris au sujet de ce qui est peut-être un labo clandestin, de toutes façons, je ne suis sûr de rien.

Encore une journée à planquer en attendant la nuit. J’en profite pour dormir un peu, quatre heures, un vrai sybarite… En opé y’a des fois quand tu peux dormir vingt minutes, t’es content… Puis quand le soir est enfin tombé je peux retourner sur la butte au pied de la falaise, à cinquante mètres du camp, là où j’avais placé ma balise, deux mètres-vingt à côté.

Vingt minutes à la pelle US, et je trouve de la grosse tôle ondulée. Bingo, c’est une demi-lune enterrée, ils ont dû faire s’ébouler de la terre devant pour la camoufler avant de repartir en 1945.

Avec la mini perceuse électrique que j’ai pris soin d’amener, je fore un trou dans le métal, pour y faire passer une de ces toutes petites sonde-caméras qu’on fabrique maintenant, tu sais? Presque la même que celle qu’ils t’ont mise dans le fion quand ils t’ont fait ta coloscopie, mais en mieux encore.

Il y a au bas mot une centaine de tonnes de munitions planquées dans le dock souterrain, des bombes de deux cent cinquante kilos pour les zincs de l’USAF, des obus de mortier de l’USMC, et tout un tas de caisses soigneusement rangées que je soupçonne de contenir autre chose que des marshmallows.

Au bout de quatre heures de labeur silencieux, j’ai percé une ouverture suffisante pour pouvoir me glisser à l’intérieur, et j’ai un peu rangé tout ça à ma façon. Les caisses contiennent des grenades pineapple, je m’en doutais un peu.

J’ai placé un demi pain de semtex sur l’une des grosses bombes de 250 kg, avec un petit montage électronique à ma façon, et puis pour être bien sûr d’obtenir la réaction en chaîne que je souhaite voir se produire, j’en ai mis l’autre moitié dans une des caisses de grenades, après en avoir dégoupillées quatre que j’ai soigneusement remises en place. Si mon premier montage ne fait pas péter la bombe, on ne sait jamais, la petite explosion éparpillera les grenades hors de leur caisse, dès qu’une de celles que j’ai dégoupillées sera libérée, elle pétera, faisant sauter les autres, qui feront exploser le reste…

Mon dos dégouline de sueur, mon front aussi, mes épaules, mes cuisses. Déjà que les quatre heures à la scie à métaux, et en silence, c’était pénible, mais là je suis en train de manipuler des vieilles merdes explosives entreposées là depuis soixante dix ans, à la moindre connerie, au moindre faux mouvement, je me transforme en lumière et chaleur avec la garantie qu’on ne retrouvera absolument rien de moi…

-Tu sais quoi Philippe? Les kanaks, ils ont un seul truc de bien, c’est leurs filles… Attention, j’ai pas dit leurs femmes, hein? Leurs filles…

Passé quinze ans c’est plus la peine…

Un brave con, ce Robert. Un sympathique beauf raciste comme il y en a plein ici. Juste un blanc qui s’est tellement fait traiter d’enculé de blanc qu’il est DEVENU un enculé de blanc…

Sa vie c’est ses chevaux, la chasse, son bétail. Il doit violer une nymphette de temps en temps, dans la caférie, ou par là, ou alors il paye.

Il n’a jamais fait jouir sa femme, c’est elle qui me l’a dit, il la grimpe de temps en temps dans le noir, vite fait, par sens du devoir je suppose.

Elle se rattrape avec les troufions du camp de Nandaï, elle aime bien les militaires, dommage que je sois cuistot, j’aurais pu être soldat, elle dit…

Ils viennent boire un coup au bar de l’hôtel de temps en temps, les mecs de Nandaï, et moi j’y traîne le soir en attendant Maria Magdalena, Nana si vous préférez. J’aime bien son nom à Nana… J’aime bien ses mains aussi, et son rire, et ce drôle de frisson qu’elle me donne à chaque fois qu’un de ses petits seins durs frôle ma peau.

Elle est au bar ce soir, j’ai mes deux glaçons qui fondent tranquillement dans mon Jack Daniel’s, je les fais tourner dans mon verre, et je déguste la première gorgée, juste comme j’aime, rafraîchi mais pas trop dilué.

-Oh! La ponoche! Un pichet!

Nana n’a pas bronché, elle doit avoir l’habitude.

Je bois une autre gorgée, puis je me lève.

Qu’est-ce que ça peut avoir l’air con un bidasse zoreille en chemise hawaïenne… Je m’approche de la table des trois abrutis, puis m’adressant à l’endive rouquine qui a parlé…

-Pardon jeune homme je trouve que vous avez eu avec mademoiselle un excès de vocabulaire inapproprié, et je vous prie de lui faire des excuses sur le champ…

J’aurais peut-être dû faire avocat, après tout… J’aurais plaidé, inscrit au barreau de Nouméa, j’aurais défendu les voleurs de letchis, ou alors ceux qui leur tirent dessus…

Le mec me regarde interloqué, il n’est pas soûl, mais chaud, ses potes aussi.

-Kestata? Vat’faire enculer, oh!

Sur la table, je m’empare du pichet de bière presque vide et lui en balance le fond dans les yeux, puis, moyennant une rotation d’un quart de tour du poignet accompagnant un ample balayage latéral de mon avant-bras droit, j’éclate le susdit pichet dans la tronche de son pote, qui vient de se lever. Il tombe la gueule en sang. Plus de son, plus d’image.

J’ai déjà sauté sur l’endive qui se tient fléchi, aveuglé qu’il est par la bière dans ses yeux, gêné par sa chaise en bascule derrière ses genoux.

J’ai juste à lui faire finir de perdre l’équilibre, et à lui placer un petit necklock pour l’endormir quelques secondes; le troisième se jette sur moi, je l’accueille avec mon genou dans le sternum, et comme il se tient debout cassé en deux, même motif, même punition: Je l’agrippe par les épaules, lui passe le bras autour de la nuque, et lui administre une dose de somnifère, transit par les cervicales.

L’endive est groggie, elle tente de se relever. Je la relève par son col, la traîne jusqu’au bar devant Nana, et lui éclate la gueule sur son rebord. Une fois. Deux fois. Trois fois. Il s’affale, deux dents à lui sur le carrelage.

Nana me regarde, de ça aussi elle doit avoir l’habitude.

-T’es content? Et maintenant on va être emmerdés… Barre toi. Tout de suite.

On a dormi ensemble pour la première fois cette nuit là. Je la tenais dans mes bras, j’essayais de couvrir chaque centimètre carré de sa peau avec ma peau à moi. Elle m’a parlé. Elle m’a dit pourquoi elle avait pleuré l’autre fois dans la petite forêt de gaïacs.

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Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
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Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


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fois. Thankiou bien !

7 Commentaires

  1. bounane dit :

    “Juste un blanc qui s’est tellement fait traiter d’enculé de blanc qu’il est DEVENU un enculé de blanc…” bref, tu veux dire que c’est quand mm la faute des kanak koi 😎 ils zavaient k’à pas le traite d’enculé le pov, il serait resté intelligent. Enfin “juste un blanc” koi…

  2. Trapard Creteux dit :

    @bounaneur – Comment est-ce que tu fais pour être aussi con que moi ? 😉

  3. Bounane dit :

    @ Trapard : 😎 je suis ton père

  4. Trapard Creteux dit :

    @Bounaneur – NNNNOOOOOOOOOOONNNNN !!!!! :mrgreen:

  5. BoSS U dit :

    Nous sommes ce que les autres nous voient.
    Enfin, je crois.
    Et en partie seulement.
    Encore un épisode de Momo le chibré que j’apprécie beaucoup. Décidément, j’aime bien cette histoire et j’aime toujours autant le style.
    Et si le Fleuve noir ne veut pas l’éditer, on pourrait peut-être demander au Cri de le faire, non ?

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