Madame votre feuilleton du vendredi, “Les aventures de Momo le chibré.” (6)

Désormais, ce n’est plus la peine de présenter notre feuilleton hebdomadaire : Momo le chibré, l’histoire d’un barbouze en goguette à Bourail.

Vous avez loupé le début ?

Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3, Chapitre 4, Chapitre 5.

-Il est bon Momo ou quoi?

Je lui souris, je commençais à trouver le temps long. Je lui tends une cartouche de douze-sept que j’ai trouvée sur le tombant du récif il y a quelques minutes, un joli brin de corail a poussé dessus.

-J’ai plongé un peu en t’attendant…

-Pourquoi t’as pas ramené une langouste ?

-En bouteilles ? Tchâa… c’est immoral…

-T’as un sens moral, toi Momo ?

On rigole, il m’aide à remonter sur le bateau.

-Y’en a des caisses en bas, du gros aussi…

-Ouais je sais, à Wallis ils en ont jeté plein dans un lac, dans le cratère d’un volcan éteint…

-Alors ? Il demande.

-Du trafic. Des plaisanciers balancent des trucs à la flotte en passant à marée haute, les surfeurs les récupèrent discrètement…

-Coke ?

-Peut-être, ou alors matos.

Ils sont à pas loin de deux nautiques de nous, les surfeurs, de l’autre côté de la passe. Pour ne pas éveiller leurs soupçons on ne va pas redémarrer tout de suite; Fili est arrivé en catimini, je suis monté à bord le plus discrètement que j’ai pu, mais quand même…

On repart par l’autre côté, quand on s’est éloignés un peu il fait un peu gueuler les deux fois 300hp quatre-temps qu’il a au cul du semi rigide. Moteurs préparés, hélices en carbone, foiler, c’est une vraie torpille de corsaire, son bateau, un truc fait pour partir à douze mecs décidés prendre à l’abordage n’importe quoi qui flotte ou navigue.

Je le sens heureux, mon wallis, il sourit. Il a ça dans le sang; à Calvi c’était tout le temps lui aux commandes du Zodiac, quand on partait en entraînement commando.

Après tout, c’est pas parce qu’on est en service commandé qu’on a pas le droit de rigoler un peu; le bateau saute sur les vagues, bondissant de l’une sur l’autre, s’écrasant de temps en temps dans une gerbe d’écume. Ça tape sec par moments, je suis debout comme lui, genoux fléchis je me tiens à un bout attaché à la proue. C’est plutôt fun, j’aime bien, pas comme quand il fallait faire dégager les mecs de Greenpeace ou de Sea Sheperd, dans les eaux australes, quand j’étais au Hubert. Déjà il fait moins froid. Et puis je ne me demande pas qui a raison d’eux ou de moi… Ça peut arriver, ça, quand même, qu’on se pose des questions quand on est un soldat.

Au slip de mise à l’eau il n’y a personne, on remonte vite fait le canot semi rigide sur sa remorque. Il a beau avoir peint les deux hors-bord à l’arrache, ça manque un peu de discrétion, ce sont des connaisseurs en brousse, un bateau comme ça… Au mieux tout le monde doit le prendre pour un braconnier…

Je me rince à un bidon d’eau douce, puis je me change, short, baskets, Fili va me larguer en terrain isolé, ensuite je finirai mon jogging comme si de rien n’était…

Il m’a à la bonne le Robert, surtout depuis que je lui ai réparé son Land. Bon, faut dire que c’est moi qui l’avais saboté…

Oh, pas grand chose, un peu de boue dans la durite de mise à l’air de son réservoir, avec une aiguille au milieu. Quand la boue a eu un peu séché, j’ai enlevé l’aiguille, ça faisait un tout petit petit peu d’air qui passait quand même, alors il ne tombait pas en panne tout de suite, mais il tombait souvent en panne, et finissait toujours par redémarrer quand même. Au bout d’une semaine ça l’énervait vraiment…

Un matin, en footing, sur la route qui mène chez lui, comme par hasard, je me suis arrêté.

J’ai fait semblant de chercher un quart d’heure, la gueule sous le capot, et puis j’ai “trouvé”. Depuis on est potes. Sauf qu’il m’a bien dit de ne pas m’approcher de sa fille, par contre, il n’a rien mentionné au sujet de sa femme…

La quarantaine burinée sa femme, la peau mordorée cuite au soleil des gens de la terre, le cheveu châtain bouclé qui tombe sous les épaules, métissage lointain, qui affirme un peu la dureté des traits de son visage, grande bouche aux lèvres charnues, ce qui m’arrange bien, j’aime à avoir mes aises. Elle a quelques taches de rousseur sur le visage qui mettent en valeur ses yeux verts d’orchidée caldoche, ça change des roses anglaises…

Belle femme, grande, découplée, mince, les attaches fines, elle nous sert le sky sous la terrasse en tôles ondulées, la nuit tombe doucement, c’est mon soir de repos.

Il est sympa Robert, me parle de ses passions, enfin, sa passion, le cutting. De l’éducation équestre pure, là on ne parle plus de “dressage”, on doit “couper” (séparer) un veau du reste du troupeau dans un enclos et l’amener dans un autre enclos. Chrono, juges, commissaires, et tout et tout… Il est allé en Australie juste pour ça Bébert, pour voir “comment i’ font les pokens”… Il a même appris à son cheval à mordre les veaux pour les faire aller plus vite, si si…

Marie Noëlle se baisse pour poser les glaçons sur la table basse.

Sainte mère de Dieu, priez pour moi pauvre pécheur…

Elle a sur elle une paire de loches dont je ferais bien volontiers un polissoir à gourdin, lourde poitrine de femme ayant enfanté, à travers son soutien-gorge de dentelle blanche, je peux voir de gros tétons insolents, et de belles aréoles brunes de métisse…

Va falloir que je passe un de ces matins boire le café, moi…

Quand Robert sera au cul de son bétail, avec ses chiens…

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Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
Chap.I – Chap.II – Chap.III – Chap.IV – Chap.V
Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


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fois. Thankiou bien !

8 Commentaires

  1. Garout dit :

    @ Bossu : Madame, votre feuilleton blablabla ? c’est cool, maintenant je suis sûr de mon sexe ! quoique… 😯 🙄 😕

  2. Garout dit :

    bref, à quand un feuilleton pour les hommes ? 👿

  3. G. dit :

    Ah oui, tiens, j’oublie tout le temps, mais la 338 elle a perdu son bipode.
    Mais je dis juste ça comme ça, hein, je voudrais pas avoir l’air de faire des reproches… 🙂

  4. BoSS U dit :

    @Garout – Bonjour,
    J’ai mis de côté ma rigidité proverbiale pour le feuilleton de G., laissant l’auteur nommé ses chapitres. Oui, sinon, avec moi aux commandes, tous les chapitres se seraient nommés “les aventures de Momo le Chibré chap. X” sans autres fioritures. Je tiens seulement à ce que le titre original apparaisse à chaque fois. Ainsi, je laisse à G. le soin et le loisirs de délirer un peu autour des chapitres de son feuilleton. Si le feuilleton en général est une affaire de magazine féminin, la description de personnages féminin voluptueux ma parait un trait d’observation bien masculin. Voilà qui devrait plaire à tous nos lecteurs.
    😉
    @G. – La 338 a en effet perdu son bipode dans les séparations de paragraphes. Le fusil me paraissait plus esthétique en silhouette son son pied. A travers “les aventures de Momo le chibré”, le cri du Cagou s’adresse :
    – aux femmes : avec son format feuilleton
    – aux hommes : avec ses héroïnes plantureuses.
    – aux esthètes : avec son fusil style et stylisé
    😎

  5. G. dit :

    Je m’étais un peu douté qu’il y avait derrière ça un parti pris d’esthète…
    Maintenant, sachant que le joujou pèse un peu plus de huit kilos à vide… 🙂
    Mais bon, on est dans la fiction, hein?… 😉

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