Les aventures de Momo le chibré (4, la suite de la dernière fois)

Et si aujourd’hui, nous étions à la veille d’un week-end et si nous disions qu’il était 17h14. Alors ? Ça donnerai quoi ? Et bien un nouvel épisode de notre feuilleton hebdomadaire : Momo le chibré. En plus, nous avons compris d’ou le bonhomme tenait son surnom. Et bien, c’est le moment de retrouver la suite.

Vous avez loupé le début ?

Les aventures de Momo le chibré. (feuilleton, 1), Les aventures de Momo le chibré (la suite. 2)Les aventures de Momo le chibré. (3, la suite de la suite),

On descend un petit talweg encombré de goyaviers dans le jour naissant, les deux kanaks et moi.

Chanel a un douze, avec de la Brenneke dedans, Doui porte une 270 Winchester, il va pieds nus, Chanel.

Ils m’ont filé un 22 long rifle, un cinq-cinq quoi…. Je me demande ce que je vais bien pouvoir en foutre, ils doivent faire les notous d’habitude, avec ça.

On marche bien, on a attaqué par une colline, quand j’ai demandé où on allait. Ils m’ont dit “Beiin, chez mon con… Il a du pâturage, c’est là que les cerfs i’vont…”

Quand je suis arrivé à la tribu avec mon fourgon, à cinq heures, ils étaient prêts, ils finissaient de boire le café. On a pris la 404 bâchée, je suis monté derrière avec les flingots.

On a aperçu la mer, en descendant, une petite rivière serpente dans la vallée qui commence à s’éclairer. On marche encore un peu, et nous voilà rendus au sommet d’une petite crête, Doui se baisse brusquement puis se met à genoux, nous l’imitons.

A une centaine de mètres de nous en contrebas trois biches sont là, avec trois jeunes faons, et deux jeunes de l’année dernière. Elles ne nous voient pas, nous avons le soleil dans le dos, et le vent de face.

Couché dans l’herbe, Doui épaule sa carabine et vise.

Je ne réfléchis plus, il n’y a pas à réfléchir.

J’ai un objectif qui me fait face, guidon, grain d’orge, objectif.

Parfaitement alignés. Ordre de faire feu?

Quand j’ai entendu la détonation de la carabine de Doui, la mienne n’a pas bougé d’un dixième de millimètre.

Quelques grammes de pression sur la queue de détente, et l’autre en face est mort. Ou pas. C’est tout ou rien. One shot, one kill.

Doui est estomaqué, on a eu du mal à les faire, les cents mètres dans les cassis, mais on les a faits vite quand même.

Rapidement on a saigné les bêtes, et on les a éviscérées.

On a pas le temps de dépecer, bien sûr, mais on laisse tout ce qui ne sert à rien, tête, boyaux.

-L’eencuuléé, mais t’as tiré lui en boute dans la tête, juste entre les deux yeux… l’eencuuléé… Eh, mais comment t’as su que j’allais tirer l’aut’?

-Il était de profil, plus facile…

Chanel a pris la Winchester, il a son douze en bandoulière, Doui et moi avons pris un bestiau chacun, j’ai gardé mon arme, question d’habitude, ou de principe, va savoir.

On marche, le soleil est là, qui tape, et maintenant on l’a en face. Un bruit de moteur, qui s’arrête. Un coup de feu qui claque au loin. Pii! Tii! Youu!… Longue portée. L’écho dans la vallée, dans les talwegs, déchirant le calme, partout.

-L’eenculé, c’est mon con… cours, cours!…

Alors on a couru, mais on a pas lâché la viande, j’ai avis que ces gars là chassent pas pour s’amuser.

On a couru, et quand c’est devenu à pic, on a continué à courir.

Quand on court des fois on réfléchit pas, parce qu’il ne faut pas réfléchir, il faut être aux aguets, voir où on met chaque pied, une cheville tordue et c’est la mort.

On a pas à réfléchir, on cherche à optimiser chaque foulée, à transcender chaque millilitre d’oxygène. Courir. Ou mourir.

Afghanistan. J’ai Nono sur mon dos, c’est Rouquin qui porte mon sac, ça abreuve de partout derrière nous, ils nous ont débusqué au petit matin, ça faisait trop longtemps qu’on était là.

Il est mort Nono, mon frère, on a fait nos classes ensemble.

Il est mort et je le ramène. Parce qu’il faut.

Il ne pèse rien sur mes épaules, mon ami, mon frère.

Je cours.

“La mission est sacrée, tu te dois de l’accomplir jusqu’au bout, au combat tu n’abandonnes ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.”

Combien de fois au garde à vous au camp Raffalli, à Calvi, je l’ai beuglé en choeur ce serment…

Nono, lui, je lui l’ai connu quand je suis rentré dans la Marine, ensuite on était sur la filière afghane ensemble, à dégommer les talibans qui passaient la frontière.

J’ai arrêté de courir, pour me repérer, et pour voir si les autres suivaient. Chanel porte le cerf, Doui porte les fusils, il a l’air exténué.

-C’est bon, là, même avec son Land i’ peut pas nous rattraper… Eh, mais l’eencuulé, tu cours bien toi mon con…

-Je fais du sport…

On a chargé les deux bêtes dans la benne de la camionnette, je suis monté derrière avec mon fusil, à notre arrivée la tribu est bien réveillée, chacun vaque, s’affaire…

La vieille nous accueille en souriant de tous ses chicots, on va boire le café…

Nana est là, qui vient nonchalamment s’asseoir à notre table.

-C’est qui qu’a tiré?

-C’est nous deux… eh tu connais, lui, là, c’est un booon tireur mon mec…

-Aah ouuiii?… elle minaude…

Le cousin en prend ombrage, “Eh t’as pas du travail à faire, toi?

-Je te signale que pendant que toi le soir tu regardes la télé, moi je travaille, alors là je me repose…

-Tu travailles à quelle heure? Elle me demande.

-Dix heures. Je la regarde.

-Eeheh, moi aussi, tu m’emmènes avec ton fourgon?

-Si tu veux, mais il faut qu’on parte un peu plus tôt, que je puisse me doucher.

Sous sa belle peau noire je suis sûr qu’elle a rougi.

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Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
Chap.I – Chap.II – Chap.III – Chap.IV – Chap.V
Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


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fois. Thankiou bien !

9 Commentaires

  1. chasseurdetête dit :

    “A une centaines de mètres de nous en contrebas trois biches sont là, avec trois jeunes faons, et deux jeunes de l’année dernière. ” trop fort le chibré, il reconnaît des jeunes de quand il était même pas encore là.

  2. G. dit :

    T’as pas dû chasser souvent, chasseur… 🙂

  3. rasskass_rouge dit :

    c’est du bon, continue l’chibré…. 😀

  4. BoSS U dit :

    Wouah, moi aussi je suis sous le charme du chibré.
    Excellent épisode ma foi, mon préféré depuis le début du feuilleton. Cette partie de chasse est particulièrement bien racontée et bien rythmée.
    J’aime beaucoup et voilà que j’attends déjà la suite

  5. G. dit :

    Et pourquoi y’a un “s” à “centaine”, d’abord?
    Encore un coup à René, ça…
    Fumier d’chat…

  6. BoSS U dit :

    @G. – Corrigé 😉

  7. G. dit :

    Faut pas taper les chats, BoSS… Une bonne engueulade suffit… quoique, avec René on a un cas difficile de refus de l’autorité, mais bon…

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