Les aventures de Momo le chibré. (3, la suite de la suite)

Aujourd’hui, c’est vendredi. Il est 17h14. L’heure pour nous de retrouver notre feuilleton hebdomadaire.

Vous avez loupé le début ?

Qu’à cela ne tienne ! Il était une fois, à Bourail… Non ! Non ! Je vous arrête tout de suite : Vous voulez connaître le début, allez le lire en cliquant sur le titre des épisodes précédents. 

Les aventures de Momo le chibré. (feuilleton, 1)

Les aventures de Momo le chibré (la suite. 2)

Tout est calme dans la tribu, serein. A part un poste de radio au loin, presque inaudible, qui crachote du kanéka, polluant le silence.

Il y a une odeur de lessive qui flotte, de fumée aussi, comme toujours dans les tribus, l’odeur du petit feu dans la case en peau de niaouli et en paille de dixe.

ls m’ont invité à boire le thé, mes deux kanaks, la vieille nous amène le pain et la margarine Allowrie dans le gros pot en plastique, il y a une bouteille de miel sur la table, une bouteille carrée de Johnny Walker réutilisée, et de la confiture de tomates vertes dans un ancien pot de mayonnaise Kraft.

La toile cirée colle un peu, je touille le Sunshine dans mon bol, j’aurais dû le mettre avant de verser le thé, ça fait des grumeaux.

Un… …chien, de race indéterminable, approche.

-Tu sais à quoi on reconnaît un chien kanak?

Je regarde Doui, levant les sourcils l’air interrogateur.

-Quand i’ vient vers toi, comme ça… Toi tu avances la main, comme ça, pour le caresser… Mais lui, i’ barre… passk’il a peur, mon con… i’ croit que tu vas l’astiquer…

J’ai bien sympathisé avec mes deux mecs, ils me font rire, l’inévitable se produit, l’un des deux sort de sa poche une boule de papier journal…

-Shhh… hé! C’est quoi ces manières de fumer en juif, comme ça?

…La petite serveuse du resto de l’hôtel… D’où est-ce qu’elle sort cette expression?… Roulée comme un petit pain au chocolat, vingt deux, vingt trois ans… Jean délavé moulant, T.shirt “Rammstein” noir, trois perles vert-jaune-rouge au bout d’une natte dans ses cheveux. Deux pointes énervantes sous le T.shirt, des yeux de biche, la bouche qui donne envie de mordre.

-Saluut cuistôot, alors, comme ça on vient se lâcher des gros ouanes à la tribu pendant la coupure?

On rigole, elle me fait la bise.

On se prend en photo, tous les quatre, et puis elle prend la pose assise sur mes genoux, photo, photo…

Quand elle se relève, elle se tourne vers moi avec un regard étrange, l’air de se demander si j’ai un lampe torche dans la poche…

Je la regarde en souriant, droit dans les yeux, et dans mes yeux verts elle peut lire que, oui, c’est du lard, mais c’est aussi du cochon.

Je la sens troublée la petite. On verra ça plus tard, mais pour les fraîches nuits de Bourail en avril, j’aimerais bien qu’elle me tienne chaud, un peu…

La conversation a dévié sur “mon con, là, en bas”… l’est parano, çui-là, avec ses cerfs et son bétail…

-Eh! Toi, tu connais chasser?

-Ouais, bof, pas trop…

-Mais tu connais tirer au fusil?

-Un peu… J’ai appris, à l’armée, y’a longtemps…

-Bein viens, nous on va aller chasser demain…

Nana s’esclaffe.

-Vous deux vous allez chasser avec lui? Mais demain quand vous allez vous réveiller ça sera déjà huit heures, vous allez chasser quoi?

Un chouïa vexés, les deux conviennent qu’on se retrouvera à cinq heures demain, sur le chemin qu’on a fait ensemble, un peu plus haut.

Nana me questionne, me demande si j’ai voyagé, si j’ai déjà été en France, en Amérique…

Je raconte… souvenirs inventés mêlés à un peu de vrai.

Je sens son pied contre le mien sous la table…

-Si tu veux t’à l’heure on part travailler ensemble…

-Un peu plus tôt, alors, que j’ai le temps de prendre une douche…

C’est le tonton qui nous amène bosser, dans son minibus; depuis la loi sur les bennes de camionnettes, on voit beaucoup de minibus dans les tribus. J’ai pris la place du passager, Nana est appuyée derrière moi, les avants bras sur le haut de mon dossier, elle bavarde, par moments je sens ses cheveux sur ma nuque, sur mon épaule.

Elle sent bon, le monoï dans ses cheveux, la savonnette.

-Tu peux entrer si tu veux, bienvenue dans ma somptueuse demeure…

Elle pouffe, s’assoit sur la chaise en formica, allume la télé.

Elle continue à bavarder, elle babille, je lui réponds, conversation à travers le rideau de douche, par la porte entrebaillée.

Quand je sors vêtu d’une serviette pour chercher mes affaires, elle s’est mise à l’aise sur le plumard, elle a enlevé ses sandales de cuir, défait ses cheveux qui s’éparpillent sur les oreillers qu’elle a pris en dossier. Elle me regarde, du même drôle d’air que tout à l’heure.

Je m’approche doucement, en souriant, le même sourire de lard et de cochon que tout à l’heure.

Tout doucement je réduis encore la distance entre sa bouche et la mienne, et je dépose un baiser léger, léger… au creux derrière son oreille, là où les petits cheveux chatouillent le nez.

Et puis je sens quelque chose au bas de mon ventre, ma serviette qui bouge. C’est sa main qui vient d’en relever un pan, juste comme ça, pour vérifier.

Elle est pétrifiée de stupéfaction, les yeux rivés sur mon bas-ventre. J’écarte le reste de la serviette, qui tombe, elle redresse la tête les yeux ronds.

-L’ooon-kuu-léé!…

-Ah, bein oui…

Je me suis redressé devant elle, à oilpé, elle est assise sur le pieu, jambes pendantes, je passe doucement ma main derrière sa nuque, et tendrement l’attire vers moi, en baissant sa jolie tête…

-Huushh…

Ça y est, enfin, elle a arrêté de parler.

-Hhhhhh… hmmm…

Finalement, j’aime bien la vie en brousse…

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Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
Chap.I – Chap.II – Chap.III – Chap.IV – Chap.V
Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


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fois. Thankiou bien !

3 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    ça sonnait Pulp…
    Aujourd’hui, ça a le goût du Pulp !
    BoSS U, toujours fan !

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