Les aventures de Momo le chibré (la suite. 2)

Alors ? Vous n’êtes pas encore partis pour ce grand week-end ? Certains, je le sais, attendent avec impatience la suite de notre feuilleton.

Mais que vois-je ?

D’autres ont raté le début et réclament un résumé de l’épisode précédent. Pour qui nous prenez-vous ? Pour Télé 7 jours ? Vous voulez connaître le début, allez le lire en cliquant sur le titre de l’épisode précédent. 

Les aventures de Momo le chibré. (feuilleton, 1)

J’ai oublié de vous dire que “toute ressemblance avec des personnes… tout ça”… Mais moi ce que je vous raconte là c’est ma vie, alors forcément il y a des personnes qui ressemblent à ce qu’elles sont en vrai… bref…

Je suis passé à la caserne Meunier, prendre mon pacot, juste un carton, avec dedans trois tenues de cuisinier usagées, à ma taille, et des couteaux de cuisine, usagés eux aussi.

J’ai pris, j’ai signé, on m’a pas posé de question, carton fermé.

Ils ont l’habitude, moi aussi.

A Numbo j’ai mon petit dock discret au fond de la cour, dans un chantier naval qui vivote.

C’est un ancien de la maison qui retape des bateaux, il ne pose pas de question lui non plus, je lui paye un loyer et je viens de temps en temps seulement.

Dans mon fourgon à l’arrière j’ai mis ma bonne vieille Husky, les bouteilles de plongée, un peu de matos.

Planqué dans le double fond c’est un peu plus chaud, ma 338 avec la jumelle de visée nocturne, plus un douze à canon scié, ça laisse moins de traces balistiques, et un petit 38 Spécial canon de un pouce, les cartouches, deux ou trois pains de Semtex, les détonateurs, quelques grenades… de quoi bosser, la routine…

A mon studio du Val Plaisance j’ai dit à la voisine que j’avais trouvé un taf en brousse, ce qui n’est pas faux, elle va me garder mon chat René, celui qu’arrête pas de gueuler, ça m’arrange bien.


Bourail… l’Hôtel des flots bleus…

Le patron m’accueille à bras ouverts, il est emmerdé, sans second de cuisine c’est le bordel…

Ça va aller, rien de compliqué, juste aider le cuistot à préparer la tambouille, moi je ferai les salades, et le vendredi soir c’est buffet avec animation au bord de la piscine.

Il m’explique pour le second, personne ne comprend, un mec sans histoires, pas du genre à chercher la merde… Il buvait un coup au bar après son service, trois types sont entrés, qu’on avait jamais vus, ils lui ont pété un bras et une épaule… Trois mois d’arrêt de travail…

-Ah les cons! Me dis-je à moi même…

Je reconnais bien là les gens de la maison, pas toujours très fins…

Il parle, il parle…

Et là il commence à m’intéresser… Un éleveur du coin qui s’est fait tuer des chevaux par des kanaks… On est pas sûrs, mais ça peut-être que des kanaks, tués comme ça, à coups de sabre d’abattis…

En plus c’est un dur à cuire, ça va chier comme en 84 si ça se trouve, on va voir ce qu’on va voir, parce que l’autre, là, il va pas se laisser emmerder comme ça…

Il y a un bâtiment un poil délabré derrière l’hôtel, les logements du personnel, à côté de la lingerie.

Royal, mon logement, pur formica massif des années soixante-dix, et une télé pourave qui doit dater de la même époque.

J’ai garé mon fourgon à côté, alarme [ON], j’ai juste descendu la Husky.

Le boulot…

Ouvrir des boites de conserves, y ajouter quelques conneries, des oeufs durs, des tranches de tomate, des patates à l’eau en cubes…

Pas pire que la bouffe des mess que j’ai pu fréquenter, pas mieux non plus…

Tranquille, le chef, c’est un gros kanak du Vanuatu, jovial, pas là pour se faire suer la bite…

En dix minutes il m’a expliqué le boulot, et de toutes façons il a pas envie de se faire chier, mais alors pas du tout… Ça m’arrange…

-Tu fais la sieste l’après midi?

-Ça dépend… Mais là je vais aller me promener…

-Okéé… tal’…


Je vais commencer à bosser pour de vrai, déjà, prendre la température…

Ils ont tous un point commun, les propriétaires terriens, ils aiment pas qu’on vienne chez eux…

Ça fait pas dix minutes que je me balade avec ma moto qu’un vieux Land me barre la route et qu’un gros mec sort en gueulant:

-Hé vous là! V’faites quoi ‘ci?

Je vous parie que c’est mon mec…

Je fais profil bas, je lui parle d’une barrière ouverte, que je suis nouveau dans le coin…

Il m’explique que faut comprendre, qu’il est un peu tendu, me parle de ces enculés de kanaks qui foutent le bordel, qui lui ont tué ses chevaux…

Bingo, c’est lui…

Je lui dis où je bosse, il connaît, je l’invite à venir boire un coup un soir, il dit qu’il peut pas, qu’il se couche tôt, mais qu’il viendra manger avec madame.

On papote, et puis je prends congé, on se reverra, j’en suis sûr.

J’ai planqué la Husky bien comme il faut, et je me balade comme si je m’étais perdu, sur les terres de la tribu d’à côté, mon appareil photo en bandoulière, je fais le parfait touriste de Nouméa.

Je croise deux kanaks, qui me demandent ce que je fous là.

C’est marrant, dans ce pays, les gens veulent toujours savoir ce que tu fous là… Je leur explique que j’ai un peu perdu mon chemin, ils m’enjoignent à les suivre jusqu’à la tribu, après, “pour retrouver c’est facile”…


.

.

.

.

.

Retrouvez Les aventures de Momo le chibré :
Chap.I – Chap.II – Chap.III – Chap.IV – Chap.V
Chap.VI –  Chap.VII – Chap.VIII – Chap.IX
Chap.X – Chap.XI – Chap.XII – Chap.XIII

Ecrit par : G. (13 Posts)


Nombre de vues :

480

fois. Thankiou bien !

18 Commentaires

  1. marie dit :

    le kanak du vanuatu ????

  2. smiletoo dit :

    Wouais, y’a des p’tites fintes comme ça qui m’ont bien fait rire! Comme des redit de c’qu’on peut parfois entendre IRL!!! 😆

  3. Garout dit :

    kanak est invariable non ?

  4. Trapard Creteux dit :

    Yes, ça démarre bien et ça m’accroche. Justement par le fait qu’on ne sache pas où on va, dans l’histoire comme dans les partis pris de l’auteur. C’est sympa, de la vraie lecture qui se suit.
    Et c’est pas du pré-mâché (ou “post-mâché”, si on veut), c’est “terrien”, c’est ça qu’est bon.

  5. Trapard Creteux dit :

    @Garout – J’ai vu pour la première fois, dans la presse, le mot Kanak s’orthographier politiquement et identitairement ainsi en 1984.
    Je pense que l’action se déroule en 85 ou 86 (“l’Hôtel des flots bleus…”). Je ne renie rien politiquement, en disant qu’à cette époque, mes potes vanuatais de Calédonie étaient incapables de se situer entre les mots Canaques, Mélanésiens et Kanak qui est devenu invariable (pour tous vers 1998) et avec les années… (sans parler des Métis kanak, et d’autres encore, à cette époque). Donc, sans défendre l’auteur, et à moins que je me trompe, je trouve cette continuité logique.

  6. Trapard Creteux dit :

    Petite anecdote d’adolescent, puisque j’étais ado à l’époque.
    En 85, RFO rediffusait la série Les Envahisseurs, et comme entre ados, c’était surtout la politique qui nous divisait, je me souviens des jeunes kanaks qui faisaient un signe de l’auriculaire (le doigt tendu des Envahisseurs) aux ados européens qui les croisaient, pour les provoquer. Et les européens répondaient avec le majeur. C’était plus un jeu entre nous, qu’autre chose. Puis c’était entre Nouméens, surtout…
    Mais tout ça me donne envie de lire la suite des aventures du Couillu Masqué.

  7. Garout dit :

    @ Trapard : on est en 2012; kanak sans S :mrgreen: et là, je ne m’adresse qu’à toi (ton 2eme comm). Pour ta logique dans le temps…donc si j’écris un roman sur le moyen âge, je dois m’adressoir à toye comme çaille ? 😆 😆

  8. G. dit :

    Relax les gens… J’ai décidé il y a longtemps que quand MOI j’écrivais, le mot “Kanak” s’accorde, en genre, en nombre, en tout ce que vous voulez, je m’en tamponne en fait, car tel est mon bon plaisir, et puis c’est moi qui écris, d’abord… 😉
    Et l’action se déroule de nos jours… même si ça n’est pas évident pour l’instant.
    Et là Momo, il va pas tarder à s’énerver pour de bon, mais moi j’ai six épisodes d’avance sur vous…. 🙂

  9. Trapard Creteux dit :

    @Garout – Pas obligé, mais lorsque j’écris un texte sur les années 80 (je suis un peu limité, je sais :mrgreen: ), ça m’arrive souvent de mélanger volontairement présent et passé. Après je ne dis pas que G. le fait, mais pourquoi pas, dans le fond ?
    PS : et là, je m’adresse aussi à toi, arrête de faire ta maline avec tes connoissances :mrgreen:

  10. Trapard Creteux dit :

    @G. – Ah ! Planté ! 😳
    Et l’Hôtel des flots bleus, c’est pas ce vieil hôtel un peu pourri du village, avec sa vieille cour intérieure ? Et je pensais qu’il n’existait plus.

  11. Garout dit :

    @G. : même si c TOi qui écris, il y a des règles. Dans les dialogues, tu fais ce que tu veux, mais pas dans le rédactionnel. il y a 2 choses ke je déteste, les fautes (surtout celles par présomption) et tout ce qui porte ou a porté uniforme. bref, faute de “capote”, je me retire.
    @ Trapard chéri je ne parlais pas de conjugaison mais d’orthographe…
    tchuss.

  12. G. dit :

    Bein non Garout, parce que tu vois, il y a certaines règles moi je m’assois dessus. Et tu sais quoi? Je me plais même à croire que c’est parce qu’il y a des gens comme moi que le monde évolue. Et toc! 🙂
    Ceci dit, j’ai de la compassion pour les stewards et les hôtesses de l’air, les musiciens d’orchestre, les pompiers et les cuisiniers, les manoeuvres sur les chantiers et les serveurs de restaurant… Tous ces gens qui parce qu’ils ont un métier doivent porter un uniforme, et méritent de par ce fait ton désamour… 🙂
    Et à part ça, trêve de plaisanterie, si des gens exercent le métier des armes, c’est parce que l’ Humanité ne s’est pas encore affranchie de sa violence et de sa barbarie.
    Les soldats sont des gens formés pour infliger du mal, mais paradoxalement ils sont un mal nécessaire en eux même, car bien utilisés ils permettent d’éviter encore plus de violence et de barbarie.
    Voilà, ça fera 2000 francs banane pour le cour de sociologie… 😉

  13. G. dit :

    le cours*

Laisser un commentaire