L’acte de s’aimer pour aimer, critique d’un système de pensée

Philippe Geluck

 

 

Notre façon d’agir est fonction de notre volonté et cette volonté est l’expression de notre vouloir vivre, que j’appelle la volonté fondamentale.

Cette volonté est parfois consciente, alors elle est politique, ou parfois inconsciente alors elle est instinctive, orientée vers la survie, comme de manger, ou d’avoir besoin de manger la chair d’ un homme en pleine montagne pour survivre à la faim.

L’acte de possession est l’expression même de cette volonté de tout ramener à soi, pour se convaincre de sa pleine puissance, celui de pouvoir vaincre la mort, donc d’agir et d’interagir sur la vie et le dehors de moi. Comme celui de donner ou de ne pas donner de l’amour à son prochain.

Les références, dogmes, morales, règles, coutumes, habitudes, ne sont qu’une compilation de justifications que notre conscient, ou inconscient à rassemblé pour nous mettre en action, ou guider dans nos choix d’actes, de manière à ce qu’elles soient toujours conformes à notre volonté de vivre.

Au fur et à mesure que nous évoluons dans notre existence, certaines idées deviennent des systèmes de pensées, des théories, des théorèmes, des commandements, des enseignements qui selon notre niveau d’imprégnations, sont disposés comme des couches successives, sur lesquelles notre volonté s’appuie pour nous convaincre nous-mêmes des actions à mener, en d’autres termes, notre volonté d’agir sur le monde pour soi même.

Mais chaque jours les données extérieures agissent sur nous, et selon qu’elles pénètrent en nous à travers quelque prisme que ce soit (religion, coutume, philosophie, culture, …) elles orientent nos actions.

Se décomplexer c’est être capable de relativiser chaque acte, chaque décision de soi même, parce qu’il dépend d’une interprétation, qui est elle-même le fruit, le résultat d’un processus d’assimilation. Les données qui sont filtrées par ces diverses systèmes de pensées cités plus et produisent in fine une action de pensée ou de faire, de nous-mêmes.

Nos actions sont donc fonction d’un tas de choses plus ou moins ancrées en nos âmes et consciences et auxquelles nous prêtons plus moins attention, selon que nous soyons portés sur telles ou telles religion, coutume, philosophie, culture, et d’ailleurs certains profil facebook sont révélateurs des ce discours.

La « psycho-généalogie kanake » ma définition de cet acte culturel de donner le nom de quelqu’un d’autre, souvent un ancien, à un nouveau né, produit un système de pensée de plus parmi ces milliers de systèmes de pensées que l’être humain a généré pour structurer sa vie sur terre qui doit donc être relativisé, pour ce qu’il est.

On entend souvent dire chez les mélanésiens, “Un tel, est exactement comme la personne dont elle porte le nom”, cette définition d’une personne est vraie mais elle est relative, et n’a d’importance que pour celui qui le dit, en réalité. Comme si on disait de quelqu’un qu’il est musicien, tout en sachant très bien qu’il est aussi manager dans sa profession, qu’il écrit, qu’il est électricien, dessinateur, etc…comme si nous regardions et décrivions une face d’un carré, ce qui est vrai, mais n’apporte pas toute la vérité, puisqu’il y a les autres faces du carré qui sont à décrire.

Ma réflexion sur cette notion-là de ma culture (mélanésienne) c’est quelque part aussi pour pointer du doigt ce fait culturel ayant un réel impact sur l’être kanak en devenir. Cet impact peut parfois créer des incompréhensions ou des clivages, dans la relation de soi aux autres.

En le pointant du doigt je le projette hors de moi, et je mets une distance, en le percevant comme un outil d’acceptation de notre propre moi, ou de nos identités. A fortiori, je ne suis pas l’outil, mais je me sers de l’outil, en ce sens que parfois je pourrai me servir de cette certaine identité comme appui pour des actions, qui iraient dans mon intérêt, tout en sachant que je ne suis pas complètement cette identité. C’est aussi quelque part un moyen d’extirpation de ce corps étranger de nous-mêmes, pour mieux l’accepter et aussi l’aimer tel qu’il est et pour ce qu’il est.

Le fond du fond aussi, je crois c’est le respect ou la fierté que nous devons avoir de nous-mêmes, c’est égoïste mais tellement fondamental pour l’être humain. Qui peut nous aimer si nous ne nous aimons pas nous-mêmes ? Ou comment pourrions nous aimer si nous ne nous aimons pas nous-mêmes ?

Certains me répondront seul le «christ » aime comme on a jamais aimé, et je dirai que oui, mais à condition d’avoir la foi et d’accepter d’être aimé par lui!

Et comment s’abandonner à la foi en l’amour du christ pour soi, alors que souvent notre volonté nous empêche de nous détacher de tout ce qui nous rattache au monde réel, de la chair, ce que nous aimons, ou , au final, croyons aimer, parce qu’en réalité, l’acte d’amour du matériel, est aussi un système de pensée, c’est un acte de possession en puissance, qui ne fait que traduire notre volonté de posséder pour nous convaincre de survivre!!!

Je suis capable d’aimer, je suis capable de donner et de reprendre, je suis un dieu en toute puissance, maître de ma vie.

Or accepter d’être aimé est un acte éminemment généreux, puisque j’offre à quelqu’un de m’aimer, je me sacrifie, je m’ôte le pouvoir de posséder, et je l’offre à quelqu’un d’autre.

S’aimer soi-même n’est pas égoïste mais procède de cette générosité que j’ai envers moi-même…pour y arriver l’une des voies accessible à l’homme est de gagner des batailles, posséder des victoires, comme réussir sa formation, développer des savoirs faire utile à la société, prendre en responsabilité un travail, posséder un travail rémunérateur, être un peu plus autonome financièrement, il va de paire avec la confiance.

Ce sont parfois des actes que l’on peut considérer comme égoïstes, mais il faut comprendre que ces actions mènent à l’amour de soi et ce sont des actes fondamentaux créent en nous un climat de confiance, de sérénité.

Un climat nécessaire pour l’acte suivant, qui apparaît naturellement, et qui est celui d’accepter que les autres nous aiment à leur tour, pour que ensuite nous même, nous soyons en capacité de partager notre propre amour, ou goût des autres, à notre tour.

Redonner les choses que l’on a reçus comme un don, aux autres, pour nous mêmes et pour ce qu’ils nous apportent.

Voilà ma pensée.

 

Ecrit par : ELRIKO (18 Posts)

je suis à Poro. je précise P, parce que G c'est pour ceux qui sont dans le sud...à Goro. brèf Poro c'est entre waa wii luu comprenez Houaïlou et Kouaoua traditionnellement appelé Kawipaa...voilà...c'est tout. et c'est dans le centre...même si on se dit du nord...


Nombre de vues :

822

fois. Thankiou bien !

4 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Je suis super content de ton retour parmi nous Elriko ! Ça fait plaisir
    Je remarque que depuis ton absence nous avions peu de réflexion philosophique sur ce site et ça manquait.
    Je crois que “nous sommes” au travers du regard des autres.
    Je pense que si on me dit que je suis comme mon aîné, je finirai par être comme mon aîné et si les autres me définissent comme musicien, je suis musicien.
    Je suis d’accord avec l’idée que pour aimer l’autre il faut s’aimer soi-même !
    Merci Elriko encore pour ton texte et tu le sais, nos colonnes te sont ouvertes.

  2. La Tortue dit :

    Net! Merci pour ton texte et en plus j’adore Geluck ! 😀

  3. elriko dit :

    Salut à tous. ce texte est apparu suite à une discussion avec une amie, pour ne pas dire inspirée d’une réponse que je lui ai faite…dans le style habituel…l’expression d’une vision intérieure…en tout cas je le vois comme ça….en même temps ces derniers temps quelques idées me trottaient dans la tête notamment suite à des échanges sur FB, sur la notion d’individualisation…un truc un peu bizarre que nous subissons tous par moment…j’aime bien l’illustration que Gwen a trouvé…le chat me fait toujours marrer!…j’ai dans l’idée de poster une version revue de ce texte…plus tard….avec des illustrations mystérieuses qui viendraient d’un site d’image pas commun….

Laisser un commentaire