Petite Sauvage ( Chapitre II ) par Reiva Mateau

Reiva

 

 

Dans cet enfer, les voitures font entendre le bruit des soupapes enflammées et les gaz s’échappent de ces boites de conserve comme une habitude bien ancrée dans les coutumes calédoniennes. Ducos ressemble à un continent très souvent parcouru par des milliers d’âmes que le ressac de la mer fait échouer sur ces rivages d’un nouveau temps.

Pour ce Nouveau Monde, combien de guerres furent déclenchées et combien sont morts de l’avoir touchée du bout de leurs rêves consumés et dispersés par le vent ? Cette terre aride, balayée par l’envie ressemble à un quai de bateau pour certains, à une terre vierge de traces pour les uns, à une terre promise pour d’autres. Petite sauvage est noyée dans cette mer de visage et attend une éclaircie dans son esprit ravagé par les fleurs du mal.

Petite âme courageuse attend que la pluie tombe…

Il est loin le monde que je couchais sur ce bout de papier chiffonné et vieilli par le temps. De mes mains tachées de souffrance et du sang des purs se dessinent un monde brulé par la fatalité aujourd’hui au bord de la crise et du conflit civil. Mes rêves sont un coffre à jouets que je cache des regards, depuis bien longtemps déjà, me promettant de revenir le chercher quand l’orage sera passé.

 Je dessine d’une main tremblante cette triste réalité cautionnée par des hommes sans mémoire. Moi l’enfant sauvage, je ne suis pour toi qu’une ombre furtive, une petite voix, une émotion qui ne s’explique pas. Je suis la plume qui écrit en lettre de sang ses espoirs sur ce bout de papier brûlé par le soleil de ses ancêtres. Je suis une âme d’un autre temps naissant sous tes yeux à chaque instant…

 Je viens de loin, j’ai pris racine dans le fond de ta mémoire défaillante. Tu es cette petite voiture rouge, ce petit soldat de bois, ces petits cheveux d’enfant et ce petit collier en or que tatie m’avait acheté. Tu es ce que j’aime plus que tout au monde. Tu es l’enfant sauvage vivant encore sous le battement de ma plume. Je grave sous tes yeux, sur ce mur des lamentations, ton courage et tes sourires.

 Là où l’absurde réalité des hommes est baignée par les lumières artificielles de la ville. Là où le monde est à genoux, où la raison se tait. Je devine une histoire oubliée derrière ces murs de tristesse, recouverts par la poussière de la SLN.

Ce monde part à la dérive et je le vis comme une trahison, une insulte à la noblesse humaine. Cela me fait hurler dans mon sommeil, ce monde sourd assassine mes espoirs qui disparaissent dans les fissures de mes rires d’enfant.

 Hier encore, je n’avais que six ans. Aujourd’hui me voila une adulte à la recherche de son passé. Ne pas baisser les bras devient un combat de tous les jours, une marche forcée dans le désert de nos vies à la recherche de l’oasis que l’on m’avait promis.

 Toi qui n’a plus le temps de regarder la pluie tomber sur ton visage, ni le temps d’écouter le vent souffler dans les arbres. Je lance cette bouteille à la mer pour ne jamais perdre espoir, un rendez-vous avec demain comme un signe du ciel. Je ferai le tour du monde pour te retrouver petite sauvage. Je sais où tu te caches. Là où les rires et les fleurs poussent sans papiers d’identité, sans raison valable, juste parce que c’est beau. Juste parce que je l’ai décidé…

 La pluie tombe enfin sur cette terre ravagée et purifie le temps d’une prière, mon visage baigné par les larmes de mes ancêtres. La pluie tombe comme des bombes dans mes yeux ouverts. J’enlève mon pull, j’ouvre les bras et mon esprit s’envole.

 J’entends le frémissement de ce monde comme des vagues s’écrasant sur les rochers de mes souvenirs. Sous une onde venant d’un monde oublié, d’où mes vieux sages appellent en chœur, j’écoute leurs voix qui anéantissent dans un souffle ma tristesse et mes incertitudes.

 Mes ancêtres ont inscrit dans mon âme et dans les racines des arbres, la carte du nouveau monde. Je ressens d’instinct leur présence dans ce sol, dans ces feuilles et dans ce ciel. Cet espoir renaît à chaque fois que la pluie tombe sur mon visage. Rappelle-toi, l’amborella naissant sur ta jolie couverture pourpre. Cette fleur de l’éternité pousse dans tes songes quand mon âme se pose au bord de ton ciel. Je pose sur ta bouche, un doigt moqueur et sur tes doutes, un baiser d’amour.

 Un jour peut être, mes ancêtres reviendront me parler de ma terre si courageuse. De ces arbres au loin qui apaisent mon regard meurtri. Un jour me diront-ils où j’ai enterré mon coffret secret, celui de l’enfant sauvage au cœur vaillant. Un jour me diront-ils où j’ai caché l’amour que je portais à cette terre ravagée par le combat des hommes pour une liberté qui s’éloigne quand on croit l’avoir saisie…

 Ma vie au goût de bonbon coco  perd son parfum d’éternité…ma chère Amborella

 

 

 

 

 

Ecrit par : Reiva Mateau (4 Posts)


Nombre de vues :

305

fois. Thankiou bien !

Laisser un commentaire