ZEx 2.03 : VM, par VM

ZEx pour Zone d’Expérimentation, ou un prétexte, s’il en faut, pour créer sur un thème donné.
Ce texte est la deuxième contribution sur le sujet L’irrévérence avance masquée. Retrouvez les autres >>>ICI<<<
Le nouveau sujet, c’est … est la question, et vous avez jusqu’au 25 février pour faire parvenir vos contributions sur lecriducagou[at]gmail.com.
______________________________

.
.
.
J’ai toujours voulu devenir écrivain, toujours. Un vrai et tout, un qu’on dévore sur un banc, qu’on découvre la lampe électrique tenue bien droite sous les couvertures, un qui nous fait rêver dans les avions, dans les trains. Je ne pense pas que je voulais faire ça pour la célébrité. J’en suis sûr même. C’était plutôt une revanche sur la vie, sur mon parcours de non-artiste, car c’était ça finalement le fond : devenir artiste. Je ne sais pas pourquoi je traînais ça dans mes cartons depuis mon enfance. Artiste. Pourquoi faire ? A quoi ça sert ? Et qu’est-ce qu’il a de mieux ou de plus que moi cet artiste ?
Je me suis donc essayé tout doucement aux petits textes, aux poèmes d’ado « Mignonne, allons voir si la rose… ». Et puis les roses ont fané et ont petit à petit laissé la place à des végétations moins généreuses, des herbes très chères à consommer très vite et mon esprit a commencé à s’ouvrir sur les réalités d’un monde un peu moins (fleur) bleu(e). Je distinguais enfin le mal tapi au fond du bien, ce gris que peu de gens arrivaient à m’expliquer, à accepter vraiment. Mes poèmes se sont transformés en chroniques, critiques irrévérencieuses de notre société, acide jeté sur ces visages d’enfants terrorisés par le fait de grandir. Ne pas voir, ne pas comprendre, nier la vérité.
J’avais besoin de tout l’inverse, de crier que tout n’allait pas bien, de dénoncer les manipulations, d’expliquer pourquoi certaines personnes agissaient seulement dans leur propre intérêt et qu’ils chiaient sur l’intérêt collectif, que toutes les religions nous mentaient, que tout nous poussait à nous empêcher de penser par nous-mêmes…
Non ce monde n’allait pas bien et je voulais être son porte-parole, porte-drapeau des sans visages, des opprimés de tous bords.
Je signais toutes mes chroniques d’un pseudo : « VM ». Longtemps j’ai vécu caché derrière ces initiales. Non pas parce que je craignais pour ma vie ou parce que je ne souhaitais pas que l’on me reconnaisse, mais parce que tout artiste ne signe jamais de son nom propre. C’est une règle absolue. Marguerite Duras pour Marguerite Donadieu, Céline pour Louis-Ferdinand Destouches, Stendhal pour Henri Beyle, etc. La plupart des écrivains (et la règle est encore plus vraie pour les artistes musiciens ou les comédiens) ont changé leurs noms. Je me disais donc que, si je souhaitais accéder à cette haute distinction, je me devais de trouver un autre nom que le mien. Des initiales me semblaient appropriées, et sujet, en plus, à discussion.
Armé de ces « VM », j’ai continué à écrire une centaine d’articles et j’aurai pu continuer ainsi pendant des années mais cela ne faisait pas de moi un artiste, ni même un écrivain. J’étais juste devenu un contestataire de plus, un caillou dans la chaussure d’un système dont peu de gens finalement ne prêtaient une réelle attention, ou bien toujours les mêmes, déjà convaincus par mes idées.
Non, un article dans un journal n’aura jamais l’impact d’un livre, de cet objet que l’on porte parfois difficilement avec soi dans le secret d’une chambre, dont les personnages se livrent, sincères, au fil des pages. Un objet que l’on exhibe fièrement dans une bibliothèque, que l’on prête à ses amis, que certains journalistes aux initiales mystérieuses conseillent à d’autres personnes, une intimité dévoilée aux autres, bien plus sensible et sensuelle qu’une série de photos de nus qui ne flattent que le regard. Non, nous parlons ici de l’âme, de sang, de larmes, de tout ce qui nous rend humain, de ce qui vit et meurt en nous.
J’ai toujours voulu devenir écrivain, toujours…

Ecrit par : MrGouillat (118 Posts)


Nombre de vues :

356

fois. Thankiou bien !

2 Commentaires

  1. Trapard dit :

    J’aime beaucoup l’idée. Y’a comme un quelque chose de vécu ici, avec des airs de tragi-comique et du détachement. Je ne pensais pas que la montée se terminerait en boucle, et ça me plait.
    Merci VM.

Laisser un commentaire