ZEx 2.02 : Sauver ou périr, par Gwen

ZEx pour Zone d’Expérimentation, ou un prétexte, s’il en faut, pour créer sur un thème donné.
Ce texte est la dixième contribution sur le sujet (re-)Création. Retrouvez les autres >>>ICI<<<
Le nouveau sujet, c’est L’irrévérence avance masquée, et vous avez jusqu’au 14 janvier pour faire parvenir vos contributions sur lecriducagou[at]gmail.com.
______________________________

.
.
.
Tous les pompiers vous le diront, le pire c’est les accidents de la route.

Faut dire que je ne me suis pas engagé comme pompier pour intervenir sur des accidents. Non, moi, je rêvais de luttes inhumaines contre des feux, de sourires de petites filles à qui je rendais leur chaton coincé dans des arbres et plein d’autres actions héroïques. Mais il faut se faire une raison, l’essentiel du boulot ce sont des désincarcérations de victimes dans des voitures.

.

Je me souviens la première fois que j’y suis allé avec la pince. Il fallait désincarcérer un jeune d’une BM. Il soufflait coincé contre le volant qui lui perforait les poumons. Il crachait des bouillons de sang. Je coupais la tôle aussi vite que je pouvais. J’essayais de dégager ses jambes écrasées par le bloc moteur. J’essayais d’être rassurant, en gueulant le plus calmement possible au gars de s’accrocher, que j’allais le sortir de là. Et puis, il craché un bon coup, je me suis retrouvé la visière aspergée de grumeaux sanguinolents. Puis plus rien. Le gars venait de lâcher la rampe sous mes yeux.

.

J’ai vomi et je suis tombé dans les pommes. Mes collègues ont du me secourir. Je ne vous raconte pas comment cet incident m’a poursuivi. Dans mes rêves d’abord, enfin sont-ce encore des rêves ? Et à la caserne. Les gars s’en sont donnés à cœur joie. Ils se sont foutus de ma gueule pendant des longs mois. Je ne leur en veux pas, je sais bien qu’il faut trouver un moyen d’évacuer le stress et tout et tout. Pendant un long moment, le moyen, c’était moi. Jusqu’à l’arrivée d’un nouveau bleu. Et celui-ci, je ne l’ai pas loupé moi non plus.

.

Oui, tous les moyens sont bons pour se changer les idées quand on est sous la pression. Gégé, un jour retrouve un bras dans le fossé. Deux voitures, collision frontale, cinq morts dont un nourrisson qui devait être dans les bras de sa mère sur la banquette arrière. Nous avons des soucis pour reconstituer un corps éjecté du véhicule par le pare-brise. Gégé retrouve un bras donc, dans un fossé, il se met à sautiller sur place en criant d’une voix aigüe : « J’ai, j’ai » et Maurice de dire « Pourquoi tu t’appelles ? », nous, on s’marre, Gégé brandis son bras de plus belle et braille : « tu la veux dans ta gueule celle-là ? ».

.

Je sais ce que vous pensez … ça ne vous fait pas rire. C’est sûr, je ne raconte pas très bien. Il fallait y être. Ça devait être notre quatrième ou cinquième intervention de la nuit, nous partions facilement dans le délire.

.

Une fois, je me souviens mais je vous préviens, elle n’est pas drôle, c’était une moto qui nous avait valu le déplacement. De nuit, le pilote avait heurté les glissières de la quatre-voies. La glissière de sécurité l’avait décapité. Nous cherchions la tête partout et je l’ai trouvée. Je l’ai soulevé en criant « je l’ai trouvée » pour ne pas que Gégé se sente visé. Et Maurice de répondre : « vas-y, drope ! ». J’ai fais semblant de prendre mon élan comme pour m’exécuter et la visière du casque s’est ouverte. J’ai baissé les yeux et j’ai reconnu Marjorie, mon amour d’école primaire. Ça faisait bien dix ans que je n’avais pas eu de ses nouvelles. Heureusement, je ne me suis pas évanoui.

.

Des anecdotes comme ça, j’en ai plein. Ici, c’est un petit pays et on finit toujours par se recroiser.

.

Oui, tous les moyens sont bons pour ne pas succomber au stress. Nous sommes assez nombreux à picoler dès que l’occasion peut se présenter et je ne suis pas le dernier. Et pas plus tard que tout à l’heure. Et maintenant je me dis que j’ai l’air malin, sens dessus dessous dans le fossé. Mon quatre-quatre a du glisser dans le virage du col. J’ai rien vu venir. J’ai un sale goût dans la bouche et un voile rouge devant les yeux. J’ai la tête qui bourdonne. Au loin, j’entends la sirène. Il y aura sûrement Gégé pour venir me dégager. C’est sûr, à la caserne, je vais ramasser …

.

Ecrit par : MrGouillat (118 Posts)


Nombre de vues :

836

fois. Thankiou bien !

19 Commentaires

  1. Trapard Creteux dit :

    Bien qu’on situe mal l’action (parfois je l’imagine le long de la côte ouest, d’autres fois, l’humour devient franchouillard à l’extrême…), je me suis bien éclaté avec ce texte, complètement absurde, et en crescendo.
    C’est le Gwen, en forme olympique des mois en pointes (après quelques séries de pompes et de flexions-extensions bien rythmées) :mrgreen: :mrgreen: qui j’espère nous en pondra d’autres (même si l’initiateur de la zex n’est pas dans le coin).

  2. gwen dit :

    Merci beaucoup pour ton commentaire, Trapard. Je ne comprends pas l’idée d’humour franchouillard extrême mais tant pis. (Pour moi, ça résonne “Soupe aux Choux“… mais j’aime bien ce film de pets)
    Et s’il t’a éclaté, on demandera à Gégé de rassembler les morceaux :mrgreen:

  3. Lilite dit :

    J’aime bien. ça laisse un goût amer dans la bouche, c’est drôle et ça ne l’est pas. Comme nos vies. Personnellement je ne le trouve pas si absurde. C’est teinté d’humour noir, cet humour qui permet de se détacher du pire, ou au moins de le supporter. Et puis la chute…. Bref j’aime bien.

  4. gwen dit :

    Merci Lilite !
    Oui… humour noir, j’aime bien cette expression !
    Je suis très content que mon texte te plaise

  5. Trapard Creteux dit :

    @gwen – Je vois ce que tu veux dire par “franchouillard”, ça concerne les prouts et les péquenots, non ? Moi, j’utilise plus ce terme pour parler d’une façon d’être, de parler, de penser, dans certains milieux populaires en France, que j’ai fréquenté à Paris durant mon séjour pour mes études.
    Bien que ton personnage possède cette simplicité de pensée qu’on peut retrouver partout, comme ici, j’ai ressenti, dans la tournure de sa narration, ce que je te décris plus haut. Rien de plus. Et je connais très mal la France, donc ce n’est peut-être qu’une impression.

  6. gwen dit :

    le suffixe “ouillard” me semble rarement mélioratif tout de même 😆
    Mais ne te sens pas offensé par mes commentaire, je ne le suis pas par les tiens…
    J’aime quand on commente mes écrits

  7. Trapard Creteux dit :

    Qu’est-ce qui nous arrive ? :mrgreen:

  8. Trapard Creteux dit :

    @gwen – Allez, coutume de réconciliation : petits canons, saucisson-beurre, calendos un peu fait et gitanes maïs, posés sur le slip kangourou… 😉
    Et si tu es très très sage, tu auras peut-être le droit à plusieurs discours d’Arlette Laguiller en mp3 mixés sur du Yvette Horner dans sa grande époque des Musettes Parties. :mrgreen:

  9. Trapard Creteux dit :

    @gwen – Mais sérieusement, après la récréation, j’apprécie l’idée de re-création du réel, re-mentalisé. Avec ce texte, il y une sorte de lien réel et sain, entre les deux thèmes que sont la re-création et la dépendance.

  10. lilite dit :

    @ Gwen et Trapard : Bien, on va vous laisser…. Il me semble que vous avez besoin d’une franche (ouillarde) intimité là :mrgreen: (Arlette et Yvette 😯 )

  11. gwen dit :

    @lilite – Pitié, ne me laissez pas seul avec Trapard !

  12. Lilite dit :

    @Gwen : trop tard :mrgreen:

  13. Trapard Creteux dit :

    Mais tout de suite les grandes interprétations ! Je délire juste sur la coutume et il suffit que j’écrive le mot SLIP pour que Lilite se perde déjà à imaginer Gwen dedans… 😯 :mrgreen:

  14. Virginie dit :

    J’ai beaucoup aimé ce texte… assez noir !

  15. gwen dit :

    @Virginie – Merci beaucoup Virginie.

  16. subjectif : pas fou du sujet
    objectif : bien mené, bien ficelé.

    On peut pas dire “pompier, bon oeil”, du coup.

  17. lilite dit :

    @Trapard : Nan c’est saucisson-beurre qui m’a fait tiquer :mrgreen:
    @ Kal’hédoniste : 😆

  18. Trapard Creteux dit :

    @lilite – (ouille) :mrgreen:

  19. gwen dit :

    @Kal’hédoniste:mrgreen:
    Merci pour le commentaire et l’appréciation

Laisser un commentaire