Petite Sauvage (1ére partie) de Reiva Mateau

 

 

 PHOTO : The child in me by TwistedHearts on Deviantart

 

 

 

 

Je griffone sur ce bout de papier chiffonné, les lumieres que je vois dans mon “monde” brulé par la fatalité, aujourd’hui au bord de la crise et du conflit civil.

C’est un coffre à jouet que je cache des regards, depuis bien longtemps déjà, me promettant de revenir le chercher quand l’orage serait passé.

 

Il y’avait une petite voiture rouge, un petit soldat de bois, un peu de mes cheveux et mon petit collier en or que tatie m’avait acheté.

Mon trésor vaut plus que de l’or, ce coffret est mon rêve de liberté.

Protégeant de ses parois en bois, le cœur de l’enfant sauvage que je suis encore.

Dans cette petite boite se trouve aussi l’amour que je porte pour cette terre ravagée par le combat des hommes pour une liberté qui s’éloigne quand on croit l’avoir saisie.

 

Contraste frappant, doit-on connaitre la guerre pour apporter la paix ?

Tuer pour donner la vie ? Une enfant du pays perdue dans le labyrinthe des doutes commence à grandir et cherche une raison à sa vie…à son combat.

 

Enfant, je me levais avec le chant des oiseaux, je sortais du lit sur la pointe des pieds, contournant mes frères, maman et papa.

Sans bruit comme un petit chat qui va découvrir le monde au petit jour.

C’était mon jeu favori, enfant espiègle, souriant de ses propres facéties, prête à conquérir la terre de son cœur si pur…

S’approchant de la porte, le cœur battant, je me disais : “Que c’est beau, tout ça !”.

Et j’allais courir aussi vite que je pouvais, la rosée du matin sur mes pieds nus, retrouver dans ce soleil levant, mon coffret secret.

 

Petit matin bonheur,  qu’il faisait froid pourtant et malgré sa morsure glaciale, j’attendais sagement en grelottant le rendez-vous donné depuis ma naissance, aux portes de mes songes

par le messager de mes pères.

 

Ancré dans mon ADN et dans mon cœur dans ce décor endormi, je devais tenir ma promesse.

Dans ce ciel que le soleil gagnait doucement de ses rayons patiemment attendus

A l’unisson enfin, j’ entendais leurs voix grandir en moi.

Mes ancêtres étaient enfin là pour me chanter leur révérence divine.

 

Je fermais les yeux et j’écoutais le soleil accompagner de son apaisante musique.

La voix de mes vieux sages, la haut, tout la haut qui faisait vibrer mon cœur et mon être tout entier.

J’inclinais la tête pour mieux les entendre. De là je voyais leur cœur, leurs espoirs pour l’enfant que nous fûmes.

Me caressant tendrement la joue, me promettant de revenir tous les jours aux premières lueurs du jour.

 

Je n’ai jamais vu un ciel aussi bleu que celui de mon pays d’adoption.

Ici, j’ai fait mes tout premiers pas sans comprendre l’importance que prendrait ce pays dans mon jeune esprit d’océanienne. Je crois que la “kanaky” m’a aimé plus que personne

Je crois que j’aime la “Kanaky” plus que moi-même et que je l’emporterai à jamais partout où j’irai.

 

Une vie sucrée au goût de bonbon au coco où les rires et les fleurs pousseraient sans papiers d’identité, sans raison valable, juste parce que c’est beau.

Juste parce que je l’ai décidé.

C’est mon rêve celui d’une enfant sans frontière.

 

Mais je vois le temps s’écouler petit à petit, la vie passe et j’ai grandi depuis.

Mon esprit doit quitter son enveloppe pour continuer à croire en l’humanité.

Mes souvenirs s’effacent, ma mémoire défaille.

Je suis atteinte d’amnésie, ai-je rêvé ?

Je grimpe sur mes manguiers, mes niaoulis, mes conifères.

Je vois le monde de haut, je veux toucher le ciel de mes ancêtres.

Peut-être que je retrouverai la mémoire…

 

Petite sauvage que je fus, cherche ses oiseaux du paradis qui se posaient sur ses épaules fragiles.

Je n’entend plus les chants d’antan, de mes pères.

Veulent-ils me punir ?

Ou me suis-je éloignée du chemin qu’ils m’ont tracé ?

“Que le monde et grand” ! Vais-je y survivre ? Sans eux ? Oui, mes arbres sont là

Et me protégeront toute ma vie mais où sont-ils aujourd’hui mes arbres ?

Mes ancêtres ? A part dans mes souvenirs…

 

J’ai grandis et mes rêves ont perdu de leurs couleurs, de leurs saveurs, me voila dans Ducos, ce monde de fer qui me rappelle “Melancholia”.

“Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée, la beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain ! – d’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !” Victor Hugo

 

 

Ecrit par : Reiva Mateau (4 Posts)


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fois. Thankiou bien !

15 Commentaires

  1. coco dit :

    😉 😥 😎 🙂 big up respect pour cette fabuleuse histoire réel …!!!! vive les enfants du pays de la terre kanaky coco

  2. Reiva Mateau dit :

    C’est mon dernier article où la consonance ancestrale est forte…
    Lorsque j’écris, mes ancetres océaniens sont là, ancrés en moi et me parlent.

    Je suis pourtant jeune mais d’aussi loin que je me rappelle, les étoiles de l’Océanie furent toujours mes guides….

    Pour moi nos ancetres vivent toujours et nous disent à travers tant de signes qu’ils nous aiment….

    Tous autant que nous sommes…

  3. Respect, vivement le prochain !

  4. John Doe dit :

    Très beau texte quoique me dérangent énormément tous ces possessifs dont tu uses et, je pense, abuses…mon monde,mes rêves, ma terre, mes mangiers, mes conifères…etc…pour ma part, je déteste les frontières, les appartenances, à des lieux, des choses, aux ancêtres tout ça…en plus, vu la quantité d’ethnies différentes chez mes ancêtres, awa ! 🙂 aussi je dis A chacun son époque. Le passé fait partie de ce que nous sommes mais c’est notre présent qui fait ce que nous serons. Et c’est ça qui est important.J’ai bien trop à faire avec le futur qui portera mes gosses pour m’emmerder avec le passé. A trop regarder les portes qui se sont refermées, on oublie de voir celles qui s’ouvrent. Mais chacun ressent comme il veut ou peut 😉 et puis en plus je suis athée…mais faisant abstraction de tout ça, je trouve ton texte passionné et très sensible…et je continuerai de te lire 😉

  5. Reiva Mateau dit :

    J’ai gardé en moi comme un petit goût de lait de coco à chaque fois que l’on prononce le mot Terre, Océan(ie), soleil et j’en passe et des meilleurs…
    Dit-moi…entends-tu les enfants parler de leurs mamans & papas ?
    Ils disent tous la même chose…
    C’est à eux !!!!! 😉
    Moi je suis toujours une enfant et je ne veux pas grandir…
    Madame la Terre pour qui j’ai le plus grand respect m’appelle “son enfant” alors par respect pour le berceau où je suis née, je l’appelle “MA maman”.
    Je relate dans mes écrits, la vie et l’amour d’une enfant de 6 ans.
    Que l’on soit océanien ou d’un pays à l’autre bout de la Terre…
    Cette amour dont je fais l’éloge et le langage universel des enfants de la Terre !!!!
    Comme je l’aime “ma” maman !!!
    Comme j’aime le ciel “mon” papa…

    Les enfants ont un amour incommensurable pour leurs parents…
    et ce cordon ombilical n’est pas prêt d’être coupé que l’on ai 7 ans ou 77 ans… 😉

  6. John Doe dit :

    j’ai cette vision des parents qu’a Khalil Gibran :

    Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
    Parlez-nous des Enfants.
    Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
    Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
    Ils viennent à travers vous mais non de vous.
    Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
    Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
    Car ils ont leurs propres pensées.
    Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
    Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
    pas même dans vos rêves.
    Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
    mais ne tentez pas de les faire comme vous.
    Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

    Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
    L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
    pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
    Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
    Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

    Notre mère la Terre, notre père Le Ciel, sont-ils des parents-arc ou sont-ils des parents banian ? telle est la question 🙂 et tu sais, je les respecte aussi beaucoup mais la Terre est encore trop petite pour mon amour de la Vie…et je préfère voir en l’Univers, un espace sans fin, ni propriétaire ni propriété, plutôt qu’un parent 😉

  7. Reiva Mateau dit :

    Je suis l’enfant du peuple “fruit”.
    Celui qui donne autant qu’il reçoit…
    Nous nous considérons plus comme des gardiens que comme des propriétaires…

    Le gardien donnera sa vie pour protéger “son” monde…
    Le propriétaire donnera sa vie pour protéger “ses” biens…

    Il est reconnu dans le monde scientifique que le langage de la société orale est encore difficile à “traduire”…difficile à assimiler pour le monde “écrit”. Nous pouvons parler du choc des civilisations…

    Nous sommes cette jeunesse océanienne moderne en possession de la “plume”, des outils européens pour offrir une passerelle entre deux mondes…
    Mais le langage commun universel est la compréhension et l’acceptation de la différence…

    Peuple fruit, peuple banian, céréale, féculant, flèche, arc, nous portons en nous le gêne culturel de nos pères, que l’on veuille s’envoler ou s’ancrer…que l’on veuille donner ou prendre, que l’on veuille parler ou écrire…

    Dans un monde où le choix est possible :
    Avant d’être la métamorphose, avant de vouloir être le changement, avant de vouloir m’unir à l’univers….je veux juste être…un grain de sable bercé par cette mer si généreuse, guidée par cette terre si maternelle et rester à jamais bordée par l’océan sur les rivages de l’Océanie…

    Un grain de sable vivant avec ses frères & soeurs.
    Ce lien “possessif” et “jaloux” est mon choix…
    Je suis un grain de sable mais tu ne verras qu’une plage…et surtout une plage dont le mot d’ordre est unité et appartenance et sans aucune culpabilité…

    Unis à jamais par les liens sacrés de l’Océanie…

  8. John Doe dit :

    @Reiva Mateau – si je dis que la Terre est trop petite, alors imagine l’Océanie 😉 le mot peuple est restrictif, le mot Nous est exclusif…mais comme tu le dis, c’est ton choix.

    “C’est parce que l’on fait un choix, Que la vérité absolue se trouve perdue de vue. (pensée bouddhiste – Seng-ts’an)”

  9. Moi, j’aime bien ce forum 😉

  10. Reiva Mateau dit :

    @John Doe – Nous n’avons qu’elle, notre Terre et elle vaux le coup d’être aimé, protégé et prise en compte malgré son coté si grain de sable dans cet immense univers. Sans elle, nous ne pourrions imaginer la vie. Nous n’aurions pas le droit au choix, à la différences et comme tu dis, à la préférence.

    Ou irions nous vivre si elle n’était pas là ?
    Elle a produit pour ses enfants tant de belles choses à vivre, à voir, à donner…

    Il faut rêver et essayer toujours d’aller plus haut…
    mais l’implicite et l’explicite peut cohabiter dans cette “petite” sphère de vie…
    Nous pouvons rêver et exister à la fois…
    Nous pouvons imaginer technologiquement de voyager à l’autre bout du système solaire…

    Mais pour l’instant, elle reste notre berceau…
    Celui de notre humanité… même perdue, même décevante, même “rétrécie”. Elle est la seule à pouvoir nous donner un toit, à manger et à boire…Un vrai resto du coeur…Coluche l’a aimé pour sa générosité.

    Prends mon coeur, mon âme et mes yeux et tu vivras d’autres mondes “superposés”, tu verras entre les lignes des racines des arbres, tu voyageras sans bouger de chez toi. Tu verras des univers-fusions…oui…je ferme les yeux pour mieux voir dans ce monde atteint de cécité de l’esprit.

    Je regarde autour de moi et je vois une grande richesse de coeur et de lendemains.
    Je vois le vent et j’entends la terre respirer. Ce don élargi ma vision. Je sens l’âme des choses qui bouscule mes idées reçues et mes envies de partir sans laisser d’adresse.

    Je ferme les yeux et je vois le monde au delà de son costume étriqué, au delà des apparences et sans les liens morts que suivent les humains rêvant d’un autre état de fait, espérant trouver au bout de leur chemin de croix un peu de repos et de calme….

    En fait, on voit toujours le monde en grand quand on est heureux.

    Pour ma part je ne suis ni une enfant de la terre ni une enfant du ciel…non…je suis les deux à la fois…Je suis entre ciel & terre…

    Partir sans laisser d’adresse…au confins de l’univers…Oui j’adhère mais quand “ma” Terre Mère sera à l’abri…quand vous comprendrez pourquoi j’ai croisé votre chemin…ici et maintenant.

  11. John Doe dit :

    @Reiva Mateau – mais moi aussi j’aime la Terre et ma loi est celle de causalité. Et j’aime Léonidas et Agota Kristof 🙂

  12. Lilas Conuts dit :

    L’art du dépouillé – essentiel, c’est ici l’antithèse ♪ .

  13. Reiva Mateau dit :

    sale temps pour la complexité 💡

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