Emergences 2 : La femme océan

C’est au tango des passions que nous vous convions. Le rapprochement des corps, brûlants de leur histoire, un instant, un court instant.

Elle a grandi en Indochine, et en conserve le goût de l’Asie, magnifié par des souvenirs d’enfance. Voici qu’elle se trouve au Japon, actrice sur un tournage.

 

Centre Culturel Tjibaou Emergence 2011 Manuel Touraille

 

Il est japonais, né à Hiroshima avant la seconde guerre mondiale, sa famille y meurt sous la bombe. Aujourd’hui il se laisse séduire par cette jeune occidentale.

Centre Culturel Tjibaou Emergence 2011 Manuel Touraille

 

“Tu ne sais rien”, dit-il, “ça recommencera” dit-elle, la mort et la contamination exercent une semblable attraction sur eux, et participe de leur rapprochement, inéluctable.

 

Centre Culturel Tjibaou Emergence 2011 Manuel Touraille

 

Le tango se joue toujours. Ils se retrouvent, s’éloignent, le temps leur est compté, elle repart bientôt, ils sont le ressac et la falaise, vont et viennent, l’un vers l’autre, attraction, refus, passion, tic, tac.

 

Centre Culturel Tjibaou Emergence 2011 Manuel Touraille

 

Elle lui parle encore de la caméra, elle connaît le métier, joue de la temporalité des plans, il n’est déjà plus le même qu’au moment précédent où il était filmé. Toujours la fuite du temps, toujours la fuite, le départ, la séparation. L’heure. L’heure pour eux de se séparer.

 

Centre Culturel Tjibaou Emergence 2011 Manuel Touraille

 

Le projet est ambitieux : marier la lecture d’extraits de Marguerite Duras, la projection de films et la danse. Le résultat est autrement moins évident.

Ainsi, le mélange de tant de vecteurs, la sollicitation si diversifiée, troublent fortement de prime abord, avant que de trouver une dynamique et de choisir où porter son attention. Le texte, bien sûr, les lignes de Marguerite Duras sont particulièrement honorées par les lecteurs, au point que le reste paraît parfois accessoire.

L’image, elle, interpelle souvent, les films d’enfance, les images éprouvantes des irradiations, voire le ressac lancinant sur lequel le couple s’approche et s’éloigne. L’image faillit parfois, tel ce tango d’ouverture, dont la chorégraphie réussie se heurte à une certaine fadeur de la pellicule, ou l’illustration des effets de la caméra sur le temps, bien trop léchée après les images d’archive. Il en résulte une certaine inégalité, plutôt déroutante.

La danse enfin, véritable moteur. Encore une fois, le profane lit à l’aune de ce qu’il ressent, et en la matière, l’émotion est hésitante. Il n’est pas question ici d’illustration formelle, mais bien de symbolisme, une autre lecture, un autre langage, de la danse moderne en l’occurrence, dont l’abord n’est pas aisé. Malgré tout, le sens se fait, la compréhension naît, et si on s’interroge occasionnellement sur le sens à entrevoir, l’harmonie des diverses chorégraphies suffit à réjouir, particulièrement cette danse des pendules, évocatrice et originale.

En définitive, on ressort déconcerté par un petit parfum d’inaboutissement ou d’incompréhension, en conflit direct avec la satisfaction générale retirée de cette expérimentation inattendue.


A suivre : Emergences : galerie


Illustrations : Calédophoto

Ecrit par : MrGouillat (118 Posts)


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fois. Thankiou bien !

7 Commentaires

  1. Léna dit :

    Belles critiques et je crois que nous avons les mêmes avis 😉 http://le-cahier-de-lena.blogspot.com/

  2. BoSS U dit :

    Ce deuxième spectacle semblait plus ardu. Marguerite Duras…
    Mais le texte est une fois de plus bien écrit et les photos sont belles.

  3. Fabvirge dit :

    Très beau texte pour parler de ce spectacle, effectivement un peu plus ardu que le premier.

  4. Wilhelmina dit :

    Félicitations à MrGouillat qui a su si bien commenter et illustrer ces 2 spectacles…

  5. Léna dit :

    J’ai bien apprécié cette soirée. voilà mes critiques http://le-cahier-de-lena.blogspot.com/

  6. Trapard dit :

    Juste ajouter que ce sont particulièrement les troupes de danse contemporaine en NC (Karbal, Nyan, Origin’ etc…) qui utilisent l’illustration audiovisuelle comme “symbolisme, une autre lecture, un autre langage, de la danse moderne en l’occurrence” comme tu dis MrGouillat, donc avec une sorte de détachement qui devient presque “scénique”.
    Les théâtreux (Pacifique et Compagnie, Les Enfants Migrateurs, Les Kydams et j’en passe…) utilisent plus particulièrement la vidéo et le son, de manière interactive, faisant plus directement écho avec le sujet et le message du spectacle.
    Donc les spectacles de danses illustrés d’images vidéo, proposent plutôt un choix de regard au spectateur comme des points de fuites, ou “fenêtres” (ou le contraire, en rappel vers la scène) au-delà de corps qui s’expriment en mouvements. Un sujet assez actuel.

  7. MrGouillat dit :

    Excuses Léna, tes commentaires étaient en attente d’approbation …
    Analyse proche, en effet.

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