Emergences 1 : La baie des dames

Elles sont catin ou femme trompée, elles sont voleuse ou femme battue, elles sont des femmes, parmi tant d’autres, s’extrayant du public pour embarquer sur scène, à destination de la Calédonie et de son bagne. Dépossédées de leur liberté, elles sont dépossédées de leurs biens, pour revêtir l’uniforme terne de la prisonnière.

emergence 2011 Centre culturel jean-marie Tjibaou origin

Maintenant elles peuvent prendre la mesure de leur condition, avec fureur ou résignation, terreur ou révolte, enfermées derrière les grilles, parquées derrière des mur, isolées de la société, pour ne pas dire de la vie.

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Car la mort est présente, la mort les guette dans la promiscuité de leurs cellules. Maladie, malnutrition ou simple fuite vers un ailleurs un peu plus heureux, la mort prend son tribut, au grand damne de celles qui restent et qui doivent ajouter le deuil à leurs tourments.

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Le quotidien ne s’arrête pas pour autant. Le bagne implique les travaux forcés, y compris pour les femmes. C’est le champ, d’abord, sous le soleil écrasant, sarcler, semer, faucher, récolter. Les travaux agricoles finis, alors que fourbues elles n’aspirent qu’au repos, c’est encore l’atelier et la couture, au risque de s’endormir sur l’ouvrage.

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S’il en est pour tenter se révolter, ou séduire les hommes de la garde, pour la majorité les journées vont se répéter, identiques, jusqu’à ce que la peine soit purgée, ou le corps anéanti.

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Difficile en tant que profane de juger de la qualité technique de cette prestation. Quelques certitudes toutefois s’imposent sans grande difficulté.
D’une part, le quatuor à cordes sur scène est une brillante interface entre le concerto de Schubert “la jeune fille et la mort” et la chorégraphie des danseuses. La musique est une composante et donne leur raison d’être aux mouvements, justifie que l’on danse ainsi le bagne.
Par ailleurs, cette représentation du bagne, justement, se veut descriptive. Chaque scène est construite de sorte que le public lise la même histoire, autant de tableaux sur lesquels se pencher avec attention, assez simplement pour se laisser le temps d’être séduit par les enchaînements des danseuses.
Enfin, force est de reconnaître à ces dernières un investissement complet dans leur personnage, chacun reconnaissable d’une scène à l’autre, donc une vie propre malgré l’uniformité des chorégraphies de groupe.

Restent donc, une fois les applaudissements tus, le plaisir d’une lecture particulière, servie avec grâce par ses actrices, et la satisfaction d’un instant bien trop vite vécu.

 

A venir, Emergences 2 : La femme océan, et Emergences : galerie

 

 

Illustrations : Calédophoto

Ecrit par : MrGouillat (118 Posts)


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fois. Thankiou bien !

5 Commentaires

  1. Trapard Creteux dit :

    Très beau texte et belles photos pour un non moins très beau spectacle, élégant, visuellement très agréable et intéressant. J’ai même eu cette impression personnelle de voir un film des années 1910 ou du début des années 1920 (époque du bagne, d’ailleurs), avec certains éclairages striés, l’utilisation du noir et blanc ou certaines symétries dans la chorégraphie. Et les danseuses semblaient presque hantées…
    …Presque une hantise contemporaine, faite de victimisation et d’auto-flagellation vers laquelle nous nous rendons doucement, sereinement avec cette douce pointe de masochisme ( http://www.union-caledonienne.org/elections1.htm ), celle qui nous appelle à penser à relever un peu la tête, de temps en temps…pour nous rendre à des spectacles, par exemple.
    Merci Origin’
    Sinon, je n’ai pas pu rester pour le second spectacle autour d’Hiroshima mon Amour de Duras, mais le sujet trouve ce même écho des culpabilités profondes, (bien que cela concerne plutôt le Japon d’après-guerre et les complexités de la collaboration en France – époque de la naissance des grandes culpabilités nationales).
    “On n’est pas sorti de l’Auberge…” comme disait la vieille au sujet de son vieux qui redemandait encore et encore, avachi sur le comptoir, une nouvelle tournée de pinard à l’Aubergiste…

  2. Trapard Creteux dit :

    Les noms des danseuses :
    Delphine Lagneau,
    Julie Restikelly ,
    Lilwill Coulon-Gatefait,
    Houy-Sy THAO,
    Mara Whittington,
    Flora Bougues,
    Véronique Nave.

  3. BoSS U dit :

    Mission accomplie pour le duo Cri du Cagou et Calédophoto de rendre compte de ces soirées spectacles.

    Ce que je lis sur la baie des dames me donnent vraiment envie d’aller voir le spectacle et j’espère que d’autres représentations seront programmées, ici ou ailleurs, pour y aller.
    Superbe texte et chouettes photos.
    Il manque la mention, d’après moi, qu’il faut cliquer sur les photos pour en profiter dans une taille plus confortable.

  4. Delphine dit :

    Bonjour et merci encore pour cet article très bien écrit et illustré!
    J’ajouterai juste le nom d’une danseuse de la compagnie Origin’ qui a été omise plus haut. Il s’agit de Julie Fortin!
    Le spectacle est programmé pour une tournée en 2012. La compagnie Origin’ communiquera les dates de représentation dès qu’elles seront posées.

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