Journal

 

 

 

Ça faisait des lustres que j’étais installé dans cette vallée,  des lustres qu’avait eu lieu la catastrophe, ce barrage qui avait cédé en haut de la colline et avait emporté tant de monde.

Le temps avait passé mais la menace était restée présente.

 

Depuis quelques temps de nouvelles secousses avaient réveillé la terreur des habitants. “Nous devons réagir, nous rassembler et quitter les lieux avant que ça ne recommence !”. Ces paroles couraient sur toutes les lèvres.

 

Mais nous n’en eûmes pas le temps, le barrage céda et une énorme coulée nous emporta en quelques secondes à peine. Je fus pour ma part aspiré près d’un chemin obscur. La pression étant trop forte, je dus m’abandonner au courant. En dérivant,  je rejoignis une embouchure où un autre torrent humain emportait les habitants d’une vallée voisine venus grossir le nôtre.

 

J’entrevis une lueur au loin, alors que déjà plusieurs corps inertes flottaient à la surface. Le torrent débouchait vers une cascade, il était écrit qu’on allait tous mourir d’une chute vertigineuse.

 

Mais à ma plus grande surprise j’atterris sur une espèce de branche qui plia  sous mon poids et amortit ma chute. Autour de moi, je pus voir que tout le monde n’avait pas eu cette chance, nombre de mes camarades gisaient, morts, disloqués. L’environnement était étrange, les arbres noirs et tordus ne possédaient aucune branche. C’était   comme s’il y avait eu un incendie récemment.

 

Un cri horrible retentit alors… il ne s’agissait pas du cri d’un survivant, ce cri n’était pas celui de l’un des nôtres !

 

C’est alors que je vis un habitant de l’autre vallée qui courait aussi vite qu’il pouvait. “Ne restez pas ici il va vous tuer” souffla-t-il affolé.

Me retournant je vis avec horreur une forme sombre et menaçante se diriger vers moi. Sans réfléchir je me mis à courir  le plus vite possible en me faufilant entre les arbres, mais la forme noire se rapprochait de plus en plus vite. Je dépassai l’autre survivant qui je le savais allait être broyé par cette chose. Je ne pouvais rien faire pour lui, cette chose était trop forte pour la combattre…Comment de telles formes de vie avaient-elles pu se développer ici ?

 

Peut-être mon salut vint-il de cette grotte, plongée dans l’obscurité, mais assez étroite pour que la bête ne puisse m’y suivre. Je m’engouffrai, et respirai enfin lorsque je vis la bête laisser une dernière ombre sinistre et s’éloigner.

 

Je ne pouvais prendre le risque de sortir, j’aurais été dévoré à coup sûr. Le seul espoir était de poursuivre mon chemin dans cet étrange tunnel où se dégageait une odeur douceâtre  et  agréable. Je m’enfonçai doucement jusqu’au fond de mon abri salutaire, me faufilant difficilement entre les parois humides. Epuisé, je finis par m’appuyer contre une protubérance moelleuse et  m’endormis…

 

Mon sommeil fut interrompu par un chant qui venait du fond de la grotte, un chant enchanteur, magique qui m’attira irrésistiblement. Mes forces retrouvées, je me déplaçai alors plus aisément, je ne vis même plus les cadavres que j’enjambais. Ils avaient dû  s’échouer ici et mourir d’épuisement en essayant d’échapper à la bête. Une lumière se reflétait maintenant le long des pans suintant de la grotte et me guidait jusqu’à la source de la mélopée.

 

Et là…La beauté incarnée apparut devant moi, une boule blanche lumineuse, majestueuse, impériale, sublime…Elle m’attirait vers elle, je ne pus lutter contre sa lumière qui m’éblouissait et me subjuguait. Je me rapprochai d’elle jusqu’à la toucher. Elle m’absorba lentement avec une grande délicatesse comme si elle voulait m’envelopper de son amour…

 

Dans un dernier souffle,  j’eus le temps d’accrocher ce message à la paroi douce et palpitante  de cette sphère magique.

J’espère qu’il sera trouvé un jour et peut-être, peut-être,  pourra-t-on éviter une autre catastrophe de cette ampleur.

 

 
– Le 5 septembre 1963 – Journal d’un spermatozoïde –

 

 

Illustration : “Cave” par Throne sur DeviantART

Ecrit par : John Doe (3 Posts)


Nombre de vues :

665

fois. Thankiou bien !

6 Commentaires

  1. miss gouillette dit :

    On ne se met que trop rarement à la place d’un spermatozoïde … j’aime beaucoup ce texte, du début à la chute.

  2. Trapard Creteux dit :

    “J’aime”

  3. Laura dit :

    c’est sûr que ce genre de “catastrophe” est à éviter à tout prix !! 😆

  4. BoSS U dit :

    J’aime aussi beaucoup ce texte
    John Doe, nous te publions encore, quand tu veux 😉

  5. John Doe dit :

    Message reçu ! 😉

Laisser un commentaire