les “niaoulis” en quête de leur passé

Trouvé sur le site du Journal “Courrier du Vietnam” le quotidien vietnamien en langue française, un article relatant le voyage de calédoniens d’origine vietnamienne à la recherche d’anciens travailleurs “chan dang”. Cet article et l’expérience de ces trois calédoniens font échos à l’article de Trapard Créteux “Les Vietnamiens : la communauté «laborieuse» de Nouvelle Calédonie“, publié ici, il y a quelques temps déjà. Trapard Créteux y racontait entre autre, s’appuyant sur les écrits de Jean VanMaï et de Bernard Brou l’histoire de ces engagés volontaires. Pham Ngoc San Roland, Nguyên Van Miên Michel, Bùi Duy Can Rolland ont cherché au Vietnam des témoins de cette époque.

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Trois Calédoniens d’origine vietnamienne ont mis en hibernation leurs affaires à Nouméa pour se documenter pendant un mois au Vietnam auprès des travailleurs qui avaient passé une vingtaine d’années en Nouvelle-Calédonie avant d’être rapatriés il y a un demi-siècle.

Pham Ngoc San Roland, Nguyên Van Miên Michel, Bùi Duy Can Rolland ont achevé à la veille de la Fête nationale française leur tournée d’un mois dans plusieurs villes et provinces vietnamiennes. Ils ont pu interviewer et filmer une vingtaine de nonagénaires et plus dont beaucoup restent étonnamment vifs d’esprit. Il s’agit de “chân dang”, terme vietnamien que se donnent les “engagés sous contrat”, principalement originaires du delta du Nord du Vietnam, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle sous la colonisation française pour aller travailler en Nouvelle-Calédonie ou aux Nouvelles-Hébrides, aujourd’hui Vanuatu. Et les “chân dang” donnaient à leurs descendants nés en Nouvelle-Calédonie l’appellation “niaoulis” en référence à cet arbre nombreux dans le pays et qu’ils s’en servaient comme une plante médicinale.

“Un devoir de mémoire, c’est notre seule motivation”, a déclaré Pham Ngoc San, commerçant à Nouméa, qui approche de la soixantaine. “Nous voulons recueillir les restes de souvenirs de nos ascendants sur les raisons qui les avaient poussés à quitter le pays, et sur leur condition de vie en Nouvelle-Calédonie”. Si certains “chân dang” ont dû quitter le pays et partir à l’aventure pour des raisons d’ordre sentimental ou matrimonial, la plupart furent tentés par l’appel du gain alors que la misère régnait dans les campagnes nord-vietnamiennes.

“On n’a pas la prétention de réaliser un film, au sens strict du mot, seulement mémoriser les images de ceux qui ont vécu avec nos parents et leurs souvenirs susceptibles de nous aider à imaginer les conditions pénibles de la vie des +engagés+ sur les mines de chrome et de nickel ou dans les exploitations agricoles”, renchérit Nguyên Van Miên, un alerte sexagénaire. Les “engagés”, hommes et femmes, travaillaient dans des centres miniers, souvent exploités à ciel ouvert, beaucoup de femmes furent affectés aux travaux de servante ou de cuisinière.

Le groupe a rencontré les derniers “chân dang” à Hanoi, Hai Phong, Hai Duong, Quang Ninh, Nam Dinh, Thai Binh, Ninh Binh, Tuyên Quang, Thai Nguyên et Hô Chi Minh-Ville.

“Ils ont tous connu un passé souvent douloureux”, a résumé Bùi Duy Can. Les sévices corporels et les abus étaient chose courante. Soixante-dix ans après, d’aucuns se souviennent encore de l’expression “à la boîte” que les patrons employaient pour signifier une punition en maison d’arrêt.

Cette quête du passé a pris forme au cours de plusieurs rencontres au Vietnam des “niaoulis” et enfants de “chân ñaêng” nés aux Nouvelles-Hébrides consacrées au cinquantième anniversaire de leur rapatriement entre 1961 et 1964. L’initiative de Pham Ngoc San Roland, Nguyên Van Miên Michel et Bùi Duy Can Rolland fait partie d’autres démarches de “niaoulis” tant en Nouvelle-Calédonie qu’au Vietnam. En particulier, ils tentent de recueillir des témoignages sur les événements relatifs aux “chân dang” pour reconstituer leur histoire.

Les “chân dang”, pour la plupart originaires de provinces surpeuplées du delta du Nord du Vietnam où la famine régnait, furent recrutés volontairement sous un contrat d’une durée de cinq ans. Ils partirent de Hai Phong pour travailler en Nouvelle-Calédonie essentiellement pour les mines de chrome et de nickel, et aux Nouvelles-Hébrides dans les plantations de cocotiers et de caféiers. Douze mille Vietnamiens sont passés successivement en Nouvelle-Calédonie entre 1891 et 1939, date du dernier arrivage. Après les départs prévus par le contrat, en 1939, pour des raisons diverses, 3.940 furent bloqués sur le territoire. La plupart d’entre eux réclamaient leur retour au pays. Après avoir mené de dures luttes et subi de sévères brimades, une vingtaine d’années plus tard, la majorité d’entre eux, alors plus de 5.700 “chân dang” et leurs descendants (de Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides) purent regagner le Vietnam par bateau entre 1960 et 1964 suite aux accords conclus entre Paris et Hanoi. Le dernier des 11 convois accosta Hai Phong le 8 mars 1964.

Michel Duc/CVN/17/7/2011

retrouvez l’article de Michel DUC sur le site “Courrier du Vietnam”

 

Ecrit par : BoSS U (2299 Posts)

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4 Commentaires

  1. Trapard Creteux dit :

    Bonne idée de relayer cet article, BoSS U.
    Pour ceux que cela intéresse, le roman de Jean Van Maï, « Chân Dang » édité au début des années 80 (et épuisé depuis mais trouvable à Bernheim ou autres médiathèques) raconte sous forme de fiction la vie de quelques « chân dang » venus en Calédonie pour travailler dans les mines, leurs raisons, leur quotidien, les “villages”, le rapport à la hiérarchie, la famille, leur vie calédonienne dans les années 1930 etc etc

  2. Trapard Creteux dit :

    J’ai entendu parler il y a plusieurs mois de cela, de recherches identiques entreprises concernant la communauté indonésienne de Calédonie.
    Sinon la Province Sud a filmé et archivé des entretiens de Calédoniens (de toutes origines) ayant eu des rapports plus ou moins directs (économiques surtout) avec les Américains installés en Calédonie durant les années 1940. Espérons que ces images seront diffusées un jour.

  3. BoSS U dit :

    @Trapard Creteux – Welcome back, Trapard

  4. La Calédonie a attiré nombre de Vietnamiens. C’est ça l’appeau de niaouli ? 😐

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