La musique, facteur de cohésion sociale ?

Compte rendu de la conférence-débat de Convergence-pays du 17 juin

La musique est un échange et l’échange est indissociable de la vie sociale. À l’approche de la fête de la musique, dans un pays en construction, il était intéressant de comprendre la relation entre musique et cohésion sociale. Les éléments retranscrits ci-dessous reflètent les principaux points évoqués par les participants, dont Hervé Lecren, Théo Menango, Tevita et Christophe Augias.

La cohésion sociale est atteinte quand chacun trouve sa place et que le groupe avance de concert : ce n’est pas un état figé mais dynamique et ce n’est pas non plus une unanimité mais une harmonie. Le mot même de cohésion renvoie à la coexistence d’éléments hétérogènes.

Ce n’est pas tant la conscience de son identité propre qui contribue à la cohésion sociale, que la recherche de points d’articulations avec les autres membres de la société. Que diverses musiques soient banalisées favorise les échanges sociaux.

La Nouvelle-Calédonie connait plusieurs langues, dont la musique est un vecteur. Chacun peut s’approprier une chanson apprise dans son enfance ou plus tard, dans une langue qu’il ne parle pas. Cette chanson contribue à la construction de sa personne et l’associe de façon particulière à un groupe. C’est un symbole d’harmonie partagée, qui se passe de mot et de lexique. Un Blanc chantant en Païci est considéré différemment par les locuteurs Païci, même s’il ne comprend pas les mots. La connaissance de la chanson induit une reconnaissance de cette langue comme composante de notre culture.

L’art et la musique contribuent à s’accepter soi-même et à accepter les autres, à faire ouvrir les yeux sur son rôle. La musique étant une vibration avant d’emballer un message, elle nous aide à nous mettre au diapason. En Nouvelle-Calédonie, il est difficile d’être reconnu comme membre de la société locale, alors qu’à Tahiti, où la musique tahitienne est un pilier reconnu de la culture locale, on est « chinois-tahitien », « tahitien-blanc » … après deux mois. Il est important que les structures concernées, dont les média, fassent la part belle aux

productions locales quelles qu’elles soient, car c’est la banalisation de la musique locale qui favorise son enrichissement et son rôle social. La société calédonienne serait peut être plus ouverte si elle connaissait un ciment qui la caractérise de façon plus évidente. Permettre à tous d’accéder à la production artistique locale pourrait aider à matérialiser ce ciment.

Paradoxalement, c’est éloignés de la Nouvelle-Calédonie qu’on écoute le plus volontiers les musiques locales.

Est-ce l’illustration de notre solidarité quelle que soit notre couleur pendant nos études en métropole ?

La musique traditionnelle est fondamentale dans la culture kanak, comme dans toutes les cultures de tradition orale. Si une tradition ne peut pas être appropriée par quelqu’un qui ne la vit pas comme telle, la musique en tant que telle n’appartient à personne, elle est volatile. La musique calédonienne ne se décrète pas : elle existe, hétérogène, du kanéka au jazz en passant par le rock et la variété, revendiquant ou non une identité calédonienne spécifique. Tous les musiciens sont libres de leurs sources d’inspiration, encore faut-il que des styles musicaux diversifiés soient à la portée de tous, car ce sont les sons entendus au fil de la vie qui modèlent la façon dont sonneront les accords qu’on jouera.

On chante aussi bien l’utopie que l’amour ou la revendication, et l’évolution de certaines chansons traduit de façon flagrante celle des institutions et des attentes de la société. Par exemple, le kanéka, baptisé en 1986 à Canala, est de moins en moins radical dans ses paroles. On remarque aussi que les groupes choisissent des noms plus authentiques que dans les années 80, plus « enracinés ».

Le parallèle avec le corps humain est facile : un bras ne sera jamais une jambe, mais les deux ont besoin d’être liés pour que le corps fonctionne. La musique peut être ce lien nécessaire entre les gens pour faire fonctionner une société : « tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

Ecrit par : enok (31 Posts)


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fois. Thankiou bien !

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