1er congrès de la jeunesse kanak 2

Suite du Numéro de “Parole” le journal d’information du sénat coutumier sur le 1er congrès de la jeunesse kanak à la tribu de Bangou, Païta, pays Djubea Kapone.

Le discours du président du sénat coutumier.

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La synthèse (1ère partie)

L’objectif du premier Congrès de la Jeunesse Kanak était de rassembler des jeunes kanak des huit aires coutumières de Nouvelle-Calédonie, de leur donner la parole pour débattre et échanger sur des sujets de préoccupations qui les concernent, et émettre des propositions pour l’amélioration de leur situation.

Méthodologie

La méthodologie des ateliers s’est fondée sur le vécu des jeunes, leurs connaissances, leurs expériences, les échanges, le partage de leurs préoccupations et de leurs aspirations profondes.

Durant ces deux jours, les jeunes ont fait part de nombreux constats sur des questions qui les interpellent directement telles que le rapport à l’identité, à leur culture et à la citoyenneté, sur l’école, la santé, le social, le bienêtre, la formation, la sécurité, l’accès à la prise de décision, à la bonne gouvernance, l’insertion professionnelle et le développement en terres coutumières. Si ce premier Congrès de la Jeunesse Kanak a permis une circulation de la parole, il a aussi révélé l’existence de nombreux obstacles à la libération de la parole qui restent à surmonter. Les jeunes se sont adressés aux plus âgés, aux Vieux. La parole s’est inversée : « Les Jeunes ont parlé, les Vieux ont écouté ». La parole s’est échangée entre les jeunes et elle a eu une portée positive et constructive. Les jeunes ont aussi appris le vrai sens de la parole, sa valeur, ce qu’elle doit comporter, véhiculer et traduire dans la construction de leur identité et de leur devenir..

Identité

Selon les jeunes congressistes, la question identitaire ne devrait pas se poser car chacun et chacune appartient à un clan et doit par conséquent s’affirmer en tant que tel là où il vit que ce soit à la tribu ou en ville. Pour eux, la terre constitue le fondement des valeurs identitaires du peuple kanak. La relation du Kanak à sa terre fait partie de son identité mais cette relation a été perturbée en profondeur par la Colonisation et les mauvais traitements subis par leur peuple. Ce qui suscite une interrogation pour les jeunes : Comment être kanak alors que la spoliation des terres, résultat de la Colonisation, n’est pas encore totalement réglée de nos jours malgré les dispositifs mis en place depuis de nombreuses années ? Le lien à la terre est sacré et détermine la raison d’être de l’homme kanak et toutes ses relations sociales et claniques à l’intérieur de sa société. Cet enracinement à la terre définira aussi sa légitimité à l’extérieur de sa propre société et du pays. La rencontre et le partage entre les différentes cultures du pays participe au renforcement de l’identité culturelle de chacun et à sa dignité selon les jeunes.

L’école

Par ailleurs, les jeunes pensent que l’école ne prend pas suffisamment en compte les valeurs de leur culture (le respect, la tolérance, l’humilité, la solidarité, l’hospitalité, le partage, la valeur et le sens de la parole, les savoirfaire indigènes…), ce qui a pour effet la non-transmission de celles-ci dans le système éducatif actuel qui contribue davantage à leur perte et à leur appauvrissement qu’à leur renforcement et à leur maintien. La question reste de savoir comment transmettre ces vraies valeurs à l’école ? L’école doit se situer dans le prolongement de l’éducation aux valeurs culturelles de la société autochtone ainsi que des savoirs indigènes à didactiser (transformer ces savoirs en connaissances transmissibles dans le système scolaire) de manière à ce que le jeune kanak ne se sente pas en rupture avec sa culture à l’école. L’école, outil d’émancipation, doit enseigner toutes les étapes de l’histoire kanak du pays de manière à ce que les jeunes kanak puissent s’approprier l’histoire de leur peuple pour mieux apprendre l’histoire des autres.

Formation

La formation des jeunes kanak est une question importante à prendre en compte. Leur marginalisation du développement est la conséquence d’une scolarité infructueuse et d’une insuffisance de formations appropriées à leur niveau scolaire, à leurs connaissances, à leurs acquis et à leurs aspirations. Il est nécessaire de mettre en place un système d’éducation populaire et de formation visant à favoriser les apprentissages de la culture kanak, tels les EPK et MFR, pour nos jeunes. Le manque de formation sur la gestion globale et financière des ressources nécessaires au montage d’un projet ainsi que l’absence de suivi scolaire dans les maisons communes et les discriminations dont sont victimes les jeunes kanak représentent un frein à l’émancipation des jeunes.

Culture

Comment concilier le développement du Pays avec la valorisation de l’identité culturelle kanak demeure une question préoccupante pour les jeunes. Le manque de soutien des autorités coutumières et trop de préjugés freinent le développement des projets initiés par les associations de jeunes en terres coutumières. Comment remédier à cela avec les autorités coutumières pour mieux prendre en compte les jeunes dans le développement social et économique en milieu tribal afin de leur permettre de contribuer pleinement à ce type de développement nécessaire à la construction du pays. Les artistes kanak présents, eux, pensent qu’ils ont plus avancé dans la recherche et la maîtrise de la culture et de l’identité kanak à travers l’expression de leur art en faveur de l’épanouissement de l’être kanak. En rapport avec le foncier, les jeunes congressistes interpellent

le Sénat Coutumier de manière à ce que cette institution accentue leurs actions pour accélérer la mise en oeuvre du cadastre coutumier afin de permettre à chaque clan de s’approprier son histoire pour la sauvegarde de leur identité et de leurs valeurs culturelles ainsi que du bien-être des personnes, de leur mobilité et de leur sécurité et contribuer à promouvoir le développement économique sur les terres coutumières.

Citoyenneté

La citoyenneté est un concept importé pour les jeunes kanak qu’ils ne comprennent pas toujours. Que signifie la citoyenneté pour la jeunesse kanak afin qu’elle puisse réellement se l’approprier ?

Qui sont les citoyens du Pays ?

Comment nous identifier nous, les jeunes kanak, par rapport aux autres citoyens du pays? Quelle est notre véritable légitimité sur notre terre, dans notre pays ?

Comment pour les jeunes se préparer à construire l’Indépendance du pays kanak ? Quels enjeux et quelle société pour l’avenir ? Quels sont les véritables effets de la mise en oeuvre de l’Accord de Nouméa pour les Jeunes ? Le Rééquilibrage profite-t-il réellement aux jeunes ? Pour les jeunes congressistes, la citoyenneté de demain doit s’analyser dans l’Indépendance de leur pays à laquelle seront associées les autres ethnies. Selon les jeunes, les concepts de sécurité et de mobilité sont perçus différemment selon que l’on appartienne à une culture ou à une autre.

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Ecrit par : BoSS U (2299 Posts)

Membre fondateur du site. Souvent appelé par ses nombreux admirateurs, l'Administrateur Suprême, il accepte volontiers le diminutif de BoSS, si c'est dit avec respect et un peu de trémolo. Vous pouvez le contacter par mail (bossu@lecriducagou.nc) en cliquant sur l'enveloppe ci-dessous


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2 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    Je trouve la synthèse étonante et surtout cette partie sur la citoyenneté :
    Un concept importé, certes
    Mais que les jeunes congressiste ne comprennent pas toujours ? Alors qu’ils sont dans un rassemeblement citoyen ? Y’a un truc que j’ai du mal à saisir

  2. elriko dit :

    il y’a des choses sur les quels nous devons travailler au niveau des conseil des district (organisation regroupant les clans) dans ce qu’on appelle les régions, notamment cette question de citoyenneté. La citoyenneté ça se vit d’abord…le principale mode d’apprentissage du kanak est ” fais et tu comprendra…” donc, pour ma part…l’idée en tout cas développée auprès des gens avec je bosse, c’est…”agis comme un citoyen et tu comprendra”…mais citoyen de quoi…de ton district…pour être citoyen du pays…on verra après!!!

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