EST-IL EXACT QUE NOUS VIVONS PLUS LONGTEMPS ?

Voici, pour Le Cri du Cagou, un court texte de réflexion proposé par Dorian Gray (cinéphile et bibliophile, comme son pseudonyme l’indique) sur l’âge de la retraite.

Nous l’en remercions.

Sophocle

EST-IL EXACT QUE NOUS VIVONS PLUS LONGTEMPS ?

Les contresens sur l’âge de la retraite.

Un des grands débats politiques de ces dernières années porte sur le financement des retraites. Le postulat avancé est, qu’avec l’augmentation de la durée de vie, il faut retarder l’âge du départ à la retraite, afin qu’il reste suffisamment d’actifs pour financer les versements par répartition.

Deux arguments majeurs de cette thèse sont erronés. Voyons cela.

1.— Nous vieillissons plus longtemps : une idée fausse.

L’augmentation de la longévité est une idée qui plaît à tous. À une époque où tout fait débat, personne ne cherche à la contester. Le problème est que l’information est fausse.

La longévité est calculée en faisant la moyenne d’un échantillon des durées de vie des membres d’une population. Une espérance de vie de 40 ans ne veut donc pas dire que les hommes et les femmes de cette population meurent à 40 ans, car le calcul intègre toutes les morts prématurées, de maladies ou d’accidents, dès le plus jeune âge. Mais il intègre aussi ceux qui, épargnés par ces vicissitudes, ont l’occasion de vieillir bien au-delà de 40 ans.

Par conséquent, le facteur augmentant la longévité d’une population n’est pas principalement le fait de vivre plus vieux, mais c’est avant tout la diminution des morts prématurées. La formule : « Nous gagnons X jours de vie tous les ans » est trompeuse. Il ne faut pas confondre « nous vivons globalement plus longtemps », et « nous vieillissons plus longtemps ». Il est vrai que « nous vivons plus longtemps », parce que moins de personnes meurent prématurément ; les vies sont donc en moyenne plus longues. Mais il est faux que « nous vieillissons plus longtemps », et cela, même si l’on soustrait du calcul la mortalité infantile.

Il est donc faux de dire que la période de retraite augmente.

Prenons pour exemple l’époque la plus reculée sur laquelle nous ayons des indications de longévité : la Grèce antique (4 ou 5 siècles avant J.-C.). La probabilité d’une mort prématurée y était plus élevée que de nos jours, ne serait-ce qu’à cause des guerres ou encore de la condition de certains esclaves. Cela dit, comment vieillissait-on à cette époque ? Si on enlève ceux qui sont morts au combat, ou assassinés (comme Phillipe II, père Alexandre le Grand, ou Alexandre lui-même présumé empoisonné), on constate que très peu meurent avant 60 ans, et un bon nombre atteignaient déjà le « quatrième âge » :

— Sophocle (le célèbre auteur des tragédies) : 91 ans

— Thalès de Millet (un des pères de la philosophie grecque) : 76 ans

— Xénophane de Colophon (poète et théologien) : 95 ans

— Périclès (fameux dirigeant démocrate d’Athène) : 66 ans

— Anaximandre de Millet (philosophe et homme de science) : 65 ans

— Hippocrate de Kos (homme de religion et scientifique) : 83 ans

— Démocrite d’Abdère (Inventeur de l’anatomisme) : 90 ans

— Épicure (le grand philosophe) : 72 ans

— Anaximène de Milet (philosophe) : 60 ans

— Clisthène (politicien, démocrate) : 63 ans

— Héraclite d’Éphèse (philosophe) : 60 ans.

— Socrate (célèbre philosophe) condamné à mort, il avait déjà : 71 ans

— Diogène de Sinope (philosophe cynique) : 89 ans

— Démosthène (écrivain et orateur), il se suicide à l’âge de 62 ans.

Cet échantillon peut ne pas être représentatif, il n’en indique pas moins que le vieillissement de l’époque n’a rien à envier à celui que l’on connaît aujourd’hui. Il reste à prouver que nos conditions de vie actuelle, et notamment que les apports de la médecine, permettent, à ceux qui ne sont pas morts prématurément, de vieillir plus longtemps.

2.— Le rapport actifs/retraités, un déséquilibre très provisoire.

Deuxième contresens soutenu sans vergogne par les tenants d’une retraite toujours plus tardive : il y aura systématiquement plus de vieux. Ce vieillissement de la population nous est présenté comme une évolution inéluctable et irréversible de la société, entraînant nécessairement le repoussement de l’âge de la retraite.

L’idée est évidemment fausse, car s’il y a de plus en plus de vieux et de moins en moins de jeunes, il n’est guère nécessaire de fournir un gros effort intellectuel pour comprendre que cet « excès » de vieux, à moins qu’ils soient immortels, ne peut que disparaître dans les années à venir, entraînant une diminution de la population globale, et bien sûr son rajeunissement. Pour qu’il y ait réellement toujours plus de vieux, il faudrait qu’il y ait toujours plus de jeunes, pour les remplacer à leur mort !

En somme, le vieillissement d’une population est forcément un phénomène éminemment transitoire, qui ne saurait imposer des mesures confiscatoires du repos mérité en fin de vie.

3. — À qui profite le crime ?

On peut en effet se demander quels sont les motifs qui poussent à confisquer les retraites. Peut-être est-ce tout simplement la bêtise de nos élus. Ou alors, une fois de plus, s’agit-il d’un moyen pour certains de s’enrichir aux dépens des autres ?

Dorian GRAY.

AvatarEcrit par : Trapard Creteux (971 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


5 Comments

  1. Avatar BoSS U

    Travillons plus pour faire gagner plus à nos patrons !
    Vive a retraite à 75 ans !
    (excellent article ! Merci beaucoup Dorian Gray ! En espérant lire ici, d’autres sujets de réflexions de ce genre !)

  2. Avatar Trapard Creteux

    “Travaillons plus pour faire gagner plus à nos patrons !”…Si ce n’est pas ce qu’on appelle, la solidarité…
    :-p

  3. Faudrait-il être célèbre pour vivre plus longtemps ?

  4. Avatar BoSS U

    Lilas >> 😀

  5. Avatar Trapard Creteux

    Lilas >> écris des poèmes qui resteront après ta mort.

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