Sida, je vis…j’écris

Alors que Solidarité Sida-NC a fêté ce week-end à la F.O.L. la journée mondiale du Sida, avec de nombreux artistes locaux, j’ai pu découvrir un très beau livre écrit par de nombreux contaminés anonymes, édité par Grain de Sable en 2002 et réédité par les Editions Tabù tout récemment.

Un recueil de textes parfois drôles, souvent angoissants ou tristes mais toujours écrits avec un positivisme surdoué, qu’ils abordent les thèmes de la confrontation avec le (ou la) partenaire, la famille, le milieu médical, le lieu de travail ou les difficultés d’insertion que peut entraîner la maladie.

J’ai choisi de vous proposer ces deux courts textes en illustration :

temps qui passe

Une victoire sur moi-même

Après avoir vécu 4 ans avec la maladie, j’ai rencontré une nana qui me plaisait beaucoup. Nous nous sommes courtisés pendant 5 ans.

Cinq ans de longs moments passés ensemble. Mais plus on s’aimait, plus je m’enfonçais dans un labyrinthe, sans savoir comment en sortir. Car je pensais au moment où il faudrait lui dire la vérité.

Comment réagirait-elle ?

Et comment j’aillais m’y prendre ?

Et puis j’ai entendu à la télé que la moyenne de vie était de 10 ans, j’ai donc pensé je pourrais partir en silence, sans la rendre malade. Nous vivions à ce moment-là une grande amitié, sans rapports sexuels.

Mais, et c’est là le problème, il s’est passé que plus on se voyait, plus on s’aimait. Je ne pouvais plus faire marche arrière parceque les deux familles étaient devenues tellement proches que le mariage était inévitable.

Un jour donc, elle me demande quand on va se marier “car cela fait un moment que tu m’as demandé en mariage et j’attends toujours”.

Je lui ai dit : “Un soir, je te dirai et te demanderai tout.”

J’ai pris deux jours de congés, j’ai rassemblé mes plus belles chansons romantiques. Le soir venu, je vais la chercher et nous partons faire un tour.

Nous avons commencé par le Mont-Dore, ensuite Dumbéa, Païta, toujours avec de la musique “dance” et retour vers l’Anse-Vata.

En arrivant vers Nouméa elle me dit brusquement :

-“Alors, qu’est-ce que tu voulais me dire de si important parce qu’avec tous ces tours, je commence à avoir faim et à être fatiguée !”

Nous sommes partis au snack acheter quelque chose à manger et au bord de la plage, je lui ai tout avoué.

Ca a été dur et je lui ai dit que si elle me laissait, je la comprendrais.

En fin de compte, elle m’a dit : “Tu m’as fait faire tous ces tours rien que pour me dire ça ?

Alors, tu n’as pas compris que quand une femme aime quelqu’un, c’est par Amour, qu’importent les valeurs de la vie ?”

Au fond de moi, je venais de remporter une victoire sur moi-même !

Je lui ai laissé deux semaines de réflexion et elle m’a répondu qu’elle voulait vivre et se marier avoir moi pour m’aider et me soutenir.

Je lui ai répondu que je ne voulais pas d’une infirmière mais de quelqu’un comme elle qui sache me réconforter et m’épauler dans les moments difficiles.

Elle a juste terminé en me disant qu’elle voulait être ma femme.

couple

Mes chers parents adorés,

Je prends la plume aujourd’hui pour vous annoncer que je suis séropositive. Mon dieu, la seule chose que je ne peux pas accepterc’est de vous faire du mal. Je n’arrive pas à vous le dire en face : on est une famille tellement heureuse et soudée. Je n’ai pas le courage de vous faire souffrir en vous disant tout ça à haute voix. J’ai donc choisi de me taire, et de vivre avec ce putain de virus en moi, pour nous préserver, pour nous préserver, pour vous garder avec votre joie de vivre, votre bonne humeur. J’ai l’impression d’apporter le malheur dans notre petite famille. En gardant le secret pour moi, je pourrai vous épargner tout ça. Je ne veux pas lire sur votre visage une peine comme celle-là parce que je ne pourrais pas m’empêcher de me sentir coupable. Coupable de ne pas avoir mis ce préservatif qui m’aurait sauvé la vie. On était tellement bien avec… x … que petit à petit, l’amour prenait de plus en plus de place. On se sentait forts de nos sentiments et la peur du SIDA s’estompait peu à peu.

Mam, quand tu me disais parfois : j’espère qu’avec … x … vous vous protégez !”, je répondais “bien sûr”. C’était vrai au départ. Et puis…

Avec deux amours à mon actif, on ne peut pas dire que je prenais beaucoup de risques. Maman pourquoi c’est arrivé à ta petite fille ? Pourquoi ?

On essaie toujours de trouver des explications valables à ce qui nous arrive. Et on ne trouve pas. C’est bizarre de se sentir aussi coupable face aux évènements malheureux qui nous atteignent. Le sida a quelque chose en plus des autres maladies : il est transmis par le sexe. Quand on apprend qu’on est séropositif, on croit entendre une condamnation. Par pour une faute commise, mais tout simplement parce qu’on a fait l’amour avec son petit ami.

Peut-être que dans quelques années, lorsque j’aurai réussi à faire passer le sida au second plan, j’aurai le courage de vous le dire. Pour l’instant, je uis encore trop fragile. Trop fragile pour supporter les ravages que cette annonce pourra faire sur vous. C’est dur de vous expliquer pourquoi je me tais.

Pourquoi j’ai le sentiment que la peine que je ressens en apprenant ma séroposivité me paraît moins importante que celle que je risque de ous faire à vous, mes parents.

J’imagine trop bien la douleur de ceux qui apprennent que leur fille va disparaître dans une dizaine d’années. Que leur petit bébé de 25 ans ne ser plus à leurs côtés. Quand je ne serai plus là, vous, vous continuerez à souffrir. Tout ça me fait tellement mal que j’ai décidé de ma taire.

Je demande à tous les parents qui liront cette lettre de parler du sida avec lurs enfants, de ‘informer et de les informer sur ce danger. Ne laissez pas le sida vous prendre vos enfants, comme il m’a prise. Le sida m’a eue parce que je ne m’en méfiais pas.

Ne vous laissez pas avoir. Mon malheur servira au moins à protéger d’autres personnes, d’autres jeunes.

Laissez-moi cet espoir.

Crédit photos :

Eric Dell’Erba

Ecrit par : Trapard Creteux (963 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

5 Commentaires

  1. Mati dit :

    ce sont deux très beaux textes, merci..

  2. BoSS U dit :

    De rien
    On est comme ça nous !!! Surtout Trapard

  3. Trapard Creteux dit :

    Je n’en ferai rien…

  4. BoSS U dit :

    La lettre
    Le second texte est vraiment poignant

  5. Trapard Creteux dit :

    Oui c’est vrai.
    Je me rends compte que j’ai mis deux textes qui abordent le même sujet : mensonge aux autres et à soi-même, pour repousser l’échéance…
    J’aime beaucoup le premier aussi.

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