Le Parti Communiste de Nouvelle Calédonie : L’action politique

Revoici un extrait de la thèse d’Ismet Kurtovitch consacrée au Parti Communiste Calédonien, dont Le Cri du Cagou, vous présente un épisode chaque lundi .

Pour revenir aux épisodes précédents :

-Introduction

-L’Association des Amis de l’URSS

-I.1. L’action patriotique

aujourd’hui :

I. 2. L’action politique.

Personne en Nouvelle-Calédonie, à l’annonce de la création de l’Association des Amis de l’URSS ne croit sérieusement que ses initiateurs vont se cantonner dans la défense et l’illustration des mérites de l’armée et du système soviétique. De même, on n’est pas convaincu du caractère « essentiellement philanthropique et intellectuel » du nouveau groupement (article 18 de ses statuts). Le passé et la personnalité des principaux membres du bureau de l’association augurent d’une activité politique en bonne et due forme.

En effet, son président, conseiller général de 1922 à 1940 (avec une courte interruption entre 1925 et 1928), est le porte-parole reconnu des petits colons et de la classe ouvrière européenne. Dans ses nombreux articles de presse et ses professions de foi électorale, Paladini dénonce la toute puissance des sociétés minières et du grand commerce, réclame l’instauration d’une fiscalité plus juste, la territorialisation des mines, une réforme agraire et un statut d’autonomie pour la Nouvelle-Calédonie. Pionnier du syndicalisme paysan et ouvrier, Paladini, qui se réclame ouvertement du marxisme qu’il contribue à populariser, jouit d’une audience certaine dans la population européenne et n’est pas un inconnu chez les Mélanésiens pour lesquels il sollicite et obtient l’attribution de secours, notamment après le passage des cyclones.

La secrétaire de l’Association n’est pas, elle non plus, une novice. Femme généreuse et dévouée – « comment avons-nous connue Jeanne, raconte son amie Odette Pillac, en descendant du Tour de Côtes, le « Mawata »  en 1930 ou 31 . La société minière du Diahot, à Tao, avait fait faillite et le scandale avait atteint Nouméa. Plusieurs familles, dont mes parents, ayant tout perdu (salaires, rapatriement, etc…) rentraient sur la capitale. Au pied de la passerelle attendaient Jeanne et d’autres personnalités dont je n’ai pas le nom en mémoire, ils nous ont accueillis et aidés les premiers jours. Ensuite, il a fallu établir des dossiers, plaintes, etc… et elle a apporté à mes parents tout son soutien. D’une grande instruction, elle savait où il fallait s’adresser. Comme à chaque fois les réponses étaient négatives, il fallait toujours continuer à se battre et Jeanne était toujours là pour conseiller et soutenir le moral ». Elle est, jusqu’en 1944, secrétaire du syndicat professionnel calédonien qui regroupe principalement les ouvriers européens de l’usine de Doniambo (Nouméa).

Doniambo

Antoine Martinetti, du bureau de l’association, est rentré en Nouvelle-Calédonie au début de l’année 1940, après un séjour de douze ans à Paris où il adhère au parti communiste français (section de Saint-Ouen). D’emblée, il se fait remarquer par sa combativité et devient délégué général du syndicat professionnel calédonien. A ce titre, il est, par exemple, désigné pour représenter les ouvriers métallurgistes  européens dans le « comité de Gaulle » chargé de préparer le Ralliement.

La rébellion d’une partie de la population européenne contre le haut-commissariat, en mai 1942, est l’occasion de la première intervention directe dans l’arène politique des Amis de l’URSS. Jeanne Tunica y Casas et Antoine Martinetti en liaison avec le groupe gaulliste de MM Rabot et Vergès, tous deux parmi les principaux acteurs du Ralliement, se démènent pour empêcher que le haut-commissaire nommé par le général de Gaulle  soit expulsé du pays à la suite des événements liés au rappel à Londres du gouverneur Sautot. Plusieurs tracts sont distribués pour inciter les ouvriers métallurgistes européens à ne pas se joindre à la grève générale déclenchée à Nouméa. L’enjeu est immense. En effet, l’arrêt de la fusion aux hauts fourneaux de Doniambo peut provoquer la réquisition de l’usine par les Américains, lesquels ont besoin du nickel calédonien dont ils estiment déjà la production insuffisante. D’autres tracts sont adressés aux miliciens, dirigés par le capitaine Dubois, chargés de l’encadrement « militaire » de la rébellion.

A chaque fois, le patriotisme et l’esprit de classe sont invoqués. Ainsi, ce passage d’un tract destiné aux miliciens : « « voulez-vous rester français ? Si vous le voulez, vous ne devez pas suivre les leaders qui molestent et kidnappent les officiers français qui sont venus combattre avec nous. Si vous le voulez, vous ne devez pas suivre les leaders qui disent : « la milice est sous commandement américain et son leader (protégé par des sentinelles américaines) appartient à l’Etat-Major du général Patch ». La milice française, créée par un gouverneur français, a été placée sous les ordres des autorités civiles et militaires françaises. Cela doit le rester. Attention, ne suivez pas ceux qui vous disent : pour la nationalité, on verra plus tard. Nos alliés américains nous garderons leur estime et leur amitié si nous restons nous-mêmes, si nous restons français ». Et celui-ci, intitulé « Camarades »  : « l’heure est grave. Vous devez savoir qui vous dirige. Qui profitera de ce mouvement. Qui décide la grève ? Camarades, ouvrez les yeux. Le grand patronat tire les ficelles de connivence avec la banque de Vichy [il s’agit de la succursale calédonienne de la Banque de l’Indochine dont le siège social est à Paris, son président (Paul Baudoin) est membre du gouvernement à Bordeaux puis à Vichy de juin 1940 à janvier 1941]. A chaque fois que vous avez fait grève pour obtenir l’amélioration de vos conditions de vie et celles de vos familles, le grand patronat disait que c’était un crime et il vous sacrifiait sans pitié et sans considération pour vos enfants. Aujourd’hui, ce sont eux, les gros patrons qui, sentant que le pouvoir ne leur appartient plus, vous incitent à cesser le travail… Le départ du gouverneur Sautot n’est qu’un prétexte ». Ces exhortations ne sont pas sans effets puisque le 9 mai, au plus fort de la grève, à l’unanimité, les trois cents adhérents du syndicat dirigé par Martinetti décident de « rester neutre » et se préparent même à affronter les miliciens en raison de leur « attitude hostile et menaçante [envers] notre organisation ». En brousse et à Nouméa, une minorité de miliciens ne se joint pas au mouvement et démissionne de l’organisation paramilitaire créée au lendemain du Ralliement. Parallèlement à ces actions de propagande politique ouverte, Martinetti et Tunica y Casas prennent contact avec le haut-commissaire Thierry d’Argenlieu et effectuent quelques missions de liaison.

Après la crise, fort de cette efficace contribution au maintien de l’autorité du gouvernement central, celui du général de Gaulle, en Nouvelle-Calédonie, les Amis de l’URSS bénéficient de relations privilégiées avec les deux gouverneurs qui succèdent, sous l’autorité du haut-commissaire basé à Londres puis à Alger, à l’infortuné Sautot : Henri Montchamp et Christian Laigret. Paladini et Thierry d’Argenlieu entretiennent également des relations cordiales.

Ainsi Montchamp, chargé par le commissaire national aux colonies d’élargir la représentativité du conseil d’administration, propose d’y nommer Paladini et Martinetti. De même, il n’est pas hasardeux d’affirmer que le projet de généralisation des allocations familiales que Montchamp soumet au mois de septembre 1942 au  conseil d’administration, est à porter au crédit du  groupe de pression constitué par le Syndicat Professionnel Calédonien et les Amis de l’URSS, lesquels multiplient les démarches en faveur des ouvriers et des petits fonctionnaires particulièrement défavorisés par la hausse des prix et des loyers consécutive à la présence du corps expéditionnaire américain.

Après le départ précipité du gouverneur Montchamp (juin 1943), Christian Laigret, empêché de mettre en œuvre la nouvelle composition de la première assemblée du pays préparée par son prédécesseur, est contraint de composer, notamment avec la minorité de gauche, avant de convoquer le conseil d’administration dans sa composition initiale. « Le gouverneur, rapporte Jeanne Tunica y Casas à un correspondant de brousse, nous a promis la dissolution du fameux conseil d’administration, de veiller au bien-être des prolétaires, d’améliorer dans la brousse les conditions scolaires et médicales, etc… etc… et surtout de faire payer les gros et  d’exonérer les petits et de tous les impôts et taxes, nous ne pouvons qu’applaudir à ce programme et en attendre la réalisation. Le lendemain, nous nous sommes rendus en grand nombre, Amis de l’URSS et Syndicats, au Conseil d’Administration… ». De fait, Laigret annonce officiellement qu’il projette de réaliser un grand nombre de réformes sociales et fiscales et presse le gouvernement central d’engager la procédure de nationalisation de la société le Nickel.

Rappelé à Alger par le général de Gaulle, le gouverneur Laigret est remplacé par Jacques Tallec dont l’arrivée à Nouméa (février 1944) coïncide avec une orientation nouvelle de l’action politique des Amis de l’URSS. En effet, au fur et à mesure de l’avancée des troupes alliées en Europe continentale et dans le Pacifique Nord au cours de l’année 1944, la conjoncture politique nationale et calédonienne se délie. Le renouvellement du conseil d’administration, les réformes de structures dans l’ordre économique et fiscal, le changement du statut des populations immigrées (vietnamienne et indonésienne) et autochtone, sont désormais à l’ordre du jour. Les Amis de l’URSS s’en saisissent pour faire prévaloir leurs points de vue non sans résultats puisque son président est élu au conseil général le 21 janvier 1945 et qu’à cette date, à l’initiative de sa secrétaire, la première section du futur parti communiste calédonien est déjà constituée (la section vietnamienne).

vendeuses vietnamiennes

Quand Tallec remplace, le 10 septembre 1944, le conseil d’administration par un conseil privé chargé d’expédier les affaires courantes en attendant l’élection d’un nouveau conseil général, Paladini lance une pétition pour protester contre ce nouveau conseil « dont, écrit-il, aucun membre ne relève ni du gaullisme ni de la résistance française » et, aussi, contre la « politique personnelle » du gouverneur accusé de « maintenir l’autocratie de l’argent [et de] résister aux décisions de la résistance française ». Plusieurs dizaines de signatures sont déjà recueillies quand Tallec, fort opportunément, sollicite par écrit l’avis de la classe politique sur les modalités pratiques de l’élection du futur conseil général (nombre de sièges, nombre de circonscription et vote des femmes) – Paladini est destinataire d’une « lettre de consultation » signée Tallec-. La diversion réussit, l’attention des pétitionnaires se déportant aussitôt sur la nouvelle échéance électorale.

Pour préparer ces élections les Amis de l’URSS vont tirer avantage du rétablissement des relations postales avec la France métropolitaine. En effet, à partir du dernier trimestre de l’année 1944, Nouméa reçoit toutes les informations permettant de prendre la mesure de l’importance respective des forces politiques composant le nouveau gouvernement central – le Gouvernement Provisoire de la République Française, remanié le 9 septembre, deux communistes en font partie, ce qui est une surprise pour beaucoup. Dès lors, il apparaît clairement aux uns et aux autres qu’en France métropolitaine le prestige et l’influence du Parti Communiste français se comparent avantageusement avec celui des autres partis politiques de l’échiquier politique (le Parti Socialiste (SFIO), le Parti Radical et le Mouvement Républicain Populaire) -. Fort de cette conjoncture, favorable au possible si on y ajoute le prestige dont bénéficient l’URSS et l’Armée Rouge, socialistes et communistes calédoniens créent une organisation commune à l’instar de leurs camarades métropolitains – le 4 décembre 1944 à Paris, un comité d’entente SFIO-PCF est constitué avec comme tâche principale de préparer l’unité organique des deux partis -.

Pierre Hubert Jeanson
Pierre Hubert Jeanson

Le 20 décembre 1944, Pierre Hubert Jeanson, socialiste, lance un appel à l’adhésion adressé « au peuple des Français de Nouvelle-Calédonie » au nom d’un comité d’action socialiste et communiste « en formation ». « Si nous sommes assez nombreux, annonce Jeanson, nous présenterons une liste aux élections du conseil général sur le programme du Parti communiste français ». L’appel fait également l’éloge du général de Gaulle « grand-chef qui nous a sauvés » et de l’Union Soviétique « tombeau  de  l’armée  allemande  et  avant-garde  du progrès sous toutes ses formes ». La démarche est couronnée de succès. Une liste est constituée, avec à sa tête Paladini, lequel obtient sur son nom, au premier tour, le plus grand nombre de suffrages après Bergès, président sortant du conseil d’administration présenté par le Comité Calédonien. Au deuxième tour, allié avec le Comité Calédonien, le Comité d’Action Socialiste et Communiste obtient l’élection de cinq des siens, soit trois communistes (Florindo Paladini, Jean Augias, César Debien) et deux socialistes (Pierre-Hubert Jeanson et Gabriel Monin). C’est assez dire que l’action politique des Amis de l’URSS s’avère payante.

Parallèlement à cette action politique classique, l’association des Amis de l’URSS préside aux premières tentatives d’organisation des travailleurs asiatiques et prend part ouvertement à la défense de leurs intérêts matériels et moraux. Une première en Nouvelle-Calédonie pour des Européens. Au mois de juin 1944, quelques employés vietnamiens de la Société Le Nickel sollicitent Jeanne Tunica y Casas. « En 1944, raconte-t-elle, la délégation susmentionnée [il s’agit de « Soan, Ru, Phien, N’guyen, Say »] est venue me faire connaître les légitimes revendications des travailleurs indochinois, qui étaient soumis à une répression barbare de la part des assassins des Hauts-Fourneaux, autrement dit, à des sévices, des tortures (non, ces termes ne sont pas outrés). Assumant la tâche de défendre leurs intérêts, je recourus à l’aide de Maître Jeanson, ex-président du Tribunal de Vila, exerçant alors le métier d’avocat à Nouméa; de maître Bourdinat, avocat à Nouméa et d’Henri Lemonnier, chef du Service Economique (au Gouvernement général), plus tard avocat auprès du Tribunal de Nouméa, trois personnalités connues par tout le monde comme des gens de droits, partisans de la justice et ce, afin que je ne me heurtasse pas aux embûches et ne m’écartasse point des chemins de la légalité ». Partant, ils se chargent de transcrire et de transmettre aux autorités les revendications des Indochinois, mais également de négocier en leur nom, notamment à l’occasion de leur première grande grève, celle du 1er janvier 1945. « Nous venons, ce jour, écrivent plusieurs d’entre eux à maître Bourdinat « leur défenseur », vous prier de communiquer notre lettre à Monsieur le Gouverneur. Par Madame Tunica, nous savons ce que vous avez déjà fait pour nous, et nous savons également que le chef de la colonie, ne vous a donné aucune réponse quant à nos justes revendications…En conséquence nous tous, Indochinois travaillant dans la colonie soit dans les entreprises privées, soit dans les mines, soit à l’Usine de la Société « Le Nickel » à Doniambo, avons décidé d’arrêter le travail, le 1er de l’An 1945 si satisfaction ne nous est pas donnée et vous prions respectueusement de bien vouloir en informer le chef de la colonie ». En fait, une grève est déclenchée précipitamment dès octobre 1944 à la suite d’une intervention musclée de la direction de l’usine de Doniambo. L’épisode provoque une série de grèves sur les sites miniers dans les communes de Thio, Voh, Koumac – Paagoumène. Sauf à Thio où les soldats tuent un ouvrier vietnamien et en blessent un second, ces conflits durement réprimés se déroulent sans autre effusion de sang.

Par l’intermédiaire du secrétaire général de l’association France-URSS à Alger, Tunica y Casas fait parvenir au parti communiste français un dossier complet sur la main-d’œuvre immigrée sous contrat. De même, mais pas par des voies détournées, plusieurs articles sont publiés aux États-Unis et en Australie. « En Amérique, rapporte-t-elle au « cher camarade Hao », il y a deux articles à votre sujet qui viennent de paraître, un dans le journal communiste et l’autre dans le New Yorker ». Seule de tous les candidats aux élections, la secrétaire des Amis de l’URSS, invoquant la Charte de l’Atlantique, alerte l’opinion et les « futurs conseillers généraux » sur la question de la main-d’œuvre asiatique. « Dans vos programme, lance-t-elle dans une tribune libre publiée à la une de la France Australe, vous vous êtes empressés cependant de spécifier que seuls les Calédoniens pourraient à l’avenir avoir des professions libérales. Or, vous et moi savons dès maintenant : 1°) que le statut des Javanais et des Tonkinois sera changé dans leur pays d’origine après la guerre… 2°) que les Javanais et les Tonkinois en Nouvelle-Calédonie ayant fini leur contrat vont demander en masse à retourner chez eux dès qu’il sera possible (étant donné la douceur, la mansuétude, l’intelligence et le compréhension de certains employeurs envers eux). Et vu les conditions sociales nouvelles où ils se trouveront vous ne pourrez nullement les en empêcher. Car ils trouveront toujours un appui effectif dans toutes les conventions internationales déjà existantes. 3°) Que la France et la Hollande ne vont tout de même pas sacrifier leurs belles colonies de l’Indochine et des Indes Néerlandaises aux intérêts même vitaux d’une petite Colonie telle que la Nouvelle-Calédonie. Qui pense le contraire est un aveugle ou un imbécile. Dans ces conditions, que deviendront vos beaux Programmes Messieurs les Conseillers, tous basés sur cette main-d’œuvre qui va vous échapper ?… C’est là le point crucial et la seule question vraiment vitale pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. A moins cependant que nous ne voulions vider les tinettes, marcher sur les scories brûlantes du Nickel, pousser les wagonnets de minerai à Thio, à la Tiébaghi etc… et travailler nous-mêmes ». Ce probléme est néanmoins parfaitement circonscrit. En effet, la mécanisation des procédés d’extraction du minerai, l’exploitation de gisement à basse teneur grâce à la mise au point de nouveaux procédés de fusion, la prise en compte des principales revendications sociales des ouvriers asiatiques, l’octroi de la résidence libre et, enfin, le recrutement en plus grand nombre de salariés européens et mélanésiens, permettent au Territoire d’éviter l’affrontement avec la communauté asiatique, forte de douze mille sept cents âmes au recensement d’août 1946 (les Européens et étrangers sont dix huit mille cinq cent dix).

Quelques mois après avoir propulsé les premières doléances des travailleurs vietnamiens sous contrat, Jeanne Tunica y Casas leur propose de créer un « Parti populaire anamite, section indo-chinoise de l’Association des Amis de l’URSS ». La proposition est acceptée puisque le 1er novembre 1944, « en exécution des ordres émanant du parti principal à Nouméa », le groupe d’ouvriers vietnamiens déjà à l’initiative au plan social, adopte le programme d’action et les statuts du nouveau parti, dirigé par un comité de cinq personnes. Jusqu’en 1949, Vu Van Soan et N’guyen Nhat Phien assument les fonctions de co-présidents de cette singulière section de l’association des Amis de l’URSS de Nouvelle-Calédonie.

Peu de Mélanésiens sont en contact avec les Amis de l’URSS. Cependant, des développements ultérieurs de l’action politique de Paladini et Tunica y Casas, il est possible de supposer que certains grands  chefs, Kowi Bouillant et Vincent Bouquet notamment, et quelques salariés de Nouméa, ont rencontré ces derniers à plusieurs reprises.

De son côté, Naisseline, qui fait partie de l’association, rencontre le couple Tunica y Casas et leurs ami(e)s politiques. Dans une lettre de félicitations adressée à Paladini après son élection au conseil général, le chef du district Guama (Iles Loyauté), ajoute en post scriptum : « S’il vous plaît, veuillez transmettre à Madame Tunica et à nos amis de la capitale nos souhaits de bonne et heureuse année des Indigènes de Maré faisant parti du Comité des Amis de l’URSS ».

Après les élections au conseil général (janvier 1945) et la fin de la guerre, l’association des Amis de l’URSS cesse toute activité, ses responsables participant activement à la vie politique intense qui caractérise les années d’après guerre.

Malgré la modestie de ses initiatives et l’audience limitée de leurs échos dans la population, l’association des Amis de l’URSS fait œuvre utile car après l’arrivée du corps expéditionnaire américain et une fois éloignée définitivement la menace japonaise, l’esprit patriotique des Calédoniens dépérit tandis que la volonté de s’enrichir n’épargne personne.

L’Association des Amis de l’URSS se trouve être également le prolongement du principal syndicat ouvrier européen et aussi, le moyen par lequel l’ex-conseiller général Paladini poursuit son action politique avec, c’est l’apport de Jeanne Tunica y Casas, une inflexion plus radicale au fur et à mesure de l’apparition, à partir de 1944, des nouveaux enjeux politiques liés aux mouvements d’émancipation des populations autochtones (les Mélanésiens) et des immigrés (les Vietnamiens et les Indonésiens).

Lundi prochain, un nouvel épisode sera consacré à :

La naissance du Parti Communiste Calédonien.

Crédit photos :

“Calédoniens” de Patrick O’Reilly (Société des Océanistes n°41)

” Centenaire de la présence vietnamienne en Nouvelle Calédonie” de Jean VanMaï (Centre Territorial de Recherche et de Documentation Pédagogique).

Ecrit par : Trapard Creteux (949 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

4 Commentaires

  1. MAKKS dit :

    BONJOUR
    SVP QUELLE PEUT ETRE LA QUESTION POSEE LORS DU PROCHAIN REFERENDUM D AUTODETERMNATION ?
    MERCI ET BONNE JOURNEE

    • Trapard Creteux dit :

      Indépendance :
      Oui ou NON ?

    • BoSS U dit :

      Je pense que la question aura trait aux compétences régalienne.
      Ce seront normalement les dernières compétences à transférer à l’état naissant :
      – assurer la sécurité extérieure par la diplomatie et la défense du territoire ;
      – assurer la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre public avec, notamment, des forces de police ;
      – définir le droit et rendre la justice ;
      – détenir la souveraineté monétaire en émettant de la monnaie, notamment par le biais d’une banque centrale ;
      détenir la souveraineté budgétaire en votant le budget de l’État, en levant l’impôt et en assurant la gestion des finances publiques.

      Du style, la Nouvelle-Calédonie doit-elle acquérir les compétences régalienne de la défense, de la police, de la justice et la souveraineté monétaire ?

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