Le Parti Communiste de Nouvelle-Calédonie, un épisode singulier de l’histoire politique calédonienne [L’association des Amis de l’URSS]

Voici après l’Introduction de la thèse d’Ismet Kurtovitch sur le PCC, parue lundi dernier, la première partie consacrée à L’association des Amis de l’URSS.

Bonne lecture à vous…

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Le 18 juillet 1941, peu de temps après l’entrée en guerre de l’Union Soviétique aux côtés des alliés (22 juin 1941), Florindo Paladini, qui n’a pas peur des mots, sollicite « à la demande générale de la population calédonienne », l’autorisation du gouverneur pour fonder, « comme en Australie, en Nouvelle-Zélande et partout dans le monde », un groupement dénommé : les amis de l’URSS. Henri Sautot interroge Londres en précisant qu’il y est favorable et que la requête émane  « d’un groupe [de la] population ralliée ». Le général de Gaulle ayant donné rapidement son accord, le gouverneur s’emploie, comme convenu avec le chef des Français libres, à limiter les moyens d’action du futur groupement. Ainsi, les Amis de l’URSS se voient interdits de tenir des réunions publiques et s’engagent à renoncer à toute activité politique. Enfin, pour que les choses soient bien claires, Sautot met personnellement en garde Paladini. « Je tiens aussi, lui écrit-il, à bien marquer que l’approbation de ce groupement ne saurait entraîner celle d’un parti communiste quelconque. La colonie et la France-Libre s’interdisant, tant que durera la guerre, la formation de partis politiques quels qu’ils soient ».  Les deux hommes se connaissent déjà et sont membres d’un comité gaulliste à Païta où réside Paladini.

Henri Sautot
Henri Sautot

Les préalables étant levés, le 30 août, vingt-six personnes, en comptant le représentant de la police, tiennent dans une salle de la mairie de Nouméa l’assemblée générale constitutive de l’Association des Amis de l’URSS. Il n’est pas indifférent, évidemment, de constater que quatre des huit membres du bureau élu ce jour-là se retrouvent, cinq ans plus tard, dans celui du parti communiste de Nouvelle-Calédonie. Il s’agit de Florindo Paladini (président), Jeanne Tunica y Casas (secrétaire), Félix Arsapin (membre), Sully Pillac (membre). Les statuts du groupement, approuvés par le gouverneur, sont publiés dans la presse et au Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie le 22 décembre 1941 précédé de la mention : « Association légale reconnue par le général de Gaulle ».

Bien qu’elle revendique, deux mois après sa création, l’adhésion effective de deux cent cinquante cinq personnes – dont le gouverneur Sautot -, la nouvelle association est d’importance modeste mais bénéficie d’un courant de sympathie dans les milieux populaires. Paladini, à sa façon, le dit à Sautot : « Notre groupement se recrute parmi toutes les classes de la société calédonienne, mais plus particulièrement dans la masse des travailleurs ayant conscience du rôle prépondérant que jouent les armées russes dans le conflit où se décide leur liberté. C’est de ces classes travailleuses que sont sortis la plupart de nos volontaires [du Bataillon du Pacifique]». L’Association des Amis de l’URSS fonctionne jusqu’en 1944 grâce à l’opiniâtreté de Paladini et de Tunica y Casas, en liaisons avec  quelques correspondants à Nouméa et en brousse. La tâche n’est pas aisée car pratiquement toutes les formes d’activité de l’association (réunions du bureau, communiqués, articles de presse, collectes de fonds) sont soumises à l’autorisation préalable du chef de la colonie. Malgré ce handicap, l’association multiplie les initiatives et, surtout, se mue au fil des ans, en un groupe de pression politique. Et ce, à l’instar de son homologue gaulliste, les Comités de Gaulle.

Nous suivons séparément les deux volets de l’activité des Amis de l’URSS.

Prochain épisode, lundi prochain : “L’action patriotique”.

Crédit Photo :

Photo extraite de “Calédoniens” de Patrick O’Reilly (Société des Océanistes n°41)

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-l’introduction

Ecrit par : Trapard Creteux (949 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

2 Commentaires

  1. semard comme pierre dit :

    avez vous ne serais ce qu une ébauche de musé sur nos communards

    • Trapard dit :

      Bonjour,
      Ça n’a pas grand chose à voir avec le PCC mais nous avons des expositions régulièrement sur le sujet.
      De mémoire, il y a eu une belle exposition sur les Communards en 2005 au centre culturel Tjibaou avec de nombreuses photos et des enregistrements sonores.

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