Les Vanuatais : la communauté « oubliée » de Nouvelle Calédonie.

Travailleur de Tanna, à Païta en 1868

Travailleur de Tanna, à Païta en 1868

L’esclavage ayant été aboli vers 1830, il a fallu, aux colons européens du Pacifique, établir des contrats « adaptés » pour faire travailler une main d’œuvre peu chère. Les Mélanésiens considérés comme « fainéants » mais surtout, et en réalité, craints par les colons, furent rarement employés aux travaux de commerce ou autres…

Alors que l’administration française fit d’abord venir des travailleurs indiens de la Réunion, dans les années 1850, pour des contrats de 5 ans, ce fut ensuite le cas des Néo-Hébridais qui aidaient au commerce de la bêche-de-mer, mais aussi du bois de santal à l’île des Pins. Ces premiers travailleurs des Nouvelles Hébrides venaient surtout d’Efaté et de Tanna. Cette main d’œuvre bon marché devint très nécessaire lors du boom du minerai de 1873, où l’on entassait des recrues dans des goélettes ou autres bateaux, avec un poids limite dépassé, au risque de chavirements.

insulaires des iles Salomon recrutés pour la Nouvelle Calédonie

insulaires des iles Salomon recrutés pour la Nouvelle Calédonie

Au début des années 1880, un scandale judiciaire éclata entre les Nouvelles Hébrides et Nouméa. Des « recruteurs » locaux étant chargés de trouver de la main d’œuvre à Ambrym, Tana, Santo (et autres îles), les autochtones refusant de travailler dans les mines (avec les difficultés que cela impliquaient) ou de vivre dans un « pays » où le coût de vie est démesuré, ces « recruteurs » armés, recrutaient de force les insulaires, et en les abattant froidement en cas de refus. Le mot exacte est « kidnapping ».

recrues originaires des Nouvelles Hébrides

recrues originaires des Nouvelles Hébrides

L’administration française alertée, une enquête est ouverte, et finalement, parait le 5 mai 1882, un arrêté ministériel qui imposait la cessation de l’immigration océanienne dans la colonie. Le décret fut vite suspendu mais les insulaires, de par cette prise de conscience, évitaient l’arnaque. Alors que fut de nouveau décrété, en 1984, l’arrêt du commerce de main d’œuvre, ce dernier créa une variante. Profitant que l’immigration libre ne constituait en aucun contrôle sur place ou sur le lieu de travail, les colons employèrent des « recruteurs » britanniques qui n’étaient inquiétés ni par l’administration français et qui n’effrayaient pas les insulaires, pour remettre en œuvre leur trafic douteux.

recrues néo-hébridaises

recrues néo-hébridaises

De janvier 1887 à mars 1890, 1 221 travailleurs « libres » (dont des femmes et des enfants), originaires des Nouvelles Hébrides et des îles Salomon, arrivèrent dans la colonie. Ces travailleurs n’étaient pas inscrits sur les listes du Bureau de l’immigration et aucun paiement n’était perçu par le gouvernement. L’Administration ne pouvait exercer aucun contrôle sur les conditions de travail, le règlement du salaire, la distribution des rations et des vêtements ou le rapatriement.

livret d'immigration pour le travail de Lolote âgée de 8 ans

livret d’immigration pour le travail de Lolole âgé de 8 ans

De plus, à partir de 1893, le recrutement s’est surtout déroulé dans l’île de Tanna par la distribution de fusils, ce qui aggravait considérablement un conflit armé qui venait d’éclater dans le l’est de l’île.

2 travailleuses à Nouméa en 1915

2 travailleuses à Nouméa en 1915

Les années 1890, est aussi l’époque de l’immigration massive d’asiatiques en Nouvelle Calédonie. Cette importation devenant conséquente, les Néo-Hébridais devinrent une source de main d’œuvre secondaire. Ils continuèrent cependant à être régulièrement importés par lots d’environ 100 par an, jusqu’à la fin des années 1920. Nous les retrouvons dans des emplois de domestiques ou de manœuvres. L’année 1912, fut aussi l’année des premiers essais d’importations de travailleurs wallisiens, longtemps après les vagues d’arrivées massives des années 1950.

travailleurs néo-hébridais, canaques et javanais dans les plantations en 1905

travailleurs néo-hébridais, canaques et javanais dans les plantations en 1905

Avant la deuxième guerre mondiale, on ne dénombrait pas moins de 15 000 Néo-Hébridais installés en Nouvelle Calédonie.

Après la déclaration d’indépendance au début des années 1980, les Nouvelles Hébrides, devenues le Vanuatu, ont vu certains de ses habitants quitter la misère de leur pays pour venir s’installer en Nouvelle Calédonie.

Aujourd’hui encore, la communauté vanuataise de Nouvelle Calédonie, intégrée au reste de la population (et classée dans « autres ethnies » lors des divers recensements) est souvent assimilée aux Kanaks, sans en posséder ni les traits, ni les coutumes.

Sources (Photos & Infos) : Dorothy Shineberg, “La main-d’oeuvre néo-hébridaise en Nouvelle Calédonie” (Société d’Etudes Historiques de la Nouvelle Calédonie)

Ecrit par : Trapard Creteux (963 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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10 Commentaires

  1. BoSS U dit :

    très chouette article encore une fois !

  2. Trapard dit :

    Merci merci.

  3. asukileusu dit :

    l’esclave a été aboli définitivement en 1848…

  4. Trapard Creteux dit :

    C’est vrai, mais à peu près.

    Voici ce qu’en dit wikipedia :

    Décret d’abolition de l’esclavage : le 27 avril 1848.

    “Plusieurs mesures visant à l’abolition de l’esclavage furent prises sous la Monarchie de Juillet : par exemple, les esclaves reçurent un état civil en 1839 ; l’esclavage fut supprimé à Mayotte en 1843.

    Victor Schoelcher, nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 sous-secrétaire d’État à la Marine et aux Colonies par le ministre François Arago, contribua à faire adopter le décret sur l’abolition de l’esclavage dans les Colonies. Le Décret d’abolition du 27 avril, signé par tous les membres du gouvernement parut au Moniteur, le 5 mars. 250 000 esclaves des colonies françaises devaient être émancipés.
    Dans les colonies africaines françaises

    La loi de 1848 ne s’appliquait cependant pas à l’Algérie, pourtant déclarée la même année partie intégrante de la République. Elle ne prévoyait pas non plus le statut des esclaves présents sur les territoires d’éventuelles nouvelles colonies. Saint-Louis du Sénégal et Gorée bénéficièrent de la loi mais toutes les nouvelles possessions africaines postérieures à 1848 furent soumises à un régime particulier, défini par un arrêté de Faidherbe en date du 18 octobre 1855. Ce dernier stipulait que les possesseurs d’esclaves favorables aux autorités françaises pourraient conserver ceux qui sont désignés sous le qualificatif euphémisé de « captifs ». Les récalcitrants se virent imposer la libération de leurs esclaves dont certains furent regroupés à partir de 1887 dans des « villages de liberté », qui permettaient à l’administration française de disposer d’une main d’œuvre commode employée aux travaux de construction. Une grande part du corps des tirailleurs sénégalais provint jusqu’en 1905 d’anciens esclaves affranchis. Le 12 décembre 1905, un décret s’appliquant à l’Afrique-Occidentale française interdit l’atteinte à la liberté d’un tiers : il prohiba, sans l’évoquer explicitement, la pratique esclavagiste. La tolérance à l’esclavage resta cependant élevée comme en atteste la persistance de l’institution au Mali.”
    (…)

    Pour ce qui est du Pacifique, c’est beaucoup plus vague. Le mieux serait déjà de lire le livre de Dorothy Shineberg, « La main-d’oeuvre néo-hébridaise en Nouvelle Calédonie » (Société d’Etudes Historiques de la Nouvelle Calédonie) que je cite plus haut, et qui se trouve à Bernheim.

  5. Trapard Creteux dit :

    Je me demande pourquoi certains articles se transforment en textes pour presbytes 😯

    • BoSS U dit :

      Je me demande pourquoi certains de tes articles se sont transformés en textes pour presbytes 😯
      :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
      Mais bon ça se corrige (ça prend du temps mais c’est possible)

  6. asukileusu dit :

    il y a une différence entre fin de l’esclavage (1848) et de la colonisation qui ne s’est terminée qu’en 1945 ou 46, je ne sais plus très bien, avec la suppression de l’indigénat, et ensuite avec les mouvements de décolonisation qui ont suivi. Pour votre information, Wikipedia n’est pas une source fiable si vous souhaitez vous renseigner sur un sujet sérieusement.

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