biodiversité en NC – Menace des Espèces Envahissantes

Les espèces introduites envahissantes en Nouvelle Calédonie …  Les espèces envahissantes :

La vie, apparue sur Terre il y a quatre milliards, a depuis évolué avec constance, les espèces tentant de s’adapter à la présence des autres et aux conditions spécifiques de chacun des milieux qui les abritent. Ces derniers sont séparés par des barrières naturelles (mer, reliefs, désert, climat, …) qui les isolent les uns des autres. Cet isolement a favorisé l’apparition de nouvelles espèces : des mutations génétiques locales ont constitué des combinaisons originales qui ont connu ensuite leur propre évolution, c’est le processus de spéciation que Darwin a décrit au XIXème siècle. 

Ainsi, des territoires hébergent des espèces qui sont certes adaptées aux contraintes locales, biotiques et abiotiques. Par contre, elles peuvent ne pas être adaptées à d’autres espèces qui ont évolué ailleurs. Quand une espèce franchit ces barrières et arrive sur un nouveau territoire, elle peut succomber ou être amenée à s’installer. Cette installation se fait souvent aux dépens des espèces locales qui, jamais confrontées à la nouvelle venue, n’ont pas eu l’occasion de développer des stratégies d’adaptation à son encontre. On parle d’envahissement si cette espèce a une forte capacité à se multiplier et à occuper le milieu. L’impact se traduira notamment par des phénomènes de prédation ou de compétition, qui peuvent conduire à des régressions fortes, voire à des disparitions d’espèces locales.

L’homme, comme tout être vivant, cherche à accéder à de nouveaux territoires. Son évolution technique lui a permis de franchir la plupart des barrières et l’espèce humaine est maintenant présente dans de nombreux écosystèmes très différents. Parallèlement, ses besoins en termes d’échanges croissent régulièrement, ainsi que les technologies  (navigation, …) lui permettant de satisfaire ces besoins. 

Toutefois, lors de ces déplacements et échanges, les hommes peuvent transporter volontairement ou non des animaux et des plantes. Ils leur permettent ainsi de franchir des barrières qui s’opposaient à leur dissémination et d’exprimer éventuellement une capacité d’envahissement. Ce phénomène, qui était ponctuel à l’état naturel, prend, sous l’influence anthropique, une proportion autre au vue de la croissance des échanges mondiaux. Les conséquences constatées et attendues sont une régression de la biodiversité et un impact négatif sur les économies locales (agriculture, tourisme, …), voire la santé des populations, une invasive pouvant également être vecteur de maladie.

 

Le milieu insulaire et le cas de la Nouvelle Calédonie :

Les océans sont, des barrières naturelles évoquées ci-dessus, parmi les plus efficaces, proportionnellement à la distance séparant deux terres émergées. Les franchissements par des animaux ou végétaux terrestres sont rares mais peuvent se produire à l’occasion d’un événement exceptionnel (cyclone, …). A titre d’illustration, le cas de ce crocodilien arrivé à Lifou par la mer du Vanuatu, à l’occasion d’un cyclone.

Du fait de cet isolement, les milieux insulaires sont particulièrement sensibles aux introductions. C’est notamment le cas des archipels de l’océan Pacifique qui, du fait de la taille de ce dernier, sont particulièrement isolés les uns des autres.

La Nouvelle-Calédonie est posée sur un socle géologique qui s’est détaché de l’Australie il y a 80 millions d’année environ (à une époque où, par exemple, le groupe des mammifères n’était qu’embryonnaire, sur une terre dominée par les reptiles). On peut donc estimer que cet archipel est biologiquement isolé depuis cette période. La dérive tectonique vers l’Est l’a conduite à sa position actuelle, à 1500 km de l’Australie et 2000 km de la Nouvelle Zélande. Cette hypothèse issue des observations géologiques est confirmée par la parenté forte entre les ensembles floristiques néo-calédoniens, australiens et néo-zélandais. Ce dernier pays étant également issu d’un détachement de l’Australie.

Cette histoire explique les spécificités biologiques de la Nouvelle-Calédonie : absence de certains groupes comme les mammifères (exception faite des chiroptères, arrivés par la voie des airs) ; très fort taux d’endémisme (jusqu’à 100% selon les groupes) et biodiversité mondialement reconnu. 

Aussi, quand les premiers hommes sont arrivés il y a trois mille ans, ils ont abordé des terres d’une grande richesse biologique, avec des écosystèmes variés témoin des reliefs et des sols en place. Dans les pirogues, ils avaient avec eux des espèces avec lesquelles il leur était habituel de voyager (tubercules, bananiers, cordyline, …) pour des raisons culturelles et/ou alimentaires. Egalement présents, des passagers clandestins moins désirables, dont certains allaient exprimer un comportement envahissant, tel le rat polynésien Rattus exulans encore présent de nos jours et très actif dans la quasi-totalité des différents écosystèmes (il aurait contribué à l’extinction d’au moins 20 espèces de vertébrés).

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certains arbres voient 100% de leurs fruits mangés par les rats, ne pouvant donc plus se reproduire

A noter que les hommes également peuvent également être qualifiés d’espèce envahissante, par leurs actions de prédations (des études archéologiques ont mis en évidence la disparition d’espèces non adaptées à la chasse) et de destruction de milieux, qui peut s’apparenter à de la concurrence pour l’espace.

L’arrivée des européens sur de grands navires au XVIIIème marquera l’accroissement des introductions dont certaines ont été très positives sur le plan économique ou d’agrément. Malheureusement, d’autres ont été catastrophiques pour la biodiversité, l’économie (comprenant non monétarisée, dans le sens : « activités dont l’homme espère retirer un bien-être ») et la santé. Ces introductions ont connu un accroissement fin XIXème puis le long du XXème (avec un pic notable lors de la présence américaine dans les années 1940) qui se prolonge de nos jours avec des transferts de populations et des besoins matériels en constante hausse. Les projets miniers actuellement en cours de développement peuvent également être source d’introduction, du fait des nombreux échanges induits.

La nécessité de mettre en place une politique de contrôle des espèces envahissantes en Nouvelle-Calédonie.

Avec la destruction des habitats, les espèces introduites sont la plus grande menace portée aux écosystèmes néocalédoniens. La qualité de vie des habitants peut également être localement fortement impactée, souvent avec un préjudice économique quantifiable. C’est pourquoi il convient de mettre en place en Nouvelle-Calédonie un plan de gestion sur cette problématique, à l’instar d’autres ensembles insulaires du Pacifique.

Une part de la population directement impactée a pris conscience d’elle-même de la nécessité d’agir, une autre part (dont certains décideurs politiques) a également été sensibilisée par le travail d’information des scientifiques, techniciens et associations. Toutefois, de nombreuses personnes n’ont pas conscience des enjeux et on peut regretter que les moyens mis en place ou actuellement évoqués ne soient pas suffisants.

Il y a sans doute 3 raisons à cette situation :

  • Nous manquons encore en Nouvelle-Calédonie d’informations scientifiques complètes et non contestables. De nombreux pans de la biodiversité ont été peu ou pas étudiés, par manque de moyens. Il faut alors émettre des hypothèses à partir d’observations partielles ou extrapoler à partir d’études effectuées dans d’autres îles tropicales, ce que les chercheurs ne font que prudemment. De plus, les interactions sont parfois complexes avec parfois des effets négatifs et positifs pour la même espèce.
  • Les populations semblent peu concernées (car mal informées ?). Le problème des envahissantes n’est pas jugé prioritaire, quand il n’est pas simplement ignoré. L’apparition d’une nouvelle espèce n’est pas perçue comme une menace mais parfois même favorisée (par dissémination active ou par laisser-aller). Les avantages à court terme (souvent esthétique, dans le cas des plantes) occultent les dangers à long terme.
  • Le partage des compétences entre les institutions de la Nouvelle-Calédonie. Ces dernières, issus de l’accord de Nouméa, sont encore jeunes et les domaines de compétences peuvent se chevaucher. Ainsi, la surveillance aux frontières est du ressort de la Nouvelle-Calédonie et la protection de l’environnement dépend des provinces. Dans le cas d’une introduction récente (une plante classée parmi les pires au monde), les partenaires institutionnels ont perdu du temps précieux avant de savoir qui interviendrait. Par ailleurs, les décideurs sont aussi les payeurs, ce qui pourrait orienter les priorités.

Conséquences indirectes : les réglementations ne sont pas toujours harmonisées ou manquent d’ambition (par ex, dans les faits, la propriété privée prime sur l’intérêt public comme l’a montré l’échec de la lutte contre le Bunchy Top du bananier).

C’est pourquoi il conviendrait de mettre en place une réelle politique publique de contrôle des espèces introduites …

PS : chaque année, 25 à 50 000 espèces disparaissent de la planète du fait de l’homme.

AvatarEcrit par : enok (31 Posts)


3 Comments

  1. J’aime ce style d’article
    Bienvenue à toi Enok
    Il faudrait penser à une illustration par contre
    Très prochainement des outils aideront à la mise en page des articles

  2. Je rejoins BoSS U ce type d’article est tout à fait le bienvenu et très instructif! Vivement le prochain!!

  3. Merci pour l’article

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