Le Grand Chef Noël et la révolte kanak de 1917

Bien avant la Première Guerre Mondiale, on l’a vu dans un article précédent, la répartition des terres par l’administration française vers les colons s’est faite au profit des indigènes. Le bétail colon saccageait les champs canaques, ce qui entraina la révolte de 1878.

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Comme si ce n’était pas assez, le gouvernement français imposa, en 1887, le Code de l’indigénat à toutes ses colonies. En Nouvelle-Calédonie, ce code assujettissait les autochtones aux travaux forcés, à l’interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions, aux impôts de capitation (taxes) sur les réserves et à un ensemble d’autres mesures tout aussi répressives. Le Code de l’indigénat distinguait deux catégories de citoyens: les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, c’est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens, etc.

Les sujets français soumis au Code de l’indigénat furent privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques; ils ne conservaient sur le plan civil que leur statut personnel, d’origine religieuse ou coutumière. En somme, on peut dire que le colonialisme pratiqué en Nouvelle-Calédonie s’apparentait à une sorte d’esclavage des populations autochtones: celles-ci furent dépouillées de toute leur identité. Ce système colonial odieux, qui paraît sans aucun doute honteux aujourd’hui mais semblait normal à l’époque, perdura jusqu’en 1946, soit plusieurs années après que les accords de Genève (le 23 avril 1938) eurent interdit toute forme de travaux forcés. Après la loi du 7 avril 1946 abolissant le Code de l’indigénat, les autochtones purent à nouveau circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement.

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De 1913 à 1917 un complot se développe avec tractations occultes, échanges de monnaie noire et de bouquets de guerre. Il a pour foyers les tribus de de la chaîne entre Koné et la Tipindjé (Atéou, Néami, Netchaot, Tiamou, Paoloap, Ouaté) qui avaient une tradition d’insoumission.

L’affaire débuta avec un Pilou manqué, organisé à l’instigation de l’administration qui savait que quelque chose se préparait dans les montagnes et qui voulait désamorcer une querelle qui s’envenimait entre les clans animistes d’Atéou et de Tiamou et les catholiques du Koniambo. L’administration choisit Tiamou comme lieu du pilou. Le chef de Tiamou, Noël Néa Ma Pwatiba avait accepté de l’organiser, mais se ravisa le jour de la cérémonie et mit le feu à sa case. Réfugié sur une hauteur il défia alors par ses harangues les représentants de l’administration. Il s’ensuivit une confusion. Les menottes furent mises aux danseurs envoyés par Noël et du coup celui-ci attaqua la troupe européenne avec les siens. Il en résulta deux blessés européens. Cet incident, camouflet pour l’administration, accrédita le mythe d’une révolte générale et contribua au développement d’une psychose qui contribua à l’engrenage des hostilités. En mai 1917, deux manœuvres mélanésiens furent pris pour des rebelles dans le campement minier du Kopéto. Il s’ensuivit une fusillade. A la suite de cet incident les premiers coups de main se développèrent dans la région de Koné et Pouembout. Puis le 23 mai le campement minier du Kopéto fut attaqué par 80 guerriers. L’assaut fut repoussé. Ensuite les opérations des rebelles passèrent sur la côte Est mais de façon décousue. Plusieurs stations furent attaquées de façon sporadique, notamment le 16 juin la famille Grassin et le colon Papin qui furent massacrés.

Initialement l’admistration réagit sans beaucoup de succès par des colonnes mal renseignées qui n’arrivèrent pas à piéger les guerriers insaisissables. On se décida alors à utiliser des auxiliaires indigènes. Ceux-ci réussirent là où les colonnes n’avaient guère d’efficacité et l’affaire était terminée dès la fin de 1917. Le nombre de rebelles ne semble pas avoir excédé 80 guerriers et les victimes européennes seraient de 8 à 16 personnes.

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Dans cette affaire on a retenu la figure de Noël qui se voulait l’âme de la révolte mais qui semble n’avoir été que le comparse de Cavéat (ou Caféat) chef de Ouen-Kout et véritable meneur de ces évènements.

Un procès eut lieu à Nouméa du 7 juillet au 19 septembre 1919. Il fut marqué par un coup de théâtre, car on y découvrit l’implication du grand chef de Hienghène, Bouarate (voir l’article plus loin), le véritable lanceur du message de guerre et qui avait pris soin de faire éclater la révolte loin de chez lui. Sa ruse ainsi découverte il se pendit. Sur 75 prévenus cinq furent condamnés à mort, 45 aux travaux forcés, 5 à la réclusion criminelle et 8 furent acquittés (il en manque douze donc dans ce compte).

Ecrit par : Trapard Creteux (936 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

13 Commentaires

  1. JC dit :

    Ce qu’on oubli de dire dans cet article, c’est que la fin de la révolte Kanak de 1917 (fin début 1918) a été marqué par la mort du chef Noël, décapité par un Arabe de Koné.

  2. stef dit :

    oui JC et que sa tête est sous un des 2 cocotiers à la gendarmerie de Koné…

  3. atea gus dit :

    Bjr j’habite le lieu dit tiamou qui veut dire “école” d’après ce qu’ont ma dit… sinon pour l’histoire du chef noel raconter cette histoire a tiamou chez nous c’est comme si l’insulter une stèle a été mis pour se rapler du chef mais elle a été détruite par des jeunes qui en fait disent qu’il n’a pas honorer les kanakes mais plutôt déshonoré les kanakes… bref ces jeunes devaient entendre ça de la bouche des vieux de la tribu mais meme si ce chef noel n’est plus la… son esprit est la… a tiamou c’est comme un endroit ou le bruit est interdit mais je crois que depuis ce grand pilou noël a due maudire ce coin… puis c’est trop net bref bref….j’ai hériter de ces terrains grace a mon grand père maintenant la tête de noel est enterré sous un cocotier a la gendarmerie de kone d’après ce que nos vieux nous ont raconter parait meme que ce cocotier ne donne jamais de fruit jusqu’à aujourd’hui…..

  4. BoSS U dit :

    Bientôt au centre culturel Tjibaou le film d’Alan Nogues
    “La dernière révolte”

  5. Yiskah dit :

    Le fameux pilou de réconciliation qu’il y a eut fut organisé par l’administration française en la personne du Chef des Affaires Indigène FOURCADE pour embarquer de force des kanaks pour les enrôlés de force pour la guerre en 1917. 17 kanaks furent embarquer.

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