Le Grand Chef Ataï & la grande révolte de 1878

En 1876, l’administration française distribuant des terres aux colons, fait déplacer les tribus indigènes des plaines (vendues aux colons) vers les vallées.

 

La même année sévit un fort cyclone suivi d’une invasion de sauterelles et d’une très grande sécheresse entre Boulouparis et La Foa, jusqu’en 1877.

 

Le gouverneur de Pritzbuer accorde aux éleveurs un droit de pacage (le bétail ira pâturer dans les réserves pénitentiaires laissées aux indigènes, moyennant paiement à ces derniers). Les éleveurs abusent de la situation et laissent le bétail ravager les plantations canaques.

 

dansesook.jpgLe Grand Chef Ataï de Komalé déclare au gouverneur français Olry à Teremba, en déversant d’abord un sac de terre : « Voilà ce que nous avions », et ensuite déversant un sac de pierres : « Voici ce que tu nous laisses ».

 

Au gouverneur qui lui conseille de construire des barrières pour protéger ses cultures des dégâts commis par le bétail des colons, il répond: « Lorsque les taros iront manger les bœufs, je construirai des barrières. »

 

Ses efforts pour s’entendre avec les Blancs ayant été vains, Ataï choisit la lutte armée.

 

Une rumeur raconte depuis quelques temps que le Chef Ataï s’était épris de la veuve d’un colon qui refusa ses avances, ce qui aurait entraîné sa colère.

 

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L’ objectif d’Ataï aurait été Nouméa. En attaquant par surprise le coeur même de la colonisation il pouvait déstabiliser profondément celle-ci. Les préparatifs furent conduits dans le plus grand secret. Plusieurs clans étaient impliqués dont ceux de Houailou et Canala. Si Ataï a été l’homme symbole de cette révolte, les promoteurs en seraient d’autres chefs et notamment Cavio chef de Nékou secondé par Dionnet chef de guerre à Bourail. La date, symbolique, aurait été fixée au 24 septembre, date anniversaire de la prise de possession, mais d’autres témoignages indiquent qu’elle aurait été prévue pour la fin de la récolte des ignames en juillet ou même, dès le 26 juin.

Mais un évènement imprévu va accélérer les évènements. Le 19 juin 1878 à Ouaménie, la famille Chène, gardiens de la propriété Dézarnauld est sauvagement assassinée par un groupe de mélanésiens. Chêne est un ancien forçat qui avait une femme indigène de Poquereux nommée Medon. L’Administration réagit en incarcérant 10 chefs de tribus. La pression devient alors très forte sur les mélanésiens pour agir vite. L’objectif Nouméa est abandonné. Il est remplacé par une série d’attaques visant l’ensemble du front pionnier de Poya à la Baie Saint Vincent.

revolte.gifLe 25 juin les 4 gendarmes de La Foa sont assassinés et les canaques massacrent la plupart des colons, propriétaires et gérants, de la région depuis le Dogny jusqu’à Fonwhary en passant par Farino. Au total 40 civils sont tués. C’est ensuite au tour de Boulouparis au sud. Le 26 juin le poste de gendarmerie est détruit. La plupart des habitants sont tués. Au nord Moindou est attaquée le 21 août puis Poya les 10 et 11 septembre. Un canot de ravitaillement avec 10 hommes est surpris à l’estuaire de la rivière Poya. Les victimes sont toutes tuées et consommées. A Bourail les colons arabes sont également attaqués, erreur stratégique car ceux-ci sont de véritables guerriers et se mettent à la disposition des forces militaires de la colonie. Ils participeront à la répression avec férocité.

 

A Nouméa c’est la panique, on croît que l’avance des insurgés va se poursuivre vers le sud. Une vingtaine de mélanésiens sont exécutés à Dumbéa (les derniers Ouamous) suite au pillage d’un magasin. Les 130 mélanésiens vivant à Nouméa sont internés à l’île Nou.

 

Le commandant Gally Passeboc prend la tête de la contre offensive mais ne mesure pas l’importance des forces adverses et ne réagit pas de façon appropriée face à une guérilla où toutes les actions se font par surprise. Il est tué dans une embuscade le 3 juillet.

 

Il est remplacé par son second Rivière qui a comprit qu’il faut employer des méthodes analogues à celles des Canaques. Toutefois, en juillet et en août les colonnes tendent à s’enliser dans une guérillas peut productive, brûlant les villages et détruisant les récoltes mais n’arrivant pas à cerner les insurgés. La construction d’un fort à La Foa, terminé le 24 août, est décisive car elle rapproche les bases des militaires français et favorise les effets de surprise. La garnison est de 80 hommes. Comprenant le danger qu’il représente le fort est attaqué par 500 guerriers, mais ils échouent.

 

Parallèlement le Lieutenant de vaisseau Servan basé à Canala réussit seul avec une audace extraordinaire à retourner et rallier le grand Chef des Canala, Gélina et surtout son chef de guerre Nondo. Avec les Canala il marche ensuite sur La Foa. C’est un retournement important, les canaques sont gravement divisés.

 

Le 1er septembre à Fonimoulou, les troupes française assistées par les canaques de Canala et par les arabes attaquent par surprise en progressant hors des sentiers canaques. Elles forment trois colonnes qui cernent le périmètre des insurgés. Ataï est surpris dans son campement par un détachement commandé par le breton Le Golleur accompagné des guerriers de Canala. Le Canala Segou, après un instant d’hésitation, ose lancer sa sagaï sur Ataï et le tue. Témoignage de la férocité de la répression sa tête fut coupée et envoyée en trophée à Paris

 

Malgrè la mort d’Ataï l’insurrection continue mais les insurgés sont déstabilisés. Des renforts d’infanterie de marine arrivent d’Indochine depuis le 18 août 1978. A partir de septembre 1878 la région de La Foa-Moindou est pacifiée. Le foyer de l’insurrection est dès lors plus au nord à Poya et Bourail, mais les insurgés sont maintenant harcelés. L’insurrection est définitivement matée avec la chute de la forteresse canaque d’Adio en décembre 1878.

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Sa tête qui avait été mise à prix 200 F est conservée dans du formol, montrée à Nouméa puis emportée en métropole. Elle a été étudiée en 1882 par le préparateur du docteur Broca, Théophile Chudzinski, qui a publié le compte rendu de son étude dans la Revue d’Anthropologie de Paris. Il est probable que la tête ait été alors entreposée au Musée Broca qui se trouvait à l’époque dans les combles du Musée Dupuytren (ancien couvent des Cordeliers).

 

Aujourd’hui, alors que les Kanaks continuent de revendiquer son retour au pays, elle est officiellement perdue.

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Ecrit par : Trapard Creteux (962 Posts)

Affreux, Sale et Méchant.


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fois. Thankiou bien !

7 Commentaires

  1. elriko dit :

    Mystification de l’histoire…ou détournement de l’histoire à des fins politiques. La motivation profonde des acteurs ne saurait être révélée dans toute son objectivité, du moins il ne se révèlerait que dans sa part de subjectivité.

    Nous n’allons pas refaire un débat historique mais l’objet de ma remarque se veut à contre courant, d’une certaine voie idéologique à mon sens subjectif, bien que je comprenne les enjeux politiques actuels que cela représente pour nos chères politichiens.

    Un peu de géopolitique traditionnelle:

    Il faut avoir en tête le niveau d’organisation atteint par les aires A’jie et Xaaraacuu, pour comprendre l’étendue des zones d’administration, notamment celui du pays xaracuu (concernés par l’histoire de ATAÏ).

    1878, marque la montée en puissance d’un pays émergent, le pays Cirii. Les deux pays sont encore mythiquement rattachés au pays Kawipaa, qui semble arbitrer les conflits permanents entre les deux derniers. Le pays A’jie quand à lui s’étend jusque Bourail et Poya, trouve son point de pivot également dans le pays kawipaa qui jouit d’un statut d’origine mythique, le tronc des deux mains d’un seul et même corps. Xaracuu, kawipaa, Aj’ie

    L’intervention des chefferies contre Ataï, Nondo & Kaké en charge de l’administration de la Vallée vers la haute montagne, Nomeu & Bwaghéa en charge du bord de mer est une action purement politique dans la lutte pour la maîtrise des territoires du haut plateau. Contre un pays dont la puissance ne cesse de croître avec Ataï chef guerrier et non administrateur.

    Mythiquement liés, grâce au pays Kawipaa le Sôu maa, la chute d’avant, la source originelle, l’origine mythique des clans qui ont peuplé le pays xaracuu et le pays Ciri , chaque pays émergent s’affirme, s’émancipe se dédouble et annexe des territoires.

    En premier le pays xaraacuu plus expérimenté et possédant un système administratif puissant a la hauteur de sa géographie, ensuite le pays Cirii, système naissant, avec des clans disséminés et non émancipés encore dépendant des régions de Xaracuu et de kawipaa.

    Ataï en passe de rassembler le pays Cirii et mettre en place une organisation traditionnelle avait en face de lui une administration pénitentiaire et les avis contraires des clans de ses pères (xaracuu). Il a opté pour une stratégie vouée à l’échec. De leurs côté les chefs du pays Xaracuu tentent de maintenir la stabilité dans le pays, vis-à-vis de l’administration pénitentiaire, ils vont tenter de raisonner le pays Cirii, jusqu’au moment ou ils décident d’intervenir. Par la même occasion ils vont éteindre toute tentative de naissance d’un pays.

  2. Ybal Khan dit :

    Bien l’article!et merci de faire en sorte que personne n’oublie l’histoire de ce pays et de son peuple d’origine!!!!Reeessssspect!

  3. yéteii dit :

    ta thése est bonne à mon avis elriko, si il y aurait eu une stratégie privilégiant les réseaux d’alliances du pays ciri peut étre que la Grande révolte aurait pu s’étendre à tout l’archipel.
    Le temps peut étre a précipité les choses avec l’arrestation des chefs du pays ciri.
    Je me demande si ce ne serait pas la premiére fois dans la kanaky nouvelle calédonie qu’on a régit en tant que nation avec ce soulévement?

  4. elriko dit :

    Salut,
    Ce que j’ai écris proviens de la mémoire orale des clans…le triangle infernale de cette époque ” Aj’ie Aarôô – Kawipaa (intégrée xaaraacuu) et xaaracuu et xaaragurèè avait depuis quelques temps (combien ? je ne sais pas) une montée en puissance ; une étude archéologique dans ma région tente de déterminer l’époque d’une pseudos diffusion des groupes, depuis kouaoua. Ce qui poserait la région de Kawipaa comme origine de peuplement, qui a agis comme le point d’un cercle d’où l’on part pour y revenir et pour y repartir une seconde fois, ce cercle s’étendant sur toutes les aires linguistique du territoire et des îles.

    Il eut une 1ère diffusion post coloniale, qui a sonné le déclin de la culture de Fajà suite à une querelle (selon le mythe), cela a produit peu après l’émergence et la montée de la Culture des MEA poussée par les clans « gardiens de la parole» protecteur éternels après l’éclatement des peuples.

    Ces gardiens possèdent dans leur mémoire orale, le mythe de la recomposition des clans, du mythe de Kawipaa, ils racontent comment ils sont partis chercher ceux qui s’étaient fâchés de Fajà pour créer MEA.

    Ensuite il eu un second éclatement toujours post coloniale, diffusée vers les aires linguistique du pays, qui avait pour effet de produire de couches de mythes successifs enclines à générer des rivalités inter claniques…donc nécessité d’organisation complexes à partir des individualités claniques. C’est cette seconde diffusion que la colonisation a rencontré.

    Les régions, xaaracuu, kawipaa, A’jie aarôo, étaient peuplées de petits groupes de clans, de chefferies, liés par une même origine mythique le fil conducteur de leurs échanges. Ce fil conducteur impose une hiérarchie vis-à-vis du mythe généalogique seul mais non administratif mais pour s’émanciper, il faut partir et changer de nom, générer une autre organisation, mais au final se référer à cette même origine mythique, donc toujours être confronté à son statut, voire être forcé au palabre, et user de la politique de la femme une forme d’ascenseur mythique.

    Politiquement parlant, c’était quand même très compliqué pour Ataï, de plus vis-à-vis de la généalogie mythique il avait quand même sa hiérarchie. Les chefferies de l’époque ont développé des stratégies politiques et géopolitiques basés à la fois sur des éléments rationnels et irrationnels. Ce qui rendait la tâche complexe aux politiciens de bas rangs et facilitait la tâche à certains clans hyper autonome qui avaient des charges et responsabilités bien précises, comme les gardiens du patrimoine, de la parole mythique, les guerriers étaient des seconds qui ne montaient en hiérarchie que si on avait besoin d’eux, comme Ataï.

    Ici je mets aussi en perspective l’occasion aussi de ce Chef de pouvoir lui-même structurer une nouvelle organisation émancipée de ses pères. C’est fondamental, car la lutte armée contre le colonisateur aurait été une raison politique traditionnelle orientée contre le colon à des fins purement personnelles. En tout cas le jeu a été pour Ataï de fédérer le pays cirii et s’émancipant du pays xaaraacuu et il a perdu en ce sens qu’il n’a pas eu assez de pouvoir pour liguer avec lui les pères et les pères de ses pères…ce qui aurait servi à la lutte armée, mais aussi contribué à sa légitimité. En d’autres termes activer à partir du cercle les différents pays.

    C’est un cénario géopolitique hollywoodien, on dirait, mais c’est ce qui se parle dans la mémoire orale, des clans, une fois que l’on a extrait l’élément falsificateur de la lutte politique, ou identitaire, qu’a su reprendre le FLNKS des années plus tard.

    En fin de compte qu’a-t-il pu réellement se passer… ? Nulle ne sait !!!

    Ce qu’on sait c’est q’aujourd’hui le pays cirii ne se montre pas plus qu’à l’époque, il est resté éteint depuis cette période. Les dernières actions menées par Bergé Kawa à pris de l’ampleur, à cause des clans de A’jie, Kawipaa, xaaracuu, qui sont venus prêter main forte…qu’en est-il de l’émancipation du pays…pas grand-chose….si ce n’est que c’est une culture qui se cherche encore…une identité non émergée…quoi qu’on en dise sur le savoir dont ils sont détenteurs notamment leurs versions de la migration des clans, du mythe de Kawipaa, le cadastre coutumier chose courageux et fort qu’ils ont réalisé…Le pays cirii reste en sommeille et n’a pas vraiment émergé. On voit seulement quelques restants de rivalité sur les limites du territoire politique que les Kawipaa considèrent la leur jusqu’au col d’amieu (dégradation du panneau toponymique)…sans plus ; jusuq’au point de se diffuser dans les mentalités et le complexe d’infériorité…

  5. Bwèé dit :

    Que dire alors des familles basées à kawipa et venant de paici.Quel interprétation au mythe du cachalot.

  6. Trapard Creteux dit :

    De temps en temps, je repasse lire ces commentaires d’elriko même s’ils datent un peu 😉
    Bon weekend.

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