Paul Wamo dans : Noir sur Blanc, court-métrage de Claude Beaudemoulin

Le festival du cinéma de La Foa organise chaque année un concours de courts-métrages locaux (palmarès 2008 ici). C’est souvent l’occasion de voir des films assez médiocres (comme l’avait noté sans concession le président du jury 2007, Gérard Darmon). Mais parfois, d’excellents films sortent du lot. Ce fut le cas cette année avec Noir sur blanc, de Claude Beaudemoulin, avec le poète-slameur Paul Wamo en guest-star. En voici le résumé, j’espère que vous aurez la chance de voir ce film qui mérite d’être valorisé et bien diffusé :

Paul est un jeune poète qui galère. Au début du film, il participe avec d’autres artistes à un casting. (parmi les candidats, vous remarquerez peut-être Steve Maka, devenu depuis Jessica dans la sitcom locale Chez Nadette !)

Paul y interprète avec beaucoup de force et d’émotion son slam « Je suis Noir ». On devine que c’est un artiste d’exception, mais visiblement, ce n’est pas lui que recherchaient les directeurs du casting !

Il tombe alors par hasard sur la petite annonce d’un magasin de jouets qui cherche un Père Noël pour faire sa promotion. Le propriétaire raciste dit à sa fille, vendeuse dans le magasin : « C’est pas possible, tu vois bien que le monsieur est… » Suit un joli quiproquo sur le thème du racisme complexé qui se conclut sur : « voilà, c’est ça, Monsieur est trop… petit ! » Mais finalement Lucie, la jeune fille du patron, visiblement tombée sous le charme de Paul, insiste pour l’engager….

Paul endosse alors sa tenue de Père Noël, avec l’image anachronique d’un jeune kanak dans des habits qui symbolisent la société occidentale de consommation.

On voit ensuite ce Père Noël noir circuler sur son drôle de traîneau dans les rues de Nouméa en plein été. De nombreux Nouméens (j’en fais partie) avaient eu à l’époque du tournage la surprise d’assister à cette scène incroyable et choquante d’un Père Noël kanak, exploité, à vélo, en pleine ville !

Le film se transforme alors en film muet avec plein de petits gags : le Père Noël qui fait la course avec les cyclistes du dimanche de l’Anse Vata, le Père Noël assoiffé qui vient prendre un verre au snack de la Baie des Citrons (le vendeur est Franck, un jeune artiste calédonien)…

Un vieux kanak lui reproche de ne pas respecter la coutume : « tu ferais mieux d’aller au champ cultiver l’igname », lui dit-il, mais finalement le vieux lui-même s’arrête pour regarder sa série brésilienne favorite…

A plusieurs reprises, on entend quelques slams et chansons de Paul Wamo. Ce gars est vraiment talentueux… Le film devient ensuite un road-movie, dans les coins de Nouméa, les beaux et les moins beaux. Évidemment, des enfants le pourchassent et lui volent ses cadeaux factices (sur la Promenade Pierre Vernier)

Paul en a marre, il n’est pas à sa place dans ces habits. Il s’énerve et jette son accoutrement ridicule sur la plage de Magenta. Il revient au magasin rendre ses affaires abimées, mais la jeune vendeuse ne lui en veut pas. Une histoire d’amour commence-t-elle ?

Le film de Claude Beaudemoulin est une petite perle. C’est bien filmé, drôle, simple et profond, avec un ton juste et touchant et surtout la personnalité de Paul Wamo qui déborde, explose à l’écran. En savoir plus sur Paul Wamo

A suivre : Vers le P’tit coin et au-delà !, un autre excellent court-métrage présenté à La Foa.

AvatarEcrit par : k-madja (20 Posts)


4 Comments

  1. c est bien fait pour lui, on a pas idee d etre aussi talentueux

  2. Avatar Trapard Creteux

    Bonne idée K-madja, que de présenter les films primés au Festival de La Foa.
    A ce sujet, les Artistes Asociaux ont projeté pour le mois prochain, une rétrospective à Nouméa (à la galerie Lec Lec Tic) des films sélectionnés au Festival dans les concours d’Air France et de RFO (13 films -je crois- en tout). Il y aura notament, Noir sur blanc et Vers le p’tit coin et au-delà.
    Bonne continuation.
    PS : Note aux Artistes Asociaux qui n’auraient pas été mis au courant, cela s’est décidé très vite.

  3. Avatar Trapard Creteux

    Pour en revenir au film de Beaudemoulin, le résultat est, aussi à mon goût, très bon : la scène de slam en montage haché de gros plans est intense (le meilleur moment du film je trouve), le début (scène entre Paul et la comédienne Marité, jusqu’au slam…) est filmé très Nouvelle Vague à la Calédonienne et le ballade du Père Noël en vélo est très burlesque. C’est le passage que j’aime le moins d’ailleurs car je le trouve un peu long. Mais j’ai appris que Claude Beaudemoulin l’avait remonté (raccourci en fait) après la projection du Festival donc à voir…
    Donc, un film à voir en priorité, et de surcroit c’est le meilleur film de Beaudemoulin qui s’amèliore d’année en année (“le faisan aux petits poids” en 2003, “je tue…nous”, excellent film réalisé en tant qu’intervenant audiovisuel en 2005, “je me souviens” en 2006, “t’es pas au courant ?” en 2007 qui annonçait un talent à venir et “noir sur blanc”).
    Le jeune calédonien Franck, cité plus haut, n’est autre que Franck Chan San, le gérant de la galerie d’art 11 et demi, pour rester dans la logique culturelle du blog du cagou.
    On peut y voir aussi Daniel Zié Mé, comédien, metteur en scène, mais aussi scénariste d’épisodes de séries TV pour TF1 mais aussi pour l’ancienne Télévison Educative locale (oui ! il y a eu une série locale bien avant “Chez Nadette” mais avec seulement 5 ou 6 épisodes).
    Pour terminer, la Marité que j’ai cité plus haut, est une comédienne de Lifou (comme Paul d’ailleurs) qui joue essentiellement pour la troupe Pacifique et compagnie (“Outcasts”, “la dernière vierge du paradis” etc…)
    Donc, pour cloturer cette série de mini-portraits (artistiques) “d’ici”, allez voir ce(s) film(s) à Lec Lec Ti qui seront diffusés à la demande dans la mini salle de projection privée et pas uniquement les films primés.
    Il n’y aura pas que du mauvais comme l’ont dit Darmon mais aussi Bernard Berger, car dans ma logique : dans toute daube cinématographique, il y a toujours une ou deux choses intéressantes que ce soit dans le fond ou dans la forme.
    P’tite question pour K-madja : “où as-tu pu voir ce(s) film(s) ? A la projection des films primés proposée par le BAT ou en petit enquêteur de fond ?
    En tout cas, bonne idée.

  4. Je n’étais pas allé au Festival, je les ai juste vus quand ils ont été diffusés à la télé… quant à la question de la qualité des courts-métrages, c’est vrai il y a toujours du bon à prendre, et en premier : l’effort et l’investissement fourni par les artistes. Vivement la projection !

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