La vraie révolution inaperçue du Kaneka

Dans la course à l’indépendance les artistes kanaks de l’époque ont d’abord été appelés à manifester l’identité kanake au travers de leurs œuvres. Au travers du réveil identitaire, le réveil artistique du kanak avait  été amorcé. On refuse le folklore et on souhaite exprimer la puissance de « l’art kanak ». C’est dans cet environnement que  la musique kanake appelée kaneka est née, en 1986. Le folk et le reggae sont abandonnés au profit de cette nouvelle musique. En  1990 les groupes se sont multipliés, d’autres groupes se reconvertissent, d’autres se créent et  dans les bals des kermesses comme à Né haricot (néouyo), à Houaïlou, les jeunes crient haut et forts leur identité et l’indépendance kanake socialiste.

MEA NEBE, l’histoire d’une expérience intellectuelle au cœur du rythme

En 1994 à la période dorée du kaneka on m’a demandé d’assurer le remplacement du guitariste d’un groupe à succès local, qui venait entre autres de sortir son premier album  kaneka A’jie. C’est  à l’occasion du  bal de la  kermesse de Sarraméa que je me suis lancé, ce fût une première inoubliable et complètement déjantée, d’ailleurs les sorties suivantes ont également été vécues dans le même délire.

En concert Mea-nebe c’est une machine infernale qui dévaste tout sur son passage, un kaneka sensitif à l’état pure, une ronde rythmique qui met en transe quiconque, et une technique simple en rupture permanente avec l’habitude, le musicien ne réfléchie plus il exécute et il  donne tout sans calculer il est lui-même transporté. Feu Kiki Karé organisateur en chef  du festival Cému nyébi 2006, avait dit : « Mea-Nebe a sauvé le festival, lorsqu’il monte sur scène même après 3ans d’absence, il met tout le monde d’accord et  en prime il  présente sa  nouvelle variante Dub de son kaneka et reggae».  

L’émancipation d’une technique moderne venue de la tradition

 Et en début 2000, sort le second album du groupe, « mwaaro mwa ». Ce nouvel opus rencontre un bon accueil auprès des artistes et musiciens car cela confirme six années de travaux et de scène, cela marque aussi l’équilibre du groupe, avec un titre évocateur et des thèmes qui traitent du mythe de kawipaa.  C’est un produit qui contribue largement au développement du kaneka que le public considèrera pourtant comme trop technique, la référence du public étant le Mea-Nebe en live. Quoi qu’il en soit 10 ans après sa création le groupe  impose la vision musicale de la région kawipaa qui reste jusqu’ici unique et inclassable, une marque de fabrique qui est désormais inscrite dans le paysage musical calédonien.

Mea-Nebe devenu homme libre est reconnu dans la société musicale. La musique de Mea-nebe n’existe qu’au travers du  rythme originel, le pilou. Comme le lien social maintien l’individu kanak autour d’un axe fédérateur, le rythme originel du pilou maintien les gens autour d’un rythme fédérateur. Ce n’est qu’au travers  de ce rythme que les individualités  se justifient, et s’expriment, et sur scène la notion de groupe prend son véritable sens.

La symbolique de la case représente en architecture la vision unitaire et collective de la société kanake, et on peut aussi dire de même du rituel du pilou. En observant la case on comprend alors l’approche technique développée par les musiciens de Mea-nebe depuis sa création. Le kaneka tel qu’il est perçu par ce groupe est basée sur ce principe.

Techniquement l’énergie et la puissance sont obtenues par une mise en valeur du rythme traditionnel par l’ensemble des instruments, comme dans l’afro beat, cela permet de créer une ronde rythmique. La structure d’une chanson est composée d’espaces d’expressions individuelles aménagés afin de mettre en perspective certains effets de style ou certaines illusions, et les séquences d’enchaînement techniques donnent du relief et cultivent le potentiel d’adaptation, les ruptures prévues et non prévues par la structure affinent la capacité d’adaptation de chaque musicien.

La mélodie et les couleurs passent en second plan, car ce n’est qu’un habillage extérieur interchangeable, l’essentiel étant de créer une ronde rythmique structurée et puissante qui soude l’ensemble.  « L’espace rythmique qui uni les gens, maintient le collectif et absorbe les manques, et défaut, tout comme permet l’expression et le respect de l’individualité. Les textes sont des ingrédients qui comme les « aéaé » transportent l’auditeur à la découverte du mythe fondateur de kawipaa comme des légendes ou comme des slams»  

AvatarEcrit par : ELRIKO (18 Posts)

je suis à Poro. je précise P, parce que G c'est pour ceux qui sont dans le sud...à Goro. brèf Poro c'est entre waa wii luu comprenez Houaïlou et Kouaoua traditionnellement appelé Kawipaa...voilà...c'est tout. et c'est dans le centre...même si on se dit du nord...


4 Comments

  1. Vite des dates de concerts de MEA NEBE !!!
    Excellent article, très instructif (et des progrès indéniable dans la mise en page)

  2. [Hem … je ne demande plus …]

  3. Il suffit de demander : Mea Nebe sera en concert le 7 juin au Mouv’ de Riviere Salée à 20h.
    Ils seront accompagnés aussi du groupe Wemolo qui fait ses debuts sur Noumea. VENEZ NOMBREUX!!!

  4. désolé concert reporté au 5 juillet où MEA NEBE ferra la 1ère de HMEJ !

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