Honte et humiliation

Jacques Roussel, missionnaire à Wagap, 13 janvier 1865 :

“Mon Très Révérend Père,

(…) Commençons par les délits contre les moeurs (…) Je passe sous silence une multitude de petits faits : des naturels battus çà et là par des soldats parce qu’ils ne voulaient pas abattre des cocos, etc. Et comment peut-il en être autrement, quand un commandant lâche la bride à ses soldats. Aussi, très souvent vous voyez des soldats de Tibuarama ou de Poama ou de Poaï conduisant devant eux, comme un troupeau de vaches, quatre ou cinq malheureuses femmes qui passent, baissant la tête comme accablées par la honte, car elles ont été livrées par les chefs. Ah, bientôt elles la perdront, cette honte. Des gens sont là qui se chargent à les civiliser (…) Le lendemain, on me dit que trois soldats avaient enlevé quatre femmes. Aux cris de ces malheureuses, un grand nombre de naturels se dispersèrent, redoutant la colère des soldats. Ces femmes furent enlevées malgré leurs cris, leur résistance.”

pic.jpg

Honte de l’homme effaçant les pas de sa fille cédée à des marins européens

Lettre du Père Hillereau, missionnaire à Bourail, 5 décembre 1878 :

“Mon Révérend Père,

Vous me demandez les renseignements parvenus à ma connaissance et pouvant servir à discerner les véritables causes de la guerre commencée à la fin de juin, entre les Français et les indigènes (…)

1° Arrondissement de Bourail, Poya, etc. Au commencement de 1877, M. Salmon brûlait lui-même, pendant la nuit, avec le concours de Naounou, alors interprète du commandant et envoyé par lui, brûlait, dis-je, les cases de la tribu de Daoui où, quelques mois après, il allait s’installer en construisant sa maison. Je me transportai sur les lieux le lendemain de l’incendie, et je fus témoin de la frayeur et aussi de l’irritation des Canaques.

Ils se décidèrent à sortir des brousses où ils s’étaient d’abord cachés et vinrent me dire bonjour. Je cherchai à leur faire comprendre qu’il leur restait encore beaucoup plus de terrain qu’ils n’en avaient besoin pour vivre. Je prêchais la paix, mais en pure perte.

M. Salmon me conduisit dans les plaines pour me montrer le bétail. Grand fut mon étonnement et plus grande encore mon indignation en le voyant pousser son bétail dans les plantations de taros. Il m’assura, il est vrai, qu’il avait donné une année entière aux indigènes pour récolter, avec défense de planter de nouveau et qu’ils n’avaient tenu aucun compte de cet avertissement (…)”

AvatarEcrit par : k-madja (20 Posts)


4 Comments

  1. On est quand même rassurer de comprendre que des gens sont là pour les civiliser ces femmes… ça va mieux parce que j’avais un peu peur au départ.
    Pour le second texte, il faut voir aussi comment c’est encombrant les taros.

  2. Avatar Trapard Creteux

    ouais lol mais comme dirait Papi Karé dans un court-métrage : “c’était l’époque”…
    Tu me diras aussi, il y a des choses qui progressent doucement encore ici…

  3. doucement
    C’est cela même

  4. Consternant..

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.