De l’articulation métroraccourcie

Projection, lundi 14 janvier, des courts-métrages réalisés le premier de l’an neuf. Petit comité, majoritairement composé des réalisateurs et de leurs proches, nous n’aurons pas (brassé) communiqué assez large, donc circonscription de la critique. Au moins avons-nous, pour certains du moins, un avis sur la production des compadres.

 

 

Postulat premier. L’artiste, au sens de créateur gratuit de motif, est une créature profondément névropathe, névropathie de laquelle il extraie la substance de sa production – mais je ne vous apprends rien, au point que c’en puisse être gênant lorsque les dits névropathes sont juxtaposés vectoriellement et physiquement parlant.

Résumé des affirmations : la problématique de la communication avec les perdus et la réminiscence cruciforme du passé disparu ; l’incompatibilité basique entre intellectualisme prétendu et séduction ; poids du masque face à la foule lorsque dissimuler une intimité déliquescente est en soi un fardeau ; préférence de la fin comme solution définitive quand les contrôles de soi ne suffisent plus à confiner les troubles dans un semblant de sérénité.

Ne sort du lot qu’une farce volontaire sur les dangers de la saucisse, en laquelle une analyse de comptoir trouverait vite une référence tant sexuelle que mortifère, mais la connaissance des névropathes incriminés n’aide pas à l’objectivité, pas plus que la connaissance des scénarii et modi (-o ? -us au pluriel en somme) operandi n’aide à distinguer la lisibilité du produit.

 

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Postulat second (il est question d’analyse filmique au sens large, on peut s’accomoder de références pseudo-mathématiques …). Lorsque s’agrègent au résultat les conditions de sa mise en oeuvre, les consciences étrangères sont plus sensibles que jamais au trouble présidant à la gestation ou au vomissement du produit. En autres termes, le public se prend dans la gueule le processus maturatif, et donc débilitant, dans toute sa splendeur, et entrevoit la somme de troubles à synthétiser, à rendre, pour donner une oeuvre. Et je crois qu’il n’aime pas ça, le public. Ressentir quelque chose avec son âme, ses tripes, passe encore, une émotion est passée, le statut d’art n’est pas usurpé. Mais en percevoir le processus créatif, la possible genèse, voilà ce qui fait vraiment mal. Particulièrement dans le cas où la noirceur est imposée. Cette fois, l’empathie est conviée, écrasant l’abstraction nécessaire pour ressentir et pour s’en remettre. Ca fait mal par où ça passe. Et le public, à quelques exceptions près, n’aime pas avoir durablement mal.

 

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Postulat tiers. On ne remet pas si impunément en cause les bornes de la jouissance populaire, ou plutôt, on ne les fige pas en produit fini. S’enfermer un soir de réveillon pour ne le vivre que par l’entremise de la pellicule, et faire de cette réjouissance une concrétion inquiétante, anti-festive, heurte la conception positiviste des balises culturelles, ces états périodiques de prise de conscience du temps qui passe ou de purification résolutoire (-trice ? -tive ? les bonnes résolutions, quoi). La fête peut être joyeuse, solennele éventuellement, mais dès lors qu’elle devient noire, ou pervertie à l’aune des abysses de la conscience, il y a quelque chose de malsain qui se profile, de l’ordre peut-être de l’artificialité de ces rendez-vous normés.

 

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Postulat quart. Le meilleur moyen de distinguer un talent reste de le poser en rapport d’autres créateurs, une pépite au fond du tamis. Forcémen, sa qualité s’en trouve réhaussée sans coup férir, sans toujours savoir pourquoi, simplement le sentiment que le niveau n’est pas le même, que le résultat est supérieur à la moyenne. D’aucuns trouveront peu correct de distinguer le bon grain de l’ivraie, de nier l’égalité de moyens, d’anti-démocratiser. Le fait est. Ce ne sont pas les techniciens qui font l’art, si doués soient-ils, mais bien les sensitifs, les intuitifs, ceux qui de quelques traits hésitants rendront la réalité dans toute sa luminosité (ou sa noirceur). Il est certes regrettable de considérer que de bons résultats feront d’excellents faire-valoir à une oeuvre irréprochable, mais l’art est question de comparaison, dans le niveau et la qualité des émotions transmises.

 

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Postulat quint. Aussi rabâché puisse-t’il être, le constat selon lequel la mise en communauté d’esprits créatifs engendre, au pire l’émulation nécessaire à se surpasser, au mieux la production de grandes choses (ramenez l’affirmation au référentiel idoine), reste, et d’actualité, et à reproduire. Les intéressés y liront (s’ils arrivent à ce stade de la lecture) une exhortation.

 

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En conclusion de cette gratuité, Un réveillon qui tue, somme de cinq courts-métrages des Artistes Asociaux, réalisés le premier janvier 2008 affirme le champ exploratoire (-tif ? je m’y perds) à notre portée sur le présent caillou, et la bande-son n’est pas pour le démentir.

 

 

 

(bientôt disponible sur YouTube, mais vous savez comment on est, on vous tiendra au courant, tout ça, suffit de patienter).

Ecrit par : MrGouillat (118 Posts)


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fois. Thankiou bien !

22 Commentaires

  1. Xew dit :

    le cinéma calédonien semble bien vivant à a lecture de cette article…
    J’espère que le collectif d’artistes asociaux mettra rapidement les films sur “youtube” ou autre qu’on puisse nous aussi se faire notre avis sur la névropathie du Créateur (-tif ? je m’y perds aussi)

  2. jux2 dit :

    mouais bah je reconnais bien là (sans même le comprendre) le style de Mr Grouillat… En même temps si j’ai bien compris ce sont plusieurs films qui traitent du fait que vous pouvais pas vous sentirs les uns les autres… Bah bravo, vive la névrose !!! Comment faire pour faire parti du collectif ??? C’est où qu’on signe !!!
    Chuis quand même précés de voir vos bobines sur la toile (ou l’contraire) !! Vivement You tube n’est-ce pas Xew !!!

    Ciao

  3. Trapard Creteux dit :

    c’est où qu’on signe ? et c’est où qu’on s’soigne ?
    C’est faux que les A. A. se soient embrouillés. c’est vrai qu’il y avait un peu de tension, alcool aidant, mais au résultat, tout le monde était heureux de la p’tite soirée.
    Le film (à sketchs donc) traite, quant à lui, en effet, des nevroses de chacun puisqu’il a été globalement improvisé, alccol aidant encore. le resultat est plus ou moins bon mais assez glauque.
    A savoir que les A. A. vont prochainement organiser des soirées, ouvertes au public où celui-ci sera acteur et réalisateur de courts films improvisés.

  4. BoSS U dit :

    Xew >> arrête de mentir
    Trapard Créteux >> C’est du propre
    Ork&Stra >> Mon ordi étant malade je n’ai pas pu mettre en ligne votre flyer ce week-end j’espère le récupérer dans la semaine (mon ordi) et donc promotionner votre soirée au Légendes avant que celle-ci ait lieu

  5. jux2 dit :

    J’veux m’soigner !!! Aidez moi !! J’compte bien sur l’alcool…heu sur l’A.A. pour s’glauquiser un peu ! Tant que je peux mordre au sang Mr Grouillat et piétiner BossU et aurtes poissons rouges en tout genre ça peut être … interessant !!! AHAHAHAHAHAHAH (rire sinique)

    Gard aux trapards, j’aime me faire une soupe de leurs tendres ailerons … Avis aux modos !!

    Mouaha !

  6. jux2 dit :

    Quoi qu’il en soit si c’était vraiment votre soirée de réveillon, je suis heureux de ne pas y avoir participé… sinon il m’aurai fallu une corde pour être au gout du soir !

  7. Paivana dit :

    Rascass vient de m’introduire le concept et me parler de cette soirée si productive, mais à la lecture de cet article, je ne suis pas certaine d’être prête à cette vague de courts métrages si personnels! Une sensibilisation au style pourrait être nécessaire avant quelconque appréciation….
    Inch’Allah….

  8. virginie dit :

    waoh… Un post qui donne les jetons! ca avait l’air super gaie votre soirée!! Du coup j’imagine que les courts sont dans la meme lignée. Mais j’attend de voir 🙂

  9. Bien, bien, je crois qu’il ne reste plus qu’a Trapard de diffuser enfin le film sur notre Tube.

    (Alors!!, tu fout quoi?)

  10. virginie dit :

    En revenant vous voir il me vient une idée. La real de courts, de plus en plus de gens en font. Difficile de les diffuser, de rencontrer d’autres passionnés. Et les festivals de courts sur le territoire restent assez fermés tout de meme. Qui aurait l’energie de se lancer dans une “Court Party” du type de ce qui se faisait pour les codeurs en informatique “Coding Paries” (sorte de joutes sur inscription)? Une nuit au Cine City ou un truc du genre. Facile à dire? mouais… A voir

  11. Trapard Creteux dit :

    Bonne idée. Ca fait un moment qu’on en parle avec Rasskass Rouge. Mais on va finir par le faire que ce soit au Carrefour des Arts 3 ou à la Fête du Cri du Cagou 3. A voir (aussi).

  12. BoSS U dit :

    Je réitère la demande de la Raskass !!! Quand pourras-t’on voir les films sur YourTeuuuube ?
    Trapard, t’as reçu mon mail ? tu t’en occupes ?
    Et la court Party pourquoi attendre le Cri du Cagou III pourquoi pas le II (le retour) direct ?

  13. Trapard Creteux dit :

    ouiii 2 secondes !

    [Trop guedin, on peut modifier les commentaires des autres sans demander leur avis ! De quoi alimenter les paranos qui s’étaient assoupis, non ? (mais non trapeur crétard, je ne parle pas de toi)]MrGouillat

  14. DJSE dit :

    C’est avec ce genre de modif, ou disont de possibilité de modif que ça va calmer les envi de débat :/
    Paranoland nous voilà (non j’parle pas de toi Parano, j’parle de la paranoïa en général)

    Vous avez des p’tites pilules ?

    Pilules ? Quelle pilules ?
    😉

  15. DJSE dit :

    Et c’est cool, ça fait des vrai smiley 🙂

  16. MrGouillat dit :

    Houlààà … C’est vrai que nous sommes réputés pour refuser les débats et censurer à tous crins …
    De la différence entre découvrir un gadget présent sur une plate-forme et entrevoir un outil de censure à même de brider la liberté d’expression …
    [rouge ou bleue la pilule ?]

  17. BoSS U dit :

    Bleu : J’aime vivre dans mon rêve ! 😀
    Rouge : mon ordi est en panne et je me rends compte que le soleil brille fort dehors 😀

  18. Vivement que les films soient mis sur YouTube.
    J’aurais plutot tendance à vouloir modérer le débat en disant que l’on pourra se faire notre opinion quand on aura vu les films (je préfère rester neutre pour l’instant)

  19. Is She Weird dit :

    Allez Djimi mouve your bodi ! à quand les films téléchargeables sur Youtube ? Maintenant que la demande est forte, tu ne peux plus reculer!! muhahaha !!

  20. Malicia dit :

    Salut tout le monde…
    Je me permets d’écrire pour rétablir quelques vérités à propos de cette fameuse soirée (désolé Dom mais je crois que personne n’a compris ton article : arrêtes de faire peur à notre futur public… déjà qu’on en a pas beaucoup!!!). Donc : j’y étais à cette soirée du 31, j’ai réalisé un court-métrage ce soir là. J’étais avec une bande de potes pas névrosés pour un sou (à part peut-être 1 ou 2…), oui on a picolé et oui c’était marrant de fêter le 31 de cette façon surtout quand on a le cinéma dans le sang (c’est mieux que de se tuer en rentrant en bagnole après être sorti en boîte !) il n’y avait rien de Glauque sauf 2 de ces courts (le mien et un autre). Je ne parle en l’occurrence que du mien : c’est que j’aime ce genre de cinéma (voir mes autres courts sur la cinémathèque calédonienne). Moi j’aime quand ça saigne, quand ça fait peur et tout et tout c’est comme ça depuis que j’ai vu L’Exorciste à 6 ans ! Je crois pas que ça fasse de moi une névrosée… je trouve ça cool d’esthétiser l’horreur c’est tout M’sieur Dames donc pour conclure je vous renvoie à ce qu’a dit Desert Lullaby (ben v’là quelqu’un d’intelligent!!!) :
    Regardez les courts et vous verrez que …

    … dans ce pays on parle beaucoup pour pas grand-chose…

    VIVE LE CINEMA ! et l’expression libre !

    MALICIA (la psychopatenévroséeparanoïak…AAAAAAARGH !!!)

  21. MrGouillat dit :

    Bwoaf, aucun problème, ça se saurait si j’étais clair/ compréhensible/ simple/ objectif/ rassurant (merci de bien vouloir cocher la case qui vous accomode).

    Des nouvelles de la mise en ligne ?

  22. Trapard Creteux dit :

    31 décembre 2007 – 2017
    Ça m’a fait plaisir de revoir ce film après presque 10 ans jour pour jour.

    Moi j’aurais presque appelé ce film “Le Masque” tellement ce thème était omniprésent pendant le tournage, et même dans tout le film.

    À noter que le film a été présenté en hors-concours au festival du cinéma de La Foa en 2010, et que les retours ont été plutôt positifs.

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